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LA SYMPHONIE
Un jour elle imagina que la poésie allait lui manquer, elle réveilla la tarentule engourdie, et elle fut piquée de nouveau. Aussitôt la poésie accabla cette inspirée, et toutes les passions l'attaquèrent, de toutes parts. Elle avait gardé son bon sens, jusqu’alors... elle se mit à lire avec la fièvre, ces mièvres romans, où tant de malheureuses femmes oisives se pâment , nuit et jour, comme des carpes, violemment tirées de la rivière. Elle se mit à pleurer sans cause, à se plaindre sans un sujet de plainte, et que te dirai -je? Autrefois si chaste, elle en vint à songer sans horreur, aux amours adultères : c’était l’instant où l’adultère était à la mode; on en mettait , à profusion , dans tous les drames, dans tous les livres. Tu te souviens de celle dame, un beau matin surprise par son mari, qui avait renfermé l’amant dans le boudoir?...
Eh bien ! la main de l’amant avait été prise et écrasée dans la porte, et cependant il souffrit cette torture sans jeter un seul cri. Les femmes admirèrent beaucoup le courage de cet infortuné, mais elles se proposèrent de ne pas être en reste avec ce grand dévouement. Louise, surtout, que sa tarentule piquait chaque jour, se portait , toute seule, à un héroïsme qui allait jusqu’au transport.
Cet amour criminel qu'elle avait eu tant de peine à se donner, pour un autre homme que pour son mari, avait produit ce que produisent toujours ces sortes d'amour, une immense quantité de billets doux. Louise serrait , précieusement, ces billets divins dans son chiffonnier, après quoi elle n’y pensait guère. Un jour, que son mari était près d’elle et qu’elle était à la fenêtre, tenant son enfant sur ses genoux , elle devina que sou mari venait de découvrir la
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Y LA TARENTULE
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caohette aux billets, qu’il allait savoir l’adultère, et que son amant était perdu. Que faire alors? que devenir? Comment empêcher ce mari de savoir toute sa misère , et comment sauver cet amant? A cet instant, Louise vint à se souvenir de cette histoire du poing, brisé entre deux portes... Elle tenait son enfant dans ses bras , elle le jeta par la fenêtre en poussant un cri terrible! A ce cri, le malheureux père, abandonnant la cachette aux papiers amoureux, se précipite, en pleurant, sur le cadavre de sou fils. — Ainsi la dame perdit, à la fois, son fils et son mari, et le lendemain... elle ne voulut plus de son amant.
— Comme tu gâtes cette histoire! dit Antonio. Avec une certaine préparation, et en décrivant, minutieusement, le pied, la main, le gant, la robe, les meubles, les muscles de Louise et ceux de son mari , j’aurais fait , de tout cela, un beau volume in-octavo; ton histoire en valait la peine, véritablement, mais tu ne sais ménager aucune surprise; la synthèse est pour toi, une terre inconnue, et tu ne sais faire que des analyses, mécréant que tu es!
— Mais me laisseras-tu donc enfin achever celle du ballet nouveau, Antonio? Que si mon histoire te plaît si fort, je le permets d’en faire deux volumes abondants, mystérieux, et tout remplis d’allusions cachées, contre toutes sortes de choses et de personnes; à ce compte, tu seras vivement un grand homme, avant qu’il soit peu de temps.
Au second acte du ballet, la malheureuse fille, qui aime Luidji, et qui veut le sauver du venin de la tarentule, est mariée à cet imbécile de charlatan. Arrive l'heure fatale du mariage; Lauretla est dépouillée de sa robe nuptiale; elle
reste nue ou peu s’en faut dans cette chambre où l’attend l’hymen, en perruque, et poudré.
— Plus j’y pense, reprit Antonio, et plus je trouve que ton histoire de tarentule est vraisemblable. Cet affreux dénoùment d’enfant précipité, lui donne un certain air d'aclualité, tout à fait pittoresque ; mais, encore une fois, tu racontes cela trop simplement. Lis les grands maîtres, et tu verras comme on harmonise un récit. Mais, Dieu me pardonne, je parle à un sourd.
Moi, cependant, voyant qu'il ne voulait pas se taire, je laissais parler Antonio, et je poursuivais mon pénible récit.
Quand Lauretla est morte... pour échapper au charlatan, on la coucha sur des fleurs. Le fossoyeur creusa sa fosse, au versant de la montagne. Les jeunes garçons et les jeunes filles versent des larmes et des roses. . .
« Ah te voilà! te voilà ma fille! Hélas! te voilà mon ange du ciel! te voilà mortel Bien morte! A vingt ans! Mon enfant, la mort la laissée belle, et tu me souris encore. Adieu! Adieu! Adieu!
— J’aime assez ce dénoùment- là , s’écriait Antonio, il rappelle un peu le dénoùment de Roméo et Juliette , et la chose est peu commune en ballet.
On l'enterra sans voiler son visage?
Hélas l mon Dieu !
Hélas! mon Dieu!
El de nos pleurs elle a reçu l'hommage...
— Pour moi , mon cher Antonio, je ne suis pas de ton avis. Ce dénoùment est triste, il est inutile. Il ne faut pas
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A LA TARENTCLE.
plaisauter avec la mort des jeunes filles qui ont vingt ans, et qui- sont amoureuses. Je sais que vous autres, les héros de la suite au numéro prochain, vous abusez des cimetières et des cercueils ; mais ici, dans un ballet frivole, nous montrer un cimetière , une chapelle ardente , une jeune fille étendue en son linceul , la tête encore chargée des roses virginales, c’est une invention tout au moins puérile. 11 n’y a pas jusqu’à ce baiser à la morte , qui ne me paraisse un grossier mensonge, heureusement que la pièce est Gnie, et que Mademoiselle Elssler, toute morte qu’elle est, n’a plus rien à danser.
— En voilà une, dit Antonio, qui peut se vanter d’avoir été piquée et profondément, de la tarentule. Elle aussi, elle a été piquée à la tête, et piquée au coeur.
— Oui, répondis-je, et piquée aux deux jambes, aux deux bras, à la lèvre, aux épaules, piquée à la tête et piquée au cœur 1
Ainsi nous devisions ; ainsi nous chantions nos élégies ; et la soirée et l'hiver s’oubliaient dans ces cantates, à voix basse , au coin du feu.
A MADAME PREVOST
Dans ma cantate à l’Opéra, je rencontre, au milieu de ses corbeilles et de ses guirlandes, la femme qui présidait naguèrcs, aux destinées de la musique et de la dause. Elle a tressé toutes ces couronnes ; elle a disposé tous ces bouquets!
Madame Prévost, la bouquetière du Palais-Roval, tenait à l’Opéra, par un lien de fleurs. Plaçons-la dans ces pages frivoles, cette aimable femme, qui comptait, parmi ses ancêtres, la poétique et charmante Glycère, la bouquetière d’Alcibiade et de Socrate !
Non loin du corridor sombre, attenant au ThéAtre-Français , derrière un énorme pilier, se cache , une vio-
lette sous la feuillée, la boutique, ou, pour mieux dire, le parterre odorant de madame Prévost. Parterre éternel; il ne redoute ni le froid de l’hiver, ni Tardent soleil de l’été, ni la poussière, ni l’orage. Un printemps perpétuel habite, au milieu des camélias et des roses, ce pilier massif.
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A cette ombre amène et bienveillante, se plaisent les roses de toutes les saisons, les pâles violettes, la modeste anémone, le superbe camélia, l'œillet odohant, le dalhia devenu vulgaire; sur ces carrés frais, la dore parisienne verse, abondante et chaque matin, les trésors de sa corbeille.
An sommet de la docte corbeille, éclatait la fleur de l’oranger, qui pare le front des reines ; tout au fond, la marguerite étalait ses douces couleurs. Ce doux parterre était gouverné, et protégé chaque jour, parcelle aimable femme au charmant regard, qui l’avait transporté, comme par enchantement, au milieu des diamants, du strass, des habits neufs, des arbres rabougris, des fleurs avortées, et des vices du Palais- Royal. Pour celui qui passait dans ces galeries splendides, pour le provincial arrivé de la veille, pour l’Anglais affamé, pour la grisetle au front joyeux, pour tous les oisifs en plein vent, qui ont des yeux pour ne rien voir, des oreilles pour ne rien entendre, le jardin de madame Prévost était un rêve. Ah bien oui! s’attarder à contempler quelques modestes fleurs, quand Chevet, tout à côté, expose aux gourmands, ses homards flamboyants!
Mais pour être ainsi cachée, ignorée et perdue au fond de son nuage odorant , la boutique de madame Prévost n’en était que plus tendrement fêtée. Elle était, pour ainsi dire, l'antichambre poétique des amours de vingt ans, le rendezvous des passions innocentes , des coquetteries permises , des élégances les plus légitimes.
La jeune femme, une jeunesse, une enfant du printemps parisien, ne passait jamais devant cet humble et charmant parterre, sans se souvenir, en soupirant , de la première
LA SYMPHONIE
fleur qu’elle avait mise à son corsage. Dans ce jardin aux mille fleurs, venaient butiner, chaque jour, toutes les passions timides que Paris renferme, et : « qui n’osent pas oser. » Ce jardin de madame Prévost renfermait des idyles toutes faites, de molles élégies, des poésies parlantes ; on trouvait écrits, à toute heure, en ces calices embaumés, les seuls billets doux qu’une femme accepte toujours, môme en présence de son inari.
Au besoin vous eussiez trouvé, chez madame Prévost, la langue universelle, tant cherchée par les philosophes. Ainsi donc, elle régnait sur toutes les ambitions de la jeunesse ; elle tenait, dans sa main charmanle, le perpétuel secret de tous les soupirs, de tous les amours; humble et cachée au vulgaire, elle était la femme honorée et recherchée, entre toutes, dans le monde à part de la beauté, de l'amour, et de la jeunesse. Ouvrez vos portes splendides au riche, au vieillard, à l'ambitieux qui passe, ô marchands qui vendez les diamants, les bijoux, les tissus précieux, vous, les vulgaires serviteurs des riches amours; mais vous autres, les heureux de ce monde, et les jeunes amoureux qui ne pouvez donner qu’une fleur, vous les élégantes et les belles, qui ne pouvez recevoir qu’une fleur, entrez sans peur, entrez avec orgueil dans les jardins de madame Prévost.
Cette femme avait été très-belle, et, rien qu’à la voir cachée en ses broderies, enfouie en ses dentelles, on devinait sans peine, et sans étonnement, que l’amour avait passé par là. Sou regard était fin, mais voilé; son sourire était doux et paisible... elle souriait rarement. Toute sa vie, elle avait eu cette grande passion pour les fleurs.
A MADAME PREVOST
Elle les cultivait avec un succès sans égal; pas une main mortelle, (on l'a bien vu, après sa mort) ne savait en nuancer les couleurs, avec plus d’art et plus de goût. Elle faisait un bouquet avec la passion de Cardillac le bijoutier , quand il montait un chef-d’œuvre, en l'honneur des duchesses de Versailles; puis, son bouquet achevé, quand chaque fleur se marie à la (leur voisiue, toutes semblables et pourtant différentes, comme il convient à des sœurs de la môme famille , elle avait soin de le poser dans une coupe, où la reine Marie- Antoinette avait laissé son chiffre et son souvenir.
Ce bouquet-là , disait-elle , appartient à quelque femme élégante qui va venir. Quand la dame attendue ne venait pas, madame Prévost gardait son bouquet, pour elle-même, et elle était heureuse. Aux femmes qui passaient, et qui achetaient un bouquet par hasard, elle donnait des bouquets faits au hasard; au mari, qui voulait porter tout bonnement, quelques fleurs à sa femme, elle offrait tout ce qui lui tombait sous la main.... elle savait si bien qu’un pareil bouquet n’est regardé ni par le mari qui le donne, ni par la femme qui l’accepte ! Elle avait des bouquets pour tous les âges, pouf toutes les positions de la vie; elle voyait, d’un coup d’œil, quelle fleur était convenable à sauver un pauvre cœur, entraîné par sa faiblesse, et quels parfums réconfortaient les amours, prêts à s'envoler. Ainsi elle était indulgente pour les faibles, sévère pour les traîtres, impitoyable pour le séducteur, bienveillante à l'amant timide. Elle disait qu’elle n’était jamais plus heureuse et plus contente que lorsqu'elle tressait une couronne virginale. Que de jeunes femmes elle a sauvées, qui ne se sont pas douté de la main qui les sauvait T
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Que de Lovelaces arrêtés dans leur triomphe, par ces fleurs parlantes, et... : Comment donc celle-là m'a-l-elle échappé? se disait Lovelace. — Madame Prévost avait poussé si loin, la science et l'accent même de cette langue emblématique et vaporeuse, que sur les derniers temps de sa vie, elle avait inventé la plus malicieuse épigramme qui se soit jamais faite contre MM. les comédiens des deux sexes. Donc elle avait à sa portée, un paquet de foin; et elle vous dissimulait ee remplissage odieux, par quelques fleurs à vives couleurs, et de ce foin, et de ces fleurs, elle faisait une espèce de bouquet qu’elle appelait des bouquets comiques. « Cela est Ires-bon , pour jeter à la tête de ces messieurs les comédiens et de ces dames les comédiennes, disait-elle. O les pervers, qui permettent que l’on insulte aux fleurs de nos printemps !
« Quelle odieuse et sotte profanation, jeter de véritables fleurs à des êtres pareils! Abuser de la rose, et profaner le camélia! Quoi donc ’ flétrir ainsi, sans pitié, sans respect, ces doux trésors, et pourquoi? pour une roulade, une bouffante, une tirade, un râle, un gloussement ! Non, messieurs, non mesdames, je ne serai pas la complice de ces profanations!
« Vous aurez du foin , et , très volontiers , — je mêlerai pour vous l’utile à I agréable. » Ainsi elle parlait, rieuse et méprisante, et rien, n’était amusant comme de la voir composer ses bouquets comiques, avec du foin, de la luzerne, du cresson, et quelques grossières fleurs achetées à la halle. Et puis elle disait, en riant : — Regardez-moi... celte pluie de fleurs!
N’était pas admis qui voulait, je ne dis pas à l'intimité, mais seulement à la familiarité de cette aimable femme.
A MADAME l’HKVOST.
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11 est vrai que sou. parterre était ouvert à tous; tuais il lu plate Lamie qui la séparait du reste des mortels, s’arrêtait le droit commun. Ou entrait, ou demandait à Madame un conseil, quelle ne refusait jamais, puis, nanti de vos fleurs, vous étiez congédié, et vous faisiez place, à quelqu’aulre acheteur. Ce beau parterre était si petit, qu'il ne contenait guères qu’une seule personne, et d’ailleurs madame Prévost n’aimait pas qu’on achetât ses fleurs, en public.
Elle disait que le choix d’un bouquet est déjà un mystère, et que c’était ôter à la fleur une part de son parfum, que d’en faire un présent banal. Elle ajoutait : « Ne me parlez pas de ces gros hommes, mal venus, qui vous achètent un bouquet, pour leur maltresse , comme ils achèteraient un melon pour leur ménage! Un homme arrive au coin d’une rue, à la porte d’un marchand de vin; il flaire un melon, il en flaire un autre ; il y met son nez rouge ; il tâte en riant bêtement, monsieur son melon; il le pèse; il le soupèse ; il le marchande, il l’emporte en triomphe, enfin, et tout ruisselant de sueur ; à la bonne heure : un homme est homme, un melon est un melon. Mais, par le ciel ! s’il entrait jamais chez moi, un pareil manant pour flairer, pour tâter, pour chiffonner mes fleurs, je ne lui vendrais même pas un paquet d’épines! Et puis, voyez-vous la figure de ce niais, qui s'en va dans la rue, un bouquet à la main, le nez dans une rose, et longeant le trottoir?
Le joli spectacle! Et tout en marchant, et tout souriant, il semble dire aux voisins : Regardez-moi, moi-môme en pantalon de nankin, en gilet de velours; c’est pourtant moi, monsieur un tel le gros dos, qui fais la cour à madame trois
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étoiles, une brune, une blonde, une illustre, une fantaisiste, qui demeure au n* 20, à l’entre-sol ! O cuistre! ô manant ! El quelle humiliation de vendre à ce pied plat... même uu pied d’alouette ! Or, quaud madame Prévost parlait ainsi , elle était charmante ; son œil noir s’animait comme son sourire, et de ce sourire et de ce regard tombait je ne sais quel ridicule, auquel on n’eût guère échappé, s'il n’y eût pas eu, sous cette grâce, et sous cet esprit, un cœur tendre, un aimable cœur qui savait compatir à toutes les faiblesses, même aux faiblesses de la vanité.
Il était donc presque impossible, et les plus habiles y renonçaient, d’être un intime ami de madame Prévost. Placée au milieu de ses fleurs, comme l’abeille au pied de l’Hymelte, elle voyait de trop près, l’égoïsme ingénu des hommes et la coquetterie insolente des femmes, pour ne pas adopter quelque peu, cette devise d’IIamlet : L'homme ne me convient pas, la femme non plus. En effet, que de lâchetés, de trahisons, de mensonges et de misères, cette femme avait découvertes au fond de ses corbeilles!
Que de trahisons des femmes, et de mensonges des hommes! Que de fois, elle avait fait au même homme, et le même soir, trois bouquets différents , et pour trois femmes différentes! Que de fois avait-elle vu le plus beau fleuron de sa hotte aux frais monceaux, remplacé, sur un sein perfide, par quelque ornement trivial , acheté à une fleuriste ambulante ! En même temps, que de bouquets, égarés en chemin, tout chargés de tendres soupirs, qui n’arrivaient pas à leur adresse ! Et derrière ces fleurs traîtresses, que de sourires mal dissimulés, que de tendre paroles, dites tout
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bas, cl que ces Heurs obéissantes, réglaient il l’oreille de madame Prévost! L'aimable fleuriste avait aiusi le secret de toutes les trahisons, de toutes les perfidies, (pii se tramaient à l’ombre de ses fleurs; elle était au courant, mieux que femme au monde , de toutes les intrigues sans cesse expirantes et, chaque matin, renaissantes, de celle grande ville aux mystères amoureux.
Pas un battement du cœur féminin n’échappait à cette femme; eh! sur tous les cœurs féminins, était placée une fleur quelle avait cultivée, et qu’elle avait cueillie! Elle savait, à n’en jamais douter, quand finissait une passion, et quand elle commençait; elle eût dit l’heure et la minute exacte du premier sourire, et l’instant du dernier mensonge. Elle avait le tact de la sensitive; elle se tournait, comme l’héliotrope, au soleil de toutes les inconstances humaines. Oui , cette femme, enfouie au milieu de ses fleurs, cachées comme elle, elle devinait, elle prévoyait, elle comprenait ; elle savait plus de mystères, à elle seule, que tous les philosophes, tous les politiques, et tous les moralistes de ce temps -ci.
Cette heureuse et triste connaissance du cœur humain, qui lui était ainsi venue, en arrosant ses œillets et ses roses, avait rendu madame Prévost, non pas déliante, mais timide et réservée. Elle était si fort accoutumée à voir une trahison, même dans une rose blanche, qu'elle se tenait éloignée des hommes. Elle était affable à tous, mais tous, elle les tenait à distance, comme des menteurs, et des traîtres, qui mentent et qui trahissent, à l’abri des plus charmantes et des plus douces couleurs.
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