‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 10 sur 61 · LB POÈTE · texte numérisé non relu

LB POÈTE

Ah t j'ai trop éprouvé quel partage inégal, . En mesurant nos jours', grossit la part du mal I Les hommes sont mauvais, et les destins sont pires , Hais la nature, au moins, n'a pas de faux sourires; Vois-tu le vague ennui sur son front répandu î Moi, je n'y cherche pas l'espoir que j'ai perdu ; Hais, à défaut d'une onde où je me désaltère. Le désert à ma soif offre une ivresse austère, Et, plongé dans son sein par l'inconnu rempli. J'y respire à longs traits le vertige et l'oubli.

Ta voix me trouble, ami, ta parole est Funeste. Tu souffres , je te vois ; ta pâleur me .'atteste ; Tu souffres, je te plains et ne te comprends pas. Le remède h ton mal, Dieu me le cache, hélas ! Je le plains ; mais pourquoi , dans t«s peines sans ci . Ne rien voir que le mal au sein de toute chose î La nature, oij tu viens savourer tes douleurs. Sourit quand ton orgueil lui commande les pleurs ;

SYMPHONIE DU TORBENT.

Tu l'aimes, Bois joyeui I car elle est toute en joie ; Regarde à l'horizon ces feux qu'elle déploie. Laisse Ion coaur s'ouvrir au coucher du soleil. Et de fx grand spectacle emporte un boD conseil.

La nature m'invite à sa douce tristesse :

La résignation fait touto sa sagesse ; Obéir sans révolte à de sinistres lois.

C'est le morne conseil , ami , que j'en reçois.

Non, la voix du désert, qu'il pleure ou qu'il sourie.

Ne t'a pas cdnseillé. l'inerte rêverie 1

La nature m'enseigne, en ses chères leçons ,

La vie et le travail égayé de chansons.

Écoute, dans ces bois déjà pleins de ténèbres. Du zéphyr qui s'endort les murmures funèbres !

LE PATRB

J'entends plus près de nous, sur le frêne vi Siffler le joyeux merle enivré de raisin.

Écoute ce torrent : quelle douleur profonde

Exhalent à nos pieds les soupirs de son onde I

J'entends sur les cailloux le bruit dair du ruisseau , Du ruisseau qui gazouille aussi gai que l'oiseau ; Chacun se réjouit d'en habiter la rive ; C«r l'eau donne à ses bords uue toîz toujours vire. Biais toi, pâle étranger, si triste en l'écoutant, Explique en sa chanson ce que ton Ame entend.

Voici ce que nous dit la voix, proche ou lointaine, Qui coule avec les eaux, torrent, fleuve et fontaine :

Le sourd b^vail des eaux a fendu le rocher :

Ha source, en murmurant, fuit des plus minces veine! Comme une larme , ans yeux qui la voudrait cacher, Jaijlit d'un cœur miné par de secrètes peines,

Hais bientôt je reçois et j'emporte en courant Et la neige et la grêle, et des flots d'eau fongeuse,

SYMPHONIE DU TORRENT. IW

Et lee mille débris da nia vie orageuse.. .

J'enfle dans la tempâte, et je suis le torrent 1

Sur l'or d'un saUe pur, sur les fiaes pelonsee, Le Qot n'a qu'un murmure, et jamais de chanson. J'entends à me» cotée , dans l'herbe et le buisson. Mille gais sifflements dont les eaux sont jalouses.

11 est des bruits joyeux même au fond des grands bois : Je mËIe à ces accords ma rumeur incessante ; L'ean ^t dans leur concert la note gémissante. L'homme devient râveur, s'il ne pleure, à ma voix.

Je vois naître et mourir la brise passagère Et les oiseaux rieurs dont la voix lui répond ; Pour avoir, mâme uu jour, cette galté légère. Je descends de trop haut et viens de trop profond.

L'eau circule d^uis que la nature existe.

J'ai pénétré la terre et j'ai tout visité ;

Un douloureux secret remplit l'immensité,

Uoi, j'en murmure un mot : c'est pourquoi je suis triste.

J'en parleaux jours sereins,]'en parle aux sombres nuits; Le vent , parfois, retient sa voix intermittfflite ; Dans ses rares fureurs, la foudre est inctHislanle; Hoi , je suis éternel , ainsi que tes ennuis.

Hon flot dit, â travers le calme ou la tempête, Ce mot affreux : toviour^I de tant de pleurs baigné; Ce mot, par la souffrance auï humains enseigné. Je l'appris de la mort, et je voua te repète.

A ce bruit de mes flots parfois tu t'endormis: Hais ce n'est pas la paix que ce soiiimeil te verse ; Tu le sais, 6 penseur I les rêves que je berce Ne sont riea moins pour toi que des rêves amis.

L'excès de la douleur, dans une âme affaissée, Apporte aux malheureux un repos tout pareil; • C'^t en abolissant ta force et ta pensée Que la rumeur de l'onde engendre ce sommeil.

Toici ce que nous dit la voix, proche ou lointaine, Qui coule avec les eaux, torrent, fleuve ou fontaine; Toici ce que nous dit le bruit clair du ruisseau, e aussi gai que l'oiseau :

L'eau jaillit I la roche dâaerte Va répondre aux chansons des bois.

Je donne aux prés leur robe verte ; Us s6nt muels , je suis leur voix.

SYMPHONIE DU TORRENT

La vie autour de moi rourmille ; Elle coule avec les ruisseaux.

J'abrile une immense famille ; ' Un peuple entier vit aous mes eaux.

Sous chaque rocbe uu hdte habile.

Là, dans l'ombra et dans la fraîcheur, Le saumon, l'anguille et la truile Invitent la main du pécheur.

De mes bords chérissant la zone, Les arbres croissent par milliers; Le merle bleu siQle sur l'aune, Le vent berce-les peupliers.

Toula diose que Dieu féconde, Prête â chanter, prête i fleurir, Aime le vif accent de l'onde.

Aime il voir le ruisseau courir.

Quand de la ruche prin tanière L'essaim s'est échappé dans l'air.

Il vole, au bruit de la rivière.

Vers le frfine au feuillage clair.

Ha rive a d'heureuses retraites Où s'échangent de longs serments ;

LES SYUPHOMES.

J'y couvre sous mes voix diecrètes Les douces plaintes des amants.

La génisse, au bruit de Ba cloche, Conduit vers moi de gais troupeaai.

En chantant le berger s'approche Bt prend sa flûte à mes roseaux.

Cest moi qui fois Uiuraer la rone

Do meunier conteur et malin.

Ha voix l'accompagne et se joue A.U joyeux tic tac du moulin.

A vos travaux je m'associe : le bals le fer du forgeron; Je meus l'in&tigable scie Sous le toit du vieux bûcheron.

A travers le roc et l'argile L'eau glisse et creuse incessamment:

C'est moi, sur la terre immobile.

C'est moi qui suis le mouvement.

L'onde vierge il grands flots m'arrive, Quand l'été ronge le glacier; L'écume alore blanchit ma rive Comme la- lèvre du coursier.

SYMPHONIE DU TORRENT

Si parfois mon flot déracine L'épi d'un imprudent sillon, Le sol que j'ôto à la colline, Je le restitue au vallon.

L'eau dans son sein, rapide ou lente, Tient tons les germes en éveil ; Pour donner la sève i la plante, Elle se marie au soleil.

La chanson du torrent convie Chaque être à sortir du repos.

J'appelle au travail, à la vie, Les fleurs, les hommes, les troupeaux.

Je dis : Suivez mes flots rapides, Quittez avec moi ce haut lieu ; Harcbeï, voyageurs intrépides, Sur les chemins tracés par Dieu.

Suivez les torrents et les fleuves, flot des générations!

Enrichissez de races neuves Les plaines et les nations.

Placez vos tentes sur ma rive ; Un secours vous viendra des eaux;

î.GoogIc

Je tournerai la meule active, Je porterai vos lourds vaisseaux.

Avec moi cheminez en foule:

Et chantez, peuple industrieux I Dieu vous dit dans mon flot qui coule ' Travaillez et soyez joyeux.

Pauvre cœur, dupe, hélas I de ta propre imposture,

Tu n'entends que toi-même h travers la nature 1

L'esprit qui l'a parié de joie et d'avenir

T'a promis, d pasleurl C3 qu'il no peut tenir.

Ainsi, pour l'affranchir de l'ennui qui me ronge,

folle humanité, tu n'as que le mensonge I

Jo trouve ta gaité plus triste que mes pleurs,

Et mon front ne veut pas de ces trompeuses fleurs.

Ta donc, et suis la voix de l'antique Sirène ;

Suis Ion illusion qui parie et qui t' entraîne.

Au but deton travail, à travers les chansons,

Cours le long de ces flots, docile à leurs leçons!

Crois l'homme juste et bon ;^ crois les saisons propices.

Et joue avec les fleurs au hord des précipices.

La mer, la mer se creuse et va nous recevoir

Engloutis dans le flot qui (e parlait d'espoir ;

Tous tomberez tous deux au notrablme où gronde

Le terrible inconnu que j'entends sous cette onde.

SYMPHONIE DD TORRENT

L'inconnu qui me parle eat un Dieu bienfeisant. Accomplissons d'abord la tâche du présent I La nature l'enseigne à la sagesse humaine :

A chaque jour suffit le fardeau de sa peine.

Et, pour le cœur sincère et simple en ses désirs, Chaque jour que Dieu fait offre aussi ses plaisirs. .

Adieu ! Reste, ô borgert dans l'erreur qui t'est douce : L'ignorance est un lit plus tendre que la mousse ; Reste, au bord de celte onde, à voir Uta prés fleurir, A vivre sans penser, pour vivre sans souffrir.

Ami, qu'un Dieu propice, h ma voix, ta délivre Du démon qui t'a dit : Reste à rôver sans vivre !

Ab I puissé-je abdiquer, au sein de quelque fleur. De ce cœur importun la vie et la chaleurl Pour la sève paisible en ces chênes dormante Que j'échangerais bien l'âme qui me tourmente,

î.GoogIc

lie LES SYMPHONIES.

Que je voudrais Jeter tout mon être à ce veotl Je souffiv, ami, tu Tois que je suis bien vivant.

Tu souffres d'un corps Mble et d'uue &me impuissante , Ce mal dont tu te plains, c'est la vigueur absente. Je le vois dans tes yeux, sur (ou front sans couleur. C'est un fruit de l'orgueil que ta Iftcbe douleur. Abdique ta mollesse et ces lannea superbes; n est temps d'amasser quelques solides gerbes. rêveur 1 sors enfin de Ion sommeil fatal î... Hais tu ne peux guérir, car tu chéris (on mal.

D,gniod.,GbOgIc

A UNE lEUNE FILLE POETE

Si j'élaia jenna filte, et si, daoB ma saison.

J'étais belle et poète, Ponr chanter, j'aimerais mieux un nid de pinson

Qu'un trépied de prophète; Je saurais peu quel vent pousse l'humanité

Et quel trâne vacille ; Hais je dirais son nom à chaque fleur, l'été,

Si'j'étais jeune fiile.

Je n'aurais jamais lu nos apAtres d Aimant ce qu'ils méprisent,

Moi, j'irais par les bois dérober aux oiseaux Les secrets qu'ils se disent;

î.GoogIc

J'irais, comme une sœur du peuple liannooieux

Qiri vole et qui babille, Saluer avec lui chaque aube dans les cieux ,

Si j'étais jeune fille.

Sans avoir demandé le secret de la for.

Sans connaître le doute, Comme une eau qui s'enfuit sur sa pente, ainsi moi.

Je courrais sur ma roule.

Si 1e siècle s'agite en des nuits sans sommeil.

Si nul phare n'y brilla.

Je l'aurais ignoré I... Je verrais le soleil,

Si j'étais jeune Glle.

L'air des champs me ferait rêver, rire ou sauter.

Tout heureuse de vivre ; La fauvette serait- mon seul maître à chanter,

Les prés seraient mon livre ; Comme en un frais écrin je ferais là mon choix ;

Et sous une charmille.

J'irais parer ma lyre avec les fleurs des bots,

Si j'étais jeune fille.

La cigale aux bluets parle dans les sillons.

Aux grands blés l'alouette ; L'Atre se r^ouit d'écouter les grillons :

Car tout a son poëte.

Hoi, je serais, — bien mieux qu'un écho des docteurs. -

D,gniod.,GoOgfc

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