‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 19 sur 61 · LA VIGNE BT LE FIGUIER · texte numérisé non relu

LA VIGNE BT LE FIGUIER

n t« restait, sous le chaume, Un royaume

LG3 SYMPHONIES.

Peuplé par le souvenir, Sous le Sguier de ta vigne

Qui s'indigne De ne plus t'apparlenir.

Pour cacher, âme offensée.

Ta pensée, L'enclos de ronce et d'ajonc Forme une verte ceinture.

Aussi sûre Que les créneaux du donjon.

Ce débris des champs prospères

De tes pères T'aimait d'amour éperdu ; Il portait, à pleines sèves,

Fruits et rêves...

Et c'est toi qui l'as vendu I

Tu pouvais, sous ce treillage.

Vivre en sage, Pière ainsi qu'en ton manoir; A la liberté fidèle,

Tenant d'elle Ta noblesse et tou pain noir.

Tu l'as quitté cet asile I Pour la ville.

SYMPHONIE DES MORTS

Dont tu maudis les rutneurs ; Pour la ville, où l'on respire

Le dâlire Et la fièvre dont tu meurs.

Et ta vigne, hélas 1 s'étonne,

Quand l'automne Elle est prête à vendanger.

D'offrir ses p&ches vermeilles

Et ses treilles Aux enfants d'un étranger.

Sur les débris du temple ils traînent leurs charrues; Ils ont brisé tes dieux dans le marbre vivant; Des tableaux paternels la toile Qotte ans vents... Grave bien dans ton cœur ces beautés disparues.

Pour la dernière fois, sous ces chastes couleurs, Tu vois sourire encor les yeuide la madone ; Pour la dernière fois, cette blanche colonne Brille au soleil, debout sous son chapeau de fleurs.

Austères et sereins, comme des dieux antiques , Les aïeux cuirassés dont tu counais la voix , Qui surveillaient tes fils jouant sous les portiques , T'ont parlé de l'honneur pour la dernière fois.

Ils ne revivront plus avec leurs yeux deHamme, Près de Jésus en croix saignant sous ces arceaux , Ressuscites, cbez tous, par ces nobles pinceaux Qui prêtaient leurs couleurs à la beauté de l'Ame-

Tes enfants n'fiuront plus la chère illusion De ce portrait sacré devant qui l'œil ruisselle ; Ta mère t'y sourit comme une vision, Et du feu de son cœur t'v garde une étincelle.

Ils no sont plus, tous ceux dont l'esprit souverain Pénétrait dans le marbre et te rendait sensible ; Dont les doigts, en touchant ou la toile ou l'airain > Faisaient jaillir une Ame et briller l'inTisiblel

Us sont bien morts I et nul n'a suivi leur sentier. Vers l'ignoble laideur l'bomme se précipite ; L'esprit s'est retiré de la chair décrépite ; Et, l'idéal absent, l'art est mort tout entier.

Ahl c'est là, c'est encore une auguste ruine, Un grand culte expiré dont tu mènes le deuil. Une mort que c« temps nie en son fol orgueil. - Dis adieu, pour toujours, à la beauté divine I

LA VIEILLE ARHDRB

N'emporte pas ce fer I laisse avec ces piliers Crouler tes vieilles panoplies ;

D,gniod.,GoOgIc

SYMPHONIE DES MORTS. 161

Sous ces murs qu'animaienl: l'esprit des chevaliers Nous voulons être ensevelies.

Qu'importe ii notre acier vos étuis de velours I

L'arme est faite pour la bataille.

Pour nn vain ornement ces casques sont trop lourds :

Tes fils ne sont pas h ma taille.

A quoi nous gardez-vous T'épagnez h ce fer

tJn sordide emploi qui le souille; Il trouve en ces débris un tombeau noble et ùw ;

Qu'il meure ignoré dans sa rouille I

Entre vos faibles niains que puis-je devenir, Hoi , l'instrument des épopées t

Emportez des aïeux quelque autre souvenir; Ne touchez pas h leurs épées.

CHCeUR DES VAMPIRES

Nous sommes l'avenir I nous venons par troupeaux.

Ronger sous leur drap d'or les restes des empires.

A nous vos champs , vos toits , vos armes en lambeau» ;

Tous êtes énervés, vos enfants seront pires ;

Us sont impuissants même à garder vos tombeaux.

A nous la chair des morts, nous sommes les vampîresl

Nourris avec les loups dans les neiges du nord. Éclos avec les vers dans les fanges des villes,

î.GoogIc

Nous allons réveiller l'Europe qui s'endort.

Le sceptre des saints rois échoit aux mains serviles , Adieu les lois, les arts et les grandeurs civiles. Buons-nous sur le monde, ouvriers de la mort.

Ah, pourquoi, dans ces jours d'opprobre et d'épouvinle, Aui larves des tombeaux me gardez-vous vivante? Tout pâlit, tout s'éteint, jusqu'à votre soleil. IMeu I laissez-moi dormir de mon dernier sommeil.

LA CLOGHB DBS MORTS

Non ce n'est pas l'heure Que tu dois bénir!

Ici-bas demeure Pour Ce souvenir; Souffre, expie et pleure , Avant de finir.

la tombe offre aux douleurs ses charmes ;

C'est le caime après les ofTorts.

Mais tu resteras sous les armes,

Car tu dois vivre pour tes morts ;

Les uns ont besoin de tes larmes,

Et les autres de tes remords.

SYMPHONIE DES MOHTS.

Pendant les nuits sombres De ce mois gîacé,* Ta sur les décombres Et songe au passé ; Marche avec dos ombres, cœur harassé !

PANTÔMB

Tu me revois arec surprise, Tu pensais m'avoir oublié ; Mais ne crois pas que la mort brise La chaîne dont lu m'as lié.

Tu veux douter, cacher, peut-être.

Ton eflroi sous nn air moqueur...

Mais il fiMl bien me reconnaître A ces blessures de mon cœur.

Tu sais quelles maius les a ratles.

Tu les vis trop souvent saigner.

Ce n'est plus l'heure où , dans les fêles Tu peux fuir et me dédaigner.

Mes larmes s'échappent encore...

Et cependant, même aujourd'hui Comme autrefois je les dévore , Pour t' exempter de leur ennui.

Quand tu creusais leur source amère.

Moi, je t'en deraandjis pardon De ces pleurs, objets de colâra Et prétextes de l'abandon.

Dans ma tombe, encor, je le jure, Ces plaintes de mon cœur aimant Sont envers toi ma seule injure...

Va 1 moi, j'aurais été clément.

Tu semblais toujours te dérendre D'un oppresseur sombre et fatal ; Comment donc un amour si tendre Ponvait-il faire tant de mal ?

En retour de toute ma vie , T'ai-je demandé rien de plus.

Sans soupçons, sans jalouse envie, Qu'un peu de tes jours superflus?

Une des heures dépensées

Dans l'orgueil et ses faux plaisirs

Eût illuminé mes pensées

Et comblé mes humbles désirs.

Tu m'accordais, triste chimère, Parfuis, dans un transport soudain, Quelques moments d'ivresse amère Que j'expiais par ton dédain ;

SYMPHONIE DES MORTS

Quelques éclairs d'une âpre Qamme Qui me péQétrait jusqu'aux os ; Jamais un rayon de ton âme, Jamais l'espoir et le repos.

Quand tu vins, à travers ma voie, H'imposer Ion cruel amour, Je vivais, peutr^tre sans joie.

Maie sans avoir maudit le jour ;

Quand, pour exercer leur empire Dont s'égapit ta vanité, Tes yeux daignèrent me sourire Dans un moment d'oisiveté.

Hon cœur no t'avait point cherchée ;

Je le vis et je voulus fuir I

Par dépit, tu t'es attachée

A m'aimer, comme on doit ba'fr.

Il fellait, d'ailleurs, à la bouche Boire ou dans l'argile ou dans l'or, lâ volupté sombre et farouche , Hélasl que j'ignorais encor.

Je fus, un instant, le calice Où ta soif horrible a puisé; Tu m'avais choisi par caprice, El Ion caprice m'a brisé.

Tu sais, dans notre lulte intime, Tu sais les maux que j'ai BoufferU , .

Eh bien, tu semblais la victime, Et tu te plaignais de tes fers.

De ma mort, dont loi seule es cause, As-tu du moins porté le deuil ?

Peut-être, alors, un pli morose De toD front a ridé l'orgueil.

Hais, si quelque larme suprême.

De tes yeux secs, un soir, coula , C'est que tu pleurais sur toi-mâme Et que le remords était là.

Sur ma tombe que l'herbe cache , Qui t'empÊche encor de venir ; N'y pourrais-tu, saus qu'on le sache, Porter dans l'ombre uu souvenir f

Je le vois, ta terreur est grande Lorsque mon nom t'est prononcé ; Il fiitlait donc par quelque offrande Satisfaire au ciel offensé.

De ton crime et de ma faiblesse As-tu; dans quelques saints combats.

Bénissant le Dieu qui le blesse. Accepté la peine ici-basf

SYMPHONIE DES MORTS. 161

Non !... près de mon humble croix noire Tu n'osaB paa venir pleurer Une fois Beule, et murmurer Quelque parole eipiatoire !

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