VOIX DES TOMBES
Tu cherches vainement, dans ces funèbres nuits, Ceux qui se partageaient le poids de tes ennuis
Et qui te donnaient leur courage.
Oîi sont-ils ces grands cœurs, pour fouvrir leur trésor? Où sont-ils, pour sourire et pour pleurer encor
Tous ces amis du premier âge?
Ceux à qui tout penier peut se montrer à nu , A qui chaque recoin de notre âme est connu
Comme un logis l'est à ses hôtes, A qui nous demandons leur sévère coup d'œil, Conressant devant eux, sans honte et sans orgueil,
Les vertus ainsi que les fontes;
Ceux qui, dans les travaux, les périls du chemin, Combattaient à la fois du cœur et de la main ,
Mieux que toi prenant ta défense ; Ceux qu'on interrogeait, comme un passé vivant, Sur ces vieux souvenirs racontés si souvent.
Ceux qui te rendaient tou enfance?
Ceux-1^ n'ont pu lever le marbre du cercueil ,
Pour donner le conseil avec le doux accueil ;
Leurs choies ooibres sont absentes ; Rien, pour eux, n'interrompt la morsure des vçrs : Car on n'entend jamais, des tombeaux entr'ouverts.
Sortir que des voix menaçantes.
Nous sommes les plus froids d'entre les trépassée Dormant dans la fosse éternelle ;
Nul cercueil n'a reçu nos cadavres glacée...
Hais ton âme les porte en elle.
Nos yeux sont sans regard , aussi bien que les yeux Dont les vers ont creusé l'orbite ;
Nous marchons comme l'ombre, à pas silencieux. .. Et pourtant notre chair palpite,
Nous vivions de ta vie, et le même soleil Nous réchauffe encor l'un et l'autre ;
Quand la voix du passé vient troubler ton sommeil, Elle interrompt aussi le nôtre.
Quand ce passé t'arrête et te force à songer
A la route par toi suivie, Tu ne penserais pas à nous interroger.
Nous qui savons si bien ta vie.
Et pourtant , chaque jour, quand tu sors en rêvant. Tu pourrais, en ouvrant tes portes,
SYMPHONIE DES MORTS
Aller heurter du Tront noire spectre vivant... Nous sommes les amitiés mortes.
Si Ion cœur des vivants n'obtient plus de pitié, Si, lorsque ton efFroJ nous invoque h leur place, Le sépulcre jaloux, doiit un sommeil de glace , Retient tes arais morts et jusqu'à l'amitié ;'
Moi , Jo voillo ot j'entends ! et du fond de la tombe , Je suis toujours présente à mon posto éternel; Tes cris sont arrivés à mon cœur maternel ; Et le poids du cercueil en vain sur moi retombe,
Je le soulèverai pour t'aller Bi
Mon dme, en s'élançant, comme un Teu du cratère.
Briserait l'épaisseur du ciel et de la t«rre ,
Si Dieu, qui sait aimer, ne venait me l'ouvrir.
En vain un noir fantôme & tes côtés murmure, Ed vain tout ce passé t'assiège en ton effroi, Et les plus chères mains se dressent contre tei, Je vis pour t'entourer d'une invisible armure.
Comme au temps où ma chair enfermait mon enfant, Monétre entier frémit sitôt que Eu tressailles;
Ta mère sent, là-haut, près du Dieu triomphanl, Qu'elle te porte encore au fond de ses enb^illes.
Va, je sais tout de loi, les vertus et les torts; Je sais là comme aux jours où je pansais ta plaie; S'il passe à ton chevet un spectre qui t'effraie, Hoi, je te défendrai des vivants et des morts!
C'est donc vous, & ma mère I 6 douce Providence, Dont le cœur se donnait avec tant d'abondance; Cest vous, prête à quitter votre divin séjour Pour me couvrir encor de pardon et d'amour!
Eh bien, lorsque j'entends votre voix indulgente. Devant ce front heureux qu'une auréole argenté Le doute agile encor mon esprit révolté.
Le remords à mes pleurs mêle son Acrelé', Je m'accuse, et, parfois, accusant Dieu lui-môme, Je sens frémir ma lèvre entr'ouverte au blasphème. Car, malgré votre palme et ce bandeau de fleurs. Je n'absous pas le ciel de vos longues douleurs; Et mon cœur, si distrait par sa souffrance amàre, N'est pas guéri pourtant de la vètre, 6 ma mère! Àhl du moins si j'avais, ii vous mieux soulager. Rempli chacun des jours de ce temps passager; Si chaque heure, éprouvant mon active tendresse. Ainsi que son angoisse avait eu sa careesel
DigniodJyGoOglc
SYMPHONIE DES MORTS. i
Hais que d'instante perdus en futiles soucis, Qui, donnés it vos maux, ies auraient adoncisi Rien n'absoudra mon c<8ur, expiant ces journées Du devoir âlial lâchement détournées.
Qoand de ce iit sacré je m'écaitais d'un pas, Pourquoi votre regard ne m'appelait-il pasî Pourquoi garder ainsi toute votre agonie Sans partager son poids avec l'enfant bénie , lotissant mes yeux dormir, par un sublime effort, Quand les vôtres veillaient en face de la mort? A.b I durant cette nuit, fia de votre martyre, Peut^tre accusiez-vous mon amour sans le dire? Hais noni et votre adieu, si clément et si doux. Fut rempli de pardon et nous a bénis tons.
J'ai besoin des vertus de ce pardon si tendre ; Contre ces nuits d'borreur lui seul peut me défendre I Des spectres du passé qui m'attirent entre eux, Un remords filial serait le plus affreux,
Ades maux effacéâ ne donnons plus de larmes; L'ombre de nos douleurs là-haut n'existe plus; Le souvenir qui reste à l'âme des élus, A l'étemelle paix ajoute encor des charmes.
C'est pour toi, pour vous tous, à mes êtres chérisl Pour laisser mon exemple à ta foi déTaillante,
Que j'acceptai la lutte etqaej'yrDsvaillaDte; C'est pour vous, près de Dieu, que j'en recois le prix.
Si je quitte le ciel duraut vos nuits suprêmes, C'est pour vous l'apporter c« prii de mes combats; Tu dois, quand mon regard t'apparalt ici-bas, Oublier tes douleurs, tes fautes elles-mêmes.
Le Seigneur choisirait un autre messager S'il avait contre loi des pensers de colère; Il t'aime, il te pardonne, il vient t'encourager, Puisqu'il le parle ici par ma voii tutélaire.
Le rayon de mes yeus cbassera loin de toi Ces vapeurs d'un passé qui n'est plus qu'une cendre: Tout ce ciel ne m'est rien si je n'en puis descendre Pour te nourrir encor d'espérance et de foi.
Si je n'y gardais pas ta place an sein du maître, Si je n y puis aimer ceux que j'aimais jadis. Le Dieu qui fit mon cœur, et qui doit le connaître, Ne m'aurait pas donné, sans vous, son paradis.
Porte donc vaillamment ta douleur éphémère.
Tu blasphèmes de moi quand tu maudis le sort; Je De t'engendrai pas pour l'étemelle mort.
Val crois en un Dieu bon, si tu crois à ta mère.
SYMPHONIE DES MORTS
Oui, nul amour en moi ne peut brûler pour Dieu, Si du vâtre, ô ma mère, il n'emprunte son feu. Quand la douleur m'étreint de sa main meurtrière C'est voUv nom, toujours, qui me sert de prière; Par lui seul je comt)als le doute frémissant; J'ai retrouvé l'espoir, rien qu'en le prononçant.