LIVRE PREMIER
A cet âge où, des sens brisant la verte écoree, La fleur de l'âme éclate et brille dans sa force, Où tout prend une vois et, d'un accent vainqueur, Parlant hier aux yeux frappe aujourd'hui le cœur, Écolier, dans les bois il marchait plein de r6ves. Respirant le soleil et le parfum des sèves.
Il oubliait son livre entre ses mains ouvert. Et lisait le printemps aux pages du désert.
C'était un jeune sage ; en ces riants portiques Tout h l'heure il songeaU des demi-dieux antiques : Soldat, il triomphait aux champs de Marathon, Ou, vaincu, libre et Ber, tombait avec Calon;
ToSte, il ravissait, prés de la source ardente, Le rameau d'or cueilli par Virgile et par Dante; Entre ces deux lauders s'exerçait à choisir, Et sur les grandes morts il pleurait de désir.
Le jour, filtrant par goutte aux voAtes des allées,
Sàme de diamants les mousses constellées,
El, jaspant de veVmeil le tronc du chêne obscur,
Fait sourire, à ses pieds, la pervenche œil d'azur.
C'est midi ; la forêt croise en détours sans nombre
Ses chemins, clairs sillons tracés sous des flots d'ombra.
An hasard l' enfant marche, absorbé tout entier
Dans son rêve sans terme ainsi que le sentier. '
Bienlât avec l'odeur qui sort de chaque tige,
n subit du printemps l'invincible vertige.
Les folles visions, voltigeant par essaims ,
Bompent en lui le fil des austères desseins.
Parti du Capitale, épris des vieux trophées,
Le mobile songeur s'égare chez les fées.
11 louche à ces jardins oij s'endort la raison
Sous d'attrayants rameaux dont l'ombre est un poison;
Un murmure joyeux l'invite! il va sans crainte.
Il hil un dernier pas vers le noir labyrin&e..
Mais, tout à coup, tenant une rose à la main. Grande et belle une femme a barré le chemin.
Au doux vent de ses pas la feuille i peine bouge Et s'embrase aux reflets de son vêtement rouge:
R03A HYSTICA.
Le concert de ea voix, des grâces de son corps, De ce printemps perfide étouffe les accords; Elle parle et sourit; l'éclair de sa paupière Brille et du ciel ardeat éclipse la lumière
Reconnais-moi 1 je donne au cœur des ailes d'or. Nul à ces grands sommets dont tu cherches la voie N'atteindra ai mes yeux n'éclairent son essor.
J'apporte â mes élus la force dans la joie;
Et, BOUS des noms divers, je viens pour eus du ciel ,
Leur frayant le retour vers le Dieu qui m'envoie.
Je suis la Béatrix aux paroles de miel, Révélant les secrets du bienheureux empire; J'y prépare, k qui m'aime, un laurier étemel.
Beaux combats et beaux vers, c'est moi qui les inspire.
Ayant dit, à l'enfant elle adresse un regard
Qui dans le Vif du cœur pénètre comme un dard,
Et, sur ce front tremblant, d'undoigt calme elle applique
T.a rose préparée à ce baiser mystique.
Soudain, les lits de mousse et l'églantier vermeil, Le chêne aux feuilles d'or miroitant au soleil ,
St8 IDYLLES HËnOlQOES. '
Lee magiques appels des Oeura et de la brisa. Ces doux pjégos des bois par qui l'âme est surprise, Toute la terre, eafin, disparaît. Le rêveur, Saisi par Béatrix dans ce baiser sauveur.
Plus haut que la nature, en son essor paisible. Honte et ses yeui guéris s'ouvrent sur l'invisible.
n voit le paradis, le bonheur des élus Embelli, ce jour-lit, par un amour de plus.
Une âme y vient de naître, une vierge innocente, Gardant du sein de Dieu l'empreinte éblouissante. Rayonnante à la fois de force et de douceur, Pareille à Béatriz comme une jeune sceur.
Un rosier sans épine est son lit; deux beaux anges De leurs robes d'azur ont fait ses premiers langes. Le chant des séraphins, mélodieux ruisseau, Coule comme un lait pur autour de sou berceau. Quatre saintes, debout, marraines et patronnes. Filant l'or de ses jours en tressent des couronnes, Et, lui versant les flots dont on baptise aux cieux, Répandent leurs vertus sur ce front gracieux.
SAINTB HABIB.
Reçois mon nom, mon nom sans lacJie, Tn me le rendras aussi pur , Sans qu'une ombre en ta vie attache Un seul nuage à cet azur.
ROSA MYSTICA. 9S9
Je le prends, rose de myslère , Pour f abriter de ma pudeur; Dieu seul, sous ton feuillage austère.
Saura quelle est ta douce odeur.
Sous d'autres feux que ceux de l'âme Jamais tu ne voudras Qeurir; Hais tu connaîtras, pauvre Femme, Tous les amours qui Font soulTrir.
Tu boiras â l'éponge amère Qui m'abreuve au pied de la croix ; Et le glaive en ton cœur de mère Comme au mien plongera sept fois.
SAINTE VIctoiRB
La vie en fleurs m'offrit ses plus chères délices. Quand tout me souriait, jeunesse, honneurs, beauté, J'ai des morDos prisons choisi la volupté; J'ai pris JKeu pour époux , dans l'horreur des supplices.
Plus cruels à mon cœur que le fer et le feu.
J'ai subi les assauts de deux amours contraires: Ma foi m'a fait trembler pour mon père et mes frères; J'ai vu ceux que j'aimais ennemis de mon Dieu.
Hais lo ciel m'a rendu ma maison douce et calme;
s» IDYLLES HËROIQOES.
Mon sang a racheté tous ceux que j'ai chéris; Daos le salut des miens j'en ai reçu le prix... . Je te lègue, à présent, mou martyra et ma palme.
Dans un corps admiré cachet- un cœur de flammes. Comme un brasier trop pl^n sous l'or de l'encensoir, C'est un don périlleux... tu peux le recevoir! Tu seras belle et pure enU'e toutes les femmes.
Car le fou dont (a grflce embrasera les Ames Consume en ses ardeurs tout criminel espoir; Qui te chérit s'enchaîne aux rigueurs du devoir. Il apprend à servir le Dieu que tu proclames.
Et loi, tu meurs d'amour; mais d'un amour sacré Qu'uu terrestre désir n'a jamais effleuré, Dont nul ne troublera les extases divines.
Tu poursuis, à jamais, d'un chaste emportemrat, Tu prends, ainsi que moi, pour éternel amant, Jésus en croix, saignant et couronné d'épines.
Dieu' montre à qui se perd, pour le gagner ai Ta vertu souriante,
ROS,\ MYSTICA
Étoile aimable et sAre iDviiant tous les yeux, Astre où l'on s'oriente.
Chacun t'apportera sa lèpre et ses douleurs,
Sans que tu t'en effraies; Car Ion doigt délicat, fait pour cueillir des fleurs,
Aime à panser des plaies.
Le pauvre, à t«s genouï, recevra, sans firalé,
L'aumAne qu'il reponsse; Tu' sauras embellir même la charité
D'une beauté plus douce.
Une grâce est cachée aux plis de Ion manteau ,
Transformant foutes choses; De ton voile, entr'ouvert sur ton pieux fardeau. ■ Tu fais pleuvoir des ro=es.
Ainsi, les bienheureux, égrenant leurs fleurons, Sèment sur nos berceaux les perles de leurs fronts. Et font, dès sa naissance, à l'âme de toul homme Dn germe de vertus des noms dont il se nomme.
A peine elle a reçu ce grain des fleurs du ciel. Dont la terre ci sa lèvre empruntera le miel, La sœur de Béatrix , la rose bien nommée, Se lève dans l'azur comme une aube enflammée.
SOS IDYLLES UËHOIQUKS.
Tout l'borixon a'embrase à sa vive rougeur; Son sourire a plongé dans les yeui du songeur, - El, pour garder cette Ame, active sentinelle, I^ vision s'y fixe en sa grâce éternelle.
Par le songe ébloui , sitôt qu'à son réveil
L'adolescent revoit la l«rre et le soleil,
Il croit, au bord des prés, trouvant l'herbe si pâle.
Que la nuit s'y promène en ses sentiers d'opale.
En vain, pour l'attirer, les grands lis importuns
De leur robe d'argent agitent les parfums.
Eu vain sourit, tout près, la pourpre des cerises;
Sous l'ambre et le carmin les fleurs lui semblent grj
Si fort brille , à ses yeux, de l'éclat d'un brasier,
La rose ardente au seio du mystique rosier.