‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 50 sur 61 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

La prison de Konrad est sombre; éclairs funèbres, Ses regards de courroui sillonnent les téaèbres. Soldat vaincu d'uo droit qui saccombe avec lui , Et doutant de ses dieux, insultés aujourd'hui, n maudit cette foule au cœur bas et frivole.

Qui fait du crime heureux une insolente idole. Blessé sous le drapeau dont il porte le deuil, Il saigne dans sa chair, comme dans son orgueil.

Mais son mal le plus âpre est dans l'âme elle-même ; C'est un vide rongeur à la place où l'on aime, Un désir qui survit, couvrant plus d'un remord. Jeune, il invoque, hélasl et redoute la mort; Indigné de sentir que l'épreuve du glaive £n le laissant vaincu n'a pas tranché son rêve. Hais un son de voix doux comme la charité Parvient , dans le cachot, k son cceur agité.

rovLLES héroïques.

BOSA MTSTICA

Je viens, dan?: la prison plaintive, .

Veiller au chevet des douleurs; C'est ie jardin que je cultive , J'y prends mes perles et mes fleurs.

Si je n'en peux briser la porte, J'y laisse après moi , chaque soir, Pour pris des joyaux que j'emporte, Le pain, la prière et l'espoir.

Dn songe heureux vers toi m'appelle; Quatre saintes m'ont dit ton nom ; Je sais qu'une fieur immortelle Ècl6t dans (on noir cabanon.

Je veux cueillir sur

Les larmes du juste aflligè,

Et, si mes mains sont assez pures,

Toucher à Um cœur soulagé.

A d'aussi nobles mains un miracle est possible. Mes fers peuvent tomber, ma prison peut s'ourrir, Hon flanc, qui saigne encor, devenir insensible... Hais tu parais trop lard , mon cœur ne peut guérir.

ROSA MYSTICA

Pour fuir de son cachoi , mon âme n'a pins d'aila ; Je souflVe de ma nuit sans désirer le jour; J'admire encor le bien, mais j'ai perdu sou zàle. Et je crois à ton Dieu, mais j'y crois sans amour.

Tu sais aimer, puisque tu pleures, Tu sais prier, puisque tu crmsl Je viendrai, dans tes sombres heures, rouvrir les deux bras de la croix.

C'est peu de souffrir sans révoile.

Sachons féconder chaque pleur f Aimons Dieu 1 l'amour seul récolle Les fruits semés par la douleur.

Pent-étreque ta gerbe est mûre, S'il y pleut une larme encor ; Tu risquerais, par un murmure,

De flétrir ses mille épis d'or.

Il est des maux portant avec eux leurs délices, Où des belles vertus les germes sont semés... Nulle {leur n'éclora dans mes âpres calices ; Leur poison m'est venu des cœurs les plus aimés.

î.GoogIc

SoQB le fer des méchants je tombai sans blasphème. Hais, par des coups secrets que je ne puis trahir, J'ai souffert trop souvent des vertus elles -mêmes... le veux les oublier I... et crains de les haïr.

J'ai vu répandre bien des larmes  de pauvres yeux délaissés ; Par le sourire, ou d'autres armes, J'ai connu bien des cœurs blessés.

Jamais à panser une plaie Je n'ai pleuré comme aujourd'hui I Dieu veut, sans doute, que j'es^ie D'adoucir ta coupe d'ennui ,

Pour que ton cœur, sans n Cherche, au fond du vase de fiel, Cette fleur de la patience Qui manque à ta couronne au ciel.

Parlant du ciel ainsi, tu l'habites ^ns doute, Toi dont chaque regard éclaire ma prison I La colère en mon cœur s'endort, quand je t'éconte, î'Y sens se réveiller la voix de l'oraison.

ROSA MYSTICA. 297

Ta sereine beauté, chassant l'ombre et la crainte , Luit en des traits si purs qu'ils n'ont rien de mortel ; Sous ses longs cheveus noirs, ton front eSt d'une sainte. Dis s'il ftiiit qu'on t'adore, et monte sur l'autel I

L'humble cuite qu'il Taut me rendre, ' C'est un peu de douce pitié.

Offre à Dieu ta ferveur si tendre :

Garde pour moi ton amitié.

Mes jours, comme tes jours sans tr&ve.

Sont pleins d'ennemis dangereux , Et mon front n'a touché qu'en rêve Au nimbe d'or des bienheureux.

Mes pieds ont peine h me conduire

Sur un sentier matériel ; Hais je suis pareille au navire.

Ma force est dans le vent du ciel.

C'est le nom du Dieu que je prie Qui donne à ma voix sa douceur.

Et, dans ton âme endolorie , M'annonce à toi comme une sœur.

.Si mon front a quelque noblesse,

Je la reçus avec k foi ;

Je n'ai que ma chaste foiblesse

Et mon- cœur qui soient bien â moi.

Dieu me vit tremblante el courliée ; Un piège était sur mon chemin , Et mon âme y serait tombée.

Sans un miracle de sa main.

Si des pleurs à les yeux je ne voyais les traces. Je te croirais un ange et n'oserais parler.

Ton cœur, qao la tristesse embellit de ses grâces. S'il n'avait pas souffert ne saurait consder.

Non moins que la beauté cette douleur m'attire, M'apprenant que ton Sein palpita comme nous.

Ce Front charmant, peut-être, est Fait pour le martyre ; Mais il est fait, encor, pour qu'on l'aime à genoiin.

Puisque de ma prison tu sais ouvrir les portes. Délivre aussi mon âme esclave en ce bas lieu ; Tends à mes feibles mains la palme que tu portes, H 'élevant jusqu'à toi pour m'approcher de Dieu.

BOSA MTSTICA.

Je n'ai la palme, oi les ailes, Ni l'esprit fier et triomphaat ; J'ai l'amour et l'espoir fidèles^ ■ J'qi l'humble foi qui me défend.

Pour t'emporter dans la lumière.

Mon bras est trop débile encor ; Hais vois-tu, là-haut, la prière Qui nous tend son échelle d'or ?

n faut l'escalader ensemble I Oublions les pleurs essuyés...

Tu me soutiendras si je tremble ; Montons I L'un sur l'autre appuyés.

Ah I lorsque je révais, dans mes saisons bénies, De planer dans la sphère où s'allume le jour. De plonger jusqu'au fond des choses infinies. En traversant le ciel dans un essor d'amour ;

L'ange qui m'entraînait sur ses ailes de flamme Avait ces yeuï, ce front, ces lèvres, cette voiï..,

La reocoDtrai-je, enlin,' celle aœur de mon âme, Tardive Béatrix, est-ce voua que je vois ?

VeiMï-vous me ravir, éperdu, sur les cimes Do ce chaste idéal objet de mon tourment ; M' apportez-vous ia fleur des voluptés sublimes Que je veui respirer jusqu'à l'enivrement?

Au nom des promesses divines Je viens pour l'aider h souffrir ; Ha tendre couronne d'épines Est la fleur que je dois l'offrir.

De mou front qui saigne et se penche.

Pour la partager, si tu veux, J'en vais détacher une branche Et l'enlacer à tes cheveux.

Le Dieu clément qui nous l'impose, Pour des jours bienidt révolus, De chaque dard fait une rose Et la fixe au front des élus.

Donne-moi, donne-moi ce pâle diadème.

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ROSA MÏSTICA.

La ronce aux mille dards dont ta chair a saigné ; Son cbarme a pénétré dans ma douleur que j'aime ; De fleure et de parfume Je sens mon front baigné.

Oui, c'est là Béatrix ! ses pleurs et son sourire Réveillent eu mon cœur d'ine^bles accords ; Et l'éclair de ses yeux, dardé ^ur me conduire. Me lance vers le ciel et m'arrache à mon corps.

Qu'importe le passé I je sens tomber mes chaînes ; Comme d'un frais berceau je sors de ma prison ; Je respire, déjîi, dans les saisons prochaines, Cn souffle d'ioBui qui passe à l'horizon.

Partons , â Béatrii , je le suis dans la nue I Mais je veui, pour ta gloire, écrire, auparavant, Sur les murs du- cachot oii je l^i reconnue : a Entré mort en ces lieux , Konrad en sort vivant. >

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