‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 53 sur 61 · LES FONTAINES · texte numérisé non relu

LES FONTAINES

1^ HOurceî au pied du mont natal, A l'abri du moindre zéphyre, Connue un grand disque de cristal Dans un cadre vert rie porphyre.

Sous le chôoe au Teuillage noir.

Fraîche au milieu d'un air torride, Ij source étale son miroir Comme un acier pur et sans ride.

L'azur sombre en est si profond.

Si bien clos dans son lit de roche, Qu'effrayé de ce puits sans fond Jamais le chevreuil n'en approche.

Que sert le transparent bassin, Si le cygne au long cou d'ivoire Ne doit a' ébattre dans son sein , Et si la biche n'y vient boire ?

11 attend de voir, à genoux Sur la mousse qui t'environne, Dn couple aux yeux chast«s et doux Que le myrte amoureux couronne.

Ensemble ils viennent s'y pencher ,

î.GoogIc

flOSA HÏSTICA.

H6lant ooirs cheveux, boucles bloDdes ; Leurs regards, prompts h se chercher, Croisent deux éclairs sous les oodes.

Alors, animés par leurs yeun, ' Le bassin. Ml pour qu'on s'f mire, De sombre devenu joyeux S'illumine de leur sourire.

Quand nous chaulons nos amours.

Les vieuK chênes sont-ils sourdsî

Non sans doute.

.Mais a leurs pieds, par bonheur.

Dans l'ombre, un beau promeneur

Nous écoute.

On le devine à ses yeux , C'est un amant soucieux,

Las d'attendre.

Charmei, oiseaux, son ennui.

Et trouvez un chant, pour lui.

Vif et tendre.

Battez de l'aile I on entend Deux soupirs, A chaque iostani,

iDïLLjis Héroïques.

Se confondre.

Voici le bruit d'un baiser; H va, sans plua s'apaiser.

Vous répondre.

Chantez pour nous! chantez vos plus douces chansons, Mes frères les oiseaux , et batteï-aous des ailes. Polissez ie cristal de vos miroirs fidèles.

Fontaines au flot pur près de qui nous passons.

Et vous, lancez à flots l'odeur qui nous enivre, Rosiers pleins de soleil, chèvrefeuille et jasmin; Voici , les yeux baissés et sa main dans ma main , La reine de mon cœur qui consent à me suivre.

' Unissez vos splendeurs pour nous faire un beau jour; Rayonnez, embaumez, cliantez d'une voix tendre. S'il faut des cœurs émus pour savoir vous entendre, nature, en voici teut palpitants d'amour!

J'ai respiré, dans une rose,

L'odeur du ciel ; Toute larme dont je l'arrose

Y fait son. miel.

B06A MYSTICA

C'est mon bon ange! elle se voue

A ma douleur...

Par l'éclat vermeil de sa joue.

C'est une Heur.

Ni le velours qui sur la pêche

Brille un matin.

Ni la rose-thé la plus fraîche.

Ni le satin ,

Ni le lotus au blanc calice.

De l'onde issu , N'ont de sa peau suave et lisse

Le fin tissu.

Quand sa main, qu'elle m'abandonne,

Vient a s'ouvrir, Ma lèvre, eh y touchant, frissonne.

Je crois mourir!

Mais, ce qu'au monde rien n'égale,

Ame ni fleur.

C'est l'encens que son âme exhale

Dans chaque pleur.

Ce chaste encens m'apporte un rêve

Tout plein de Dieu, Et, comme un nuage, il m'enlève

Dans le ciel bleu.

Ce mystique parier que j'aime

Dans son ardeur, Fait oublier sa beaulé mdnip

Pour sa pudeur.

Si bien qu'à sa voix tout se CBlme

Et se soumet...

Je n'aperçois plus qu'uue palme

Sur UD Bommet.

Hier, ces doux noms que je t'inspire.

Ces doux aveux , en qui j'ai foi ,

M'auraient (ait trembler ou sourire, Prononcés par d'autres que toi.

Je les accepte de ta bouche; Sans cherclier, dans mon propre cœur.

D'où vient que ton accent me touche, Pourquoi je veus être ta sœur.

Calme et fort dans sa conâance.

Ce cœur, rassuré d'aujourd'hui.

Sent que vers ton Ame il s'élance.

Et que ton âme vient à lui.

Dieu nous a poussés l'un vers l'autre, Ita sur*nous d'heureux desseins;

ROSA MYSTICA

Aimons, pour sa gloire et la nôtre, ÂimoDS comme ont aimé les saints.

Oui , c'est Dieu que j'entends à travers ta parolel C'est Dieu qui par les mains me touche et me guérît, Qui , des feux de ce jour, t'allume une auréole, Qui para cet Éden où notre amour fleurit;

Lui qui préfère aux lis, dont le baume l'encense, Qui respire ton âme en ce fervent essor; Lui qui, pour m'enîvrer, fit, de sa propre essence, La nature si belle et toi plus belle encor.

Avant l'heure où ton cœur, débordant sur les cimes,

Eût transformé ces bois, où j'ai tant soupiré. Avant de t'y conduire, à toi qui les animes, Je n'avais rien senti, rien vu, rien admiré I

Un arome inconnu sort , aujourd'hui , des roses ; Les oiseaux sont plus vifs et plus mélodieux; Des rayons tout nouveaux ont brillé sur les choses, Depuis que j'y regarde aux Qammes de tes yeux.

Je voyais tout, jadis, comme à travers un rêve Où l'on flotte indécis sur un vague sentier;

3U IDYLLES HÉBOIQCES.

Maie Uiut prend forme et vie au soleil qui se lève: Je BCDs de mon chaos jaillir un monde entier.

J'entends une parole et non plus un murmure; Aux flancs noirs des ravins coule à flot le vrai jour. Ton cœur m'a Tait connaître, éclairant la nature, L'infini qui ae cache aux esprits sans amour.

Mon cœur, à moi, s'y renouvelle Dans ces bois que tu fais chérir; Alerte comme l'hirondelle, J'y sens mes ailes se rouvrir.

Je retrouve, en ces lieux tranquilles.

Tous mes joyaux les plus prisés; Je n'ai rien laissé dans les villes, Sinon les fers que j'ai brisés.

A tes cât^, sur les bruyères.

Je m'agenouille avec émoi; (kimme s'il cueillait mes [H-iàrea, J'y sens Dieu s'incliner vers moi.

Loin des hommes, plus tu m'entraînes Vers ces sommets couronnés d'or.

ROSA MYSTJCA.

Plus, daDs ces régions sereines, Plus je voudrais monter encor.

Ce chemin par où l'an s'élève Dans l'azur qui baigne les monta.

Chaque nuit je ie fais en rêve, Depuis le soir où nous aimons.

A ton bras joyeuse, il me semble Que, dans l'air lumineux et chaud, Nous montons, nous volons ensemble, Disant: plus haut, toujours plus bauti

U, nous écoutons, sans mystère.

Des voix, qu'on ne pouvait saisir.

Troublé qu'on était sur la terre.

Par la douleur ou le plaisir.

Puis, bercés dans un or fluide, Enivrés d'exquises senteurs, Nous descendons, d'un vol rapide, Pour nous poser sur ces hauteurs.

Donnez l'essor à votre âme, Elle aspire aux grands sommets; Des sens éteignez la flamme

Avec l'onde et le.dictame Et te miel que je promets.

Fuyez l'humaine malice; Et, loin d'un monde envieux, Apportez, comme un calice, Pour que rien ne le ternisse, Votre amoar sur les baula lieux.

Sa tente est sous le mélèze Près des flots immaculés; Le cœur y respire à l'aise Et l'air léger vous apaise Sur les gazons non foulés.

De l'aigle et de la lumière Ce mont est le vrai séjour;

Il est fait pour la prière, Pour la vertu libre et fière...

Il est fait pour votre amour.

Les oiseaoi, la brise et l'onde Entendront seuls votre aveu;.

Ma forêt vierge et profonde Vous cache aux regards du monde.

Hais vous laisse voir à Dieu.

ROSA MYSTICA

Comme oo respire bien sur nos Alpes sublimes: Leur souffle est plein de force et de sages conseils. Lorsqu'on rêva d'atteindre aux héroïques cimes, Qu'on est bien, pour aimer, sous ces chastes soleils I

Livre, à blanche Yung-Frau , livre-nous ton domaine; Soutiens, sur les degrés d'azur et de cristal. Porte, comme une sœur, l'ange que je. t'amène; Klle est digne d'avoir ton front pour piédeslal-

Comme la neige vierge où l'aigle seul s'abreuve. Son amour, éleignanl l'ardeur des faux plaisirs, Verse au cœur, à travers les sentiers de l'épreuve, Cn torrent qui l'eïalle en ses nobles désirs.

Elle a rendu meilleurs tous ceux qui l'ont aimée ; Et, rien qu'en l'écoutant, sans vivre sous sa loi , En respirant de loin cette rose embaumée.

L'âme s'ouvre à sa grâce et désire la foi.

Son sourire a brillé sur mes doutes funèbres. Frappant le noir essaim, comme un. rayon vainqueur, Ce soleil a chassé les oiseaux de ténèbres.

Et l'aube du vrai jour se lève dans mon cœur,

Je VOLS mes horizoas et mes regards s'étendre; Un glaive mieux trempé s'affermit sous mes doigts; Plus fort dans mes périls, je reste aussi plus tendre, ' Et sais mieux me donner, partout oii je me dois I

Quand elle sent mon coeur qui gronde et qui déborde, Elle en calme les Dots, mais sans lutter contre eus ; Elle sait diriger, en sa miséricorde.

Ce trop-plein de l'amour sur tous les malheureux.

Va, mon cœur et mes sens to resteront dociles; Guide-moi vers ton ciel , à travers cent combats ; Hontre-mni le chemin des vertus difficiles Et dont la récompense est ailleurs qu'ici-bas.

Près d'une autre que toi, cette soir qui m'altère. Dans un oubli moins pur et moins audacieux, Eât imploré l'ivresse et le miel de la terre, Mais a toi, Béatrix, on demande les cieui.

Le dieu que l'on poursuit à travers toute femme , L'Étemel invisible à mes yeux s'est montré, Éclairant, tout i, coup, des sphères de mon âme Où le soleil encor n'avait pas pénétré.

Béatrix, 6 lumière, à loi de me conduire!

Ne me retire pas ce rayon qui m'a lui;

ROSA MYSTICA

C'est par l'échelle d'or de too pieux sourire Que Dieu descend vers moi, que je monte v

Ton cœur a trouvé des paroles Qui m'étreignent comme un lien; Je sens d'ardentes auréoles Enlacer ton front et le mien.

A travers cette ivresse ausWre, J'ai possédé, dans un moment, De quoi répandre sur ta terre Un siècle de ravissement.

A qui voit ton âme profonde, A qui t'aima sur ces sommets, Va, tous les amours de ce monde Sont impossibles désormais.

Après ce jour tout autre est TÎdel Je veux , quel que soit l'avenir.

Comme au fond d'une Thébaïde, H'enfermer dans ce souvenir.

L'aumdne seule et la prière Auront accès dans ce saint lieu

iDTLLES Héroïques.

Pour rester ï toi plus entière, Je veux être toute k mon Dieu.

Je veux souffrir pour qu'il s'apaise, Te comptant chacun de mes pleurs.

Je veux porter ce qui te pèse.

Tout le fardeau de tes douleurs.

Laisse-moi ma chaîne éternelle; Rien ne saurait la délier.

Toi, pour aller où Dieu t'appelle, Resta libre de m'oublier.

El si, jamais, un coeur plus digne T'offrait de plus belles amours.

Aime une autre, je m'y résigne , Et tu seras béni toujours.

Au ciel on n'a pas de rivales; Tout est si grand, teut est si pur; Les âmes sont toutes égales Devant Dieu, dans l'immense azur.

Tu m'y reconnaîtras, je pense , Aux ardeurs vives de ma foi , Et j'irai, pour ma récompense, M'asseoir, lît-haut, plus près de U

Où cherches-tu le ciel , nous l'avons dans dm Amesl Ici point de regrets on d'espoirs superflus; Le passé, l'avenir, c'est l'heure où nous aimâmes... Pour mon cœur, désormais, le temps n'exigle plus.

itestODS icil je veux éterniser cette heure.

Dans l'ivresse ei la pais du bonheur assuré.

Je veux, ï notre amour, bâtir une demeure Sur la ciroe où par toi je fus transfiguré.

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