‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 7 sur 61 · ENTRE DEUX ORAGES · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX ORAGES

La trombe éclate, il |r6Ie sur mon champ ; Adieu mes blés, mes roses que je pleure I La foudre mcor va tomber tout â l'heure; Un tourbillon s'amoucelle au couchant.

Dans tout le ciel se heurtent les nuages ; Celui-lb passe, un plus sombre le suit...

Toilà pourtant qu'un peu d'azur nous luit , Un rayon d'or glisse entre deux orages.

Charmant rayon, tu pourrais décevoir Do cœur plus neuf et plus ardent à vivre.

no LES SYMPHONIES.

Uoi, je sais bien que l'éclair va te suivre El qu'il pleuvra... peut-Ab« jusqu'au soir.

Oui, je VOLS trop ce que le sort prépare.

Salut pourtant, sourire mensonger I Entre deux nuits que ta clarté sépare Je me réchauffe i ton Teu passager.

Sans m'abuser, espoir, plus qu'un vain .rêve. Caresse nn peu mes rosiers déQeuris ; Rayon menteur, tu n'es rien qu'une trêve.

Mais je respire, au moins, quand tu souris.

Luis donc, espoir, montre A l'âme une route Par ce sillon ouvert sur Un ciel bleu ; Mon cœur te doit, dans la nuit de son doute.

Tout ce qu'il sait du bonheur et de Dieu.

D,gniod.,GoOglc-

CONSOLATION

Tons les fruits da vei^r ne sont pas mArs «icor, Mais l'automne apparaît dans les bois jaunes d'or; La brume se répand, grise comme la cendre, Au pied de ce coteau que tu vas redescendre.

Sur la pierre annonçant la moitié du chemin, Que lait cet homme assis et le front dans sa main ? Il écoule les voix de la saison extrême Gémir dans la forêt et parler dans lui-mêroe.

Ln nature se plaint ; un long gémissement Aux larmes nous' convie;

Oa qES SYMPHONIES.

Et ce bnijl doulourRus reate, éternellement,' Le son que rend la vie.

Le sort frappe ses cMnips; plus riche est le métal,

Plus haut la cloche tinte ; L'bomme jette, entre tous, soue le marteau btal.

Une plus vive plainte.

Laisse-toi donc gémir, 6 sombre voyageur I

Toi qui sors de la- flamme ; Je sais quels coups, lanc^ par le divin forgeor,

Font retentir ton ime.

Je sais, moi, le désert, moi, confident sacré Detous'Ies cœurs qui saignent,

Hoi, l'écho toujours prêt du rêveur ignoré Que les foules dédaignent.

Je sais ton mal secret! Ta fierté cache un deuil ;

J'aperçois, quand tu railles, Le renard acharné, sous ton manteau d'orgueil,

A ronger tes entrailles.

Je connais tout de loi, fautes et châtiment,

Illusions diverses; Ser vaincu ! je sais s'ils coulent justement

Tous les pleurs que tu verses.

î.GoogIc

CONSOLATION

L'urdeitt besoin du vrai, dès l'enfence, a veillé.

La nuit, dans Ion alcdve; De ses froides sueurs ion front trop tdt mouilté

A vingt ans resta chauve.

Ta convoquas, pourfuir les vulgaires erreurs,

Tous les guides célèbres; Et tu vas, assiégé de doute et de terreurs,

Perdu dans les ténèbres.

Tu pouvais, comme un autre, amoureux du loisir,

Goûter les folles joies.

Vivre au moins et rêver... mais tu voulus choisir

L'art et ses rudes voies ;

Et tu t'es mis à l'œuvre, épris d'un idéal ;

Espérant à la foule Faire un jour adorer le glorieux métal

Dont ton âme est le moule.

L'étude h ta jenne^e a fait un lourd tombeau

De hin atelier sombre ; Et voilà que les maiua, à poursuivant du beau.

S'attachaient k son ombre!

Pour. en saisir la tj-ace, ohl pleure; il est trop tard; Plus rien qui lui ressemble I

L'automae a sur tes yeux mis son premier brouillard ; Voilà ta main qui tremble 1

Ab ! vieillir, sentir poindre en son cœur la saiaon

Stérile et monotone; Voir déjà, quand l'été fut sans Oeur ai moissoD,

Nelgâr uo-froid antomoel

Tu n'as pas de tes jours bu ia douce liqueur,

Tu vas goûter la lie ; Tu boia ce fond amer qui reste sur le cœur

Et jamais ne s'oublie.

Tu rêvas tout! l'amour, la vertu, le savoir.

Et i'épée et ia lyre.

L'amourI Ëlait-ce lui?... Tu subis soa pouvoir

Assez pour le aiaudiie.

H t'a brisé I tu fuis; la stofque raison

Le juge et le déteste ; U t'abreuva de fiel... et de son doux poisou

L'ardente soif le reste.

Lui qui t'a si souvent baigné de pleurs amers,

Brûlé d'un flot de lave ; Lui qui sur tes beaux jours a fait peser des fers

Et t'a vu son esclave,

CONSOLATION

Il te reste ignoré I... Tu L'en vas, désormaig,

Enviant ceux qu'il trompe ; Te voilà ds sod ten^le esilé pour jamais,

Sans avoir vu sa pompe.

Du royaume interdit, où tous auront vécu,

Tu sora sans le connaître; Gardant une blessure, d douloureux vaincu !...

Et des remords, peut-4ti«l

Mais, royaume ou prison, tcm cœur s'en eti banni ;

> Voici les froides heures.

Hélas! ce mal de moins laisse un vide infini. Et déjà lu le pleures.

Rien au fond de ton Ame et rien autour de toi I

La nuit, la nuit commence; La nuit d'hiver, dont l'homme aborde avec effroi

La solitude immense.

Ici, l'borrible mort moissonna sans pitié

Dans le champ de la race ; Là, tu lis sur les fronts que la sainte amitié

Fuit sans laisser de trace.

Va, pleure et ne crains pas I Ta vois au loin se perd: Car l'oubli t'environne.

M LES SYHPHONIES.

Tes sanglots, éclatant sur Um chevet désert, N'éveilleroDt personne.

Pleurel nul front craintif, endonni près du tien;

N'est mouillé de tes lannes.

Sur tes nuits sans repos, jamais doux entretien

Tfaura versé des charmes.

Quand tu t'endormiras d'un sommeil élouBbnt,

D faudra qu'il s'achève; Jamais, en ton angoisse, un joyeux cri d'en&nf

N'intenx>mpra ton r6ve. '

La flamme va s'éteindre au paternel foyer ;

Les récits vont se taire.

Tiens-toi prtt à viollir sans bras pour t'appuyer ;

Voilà l'hiver austère.

Wt^ le Bel se glisse en ton sang qui tarit.

Ta veine s'est glacée ; Et la noire tristesse , à travera ton esprit,

Coule avec la pensée.

Tu vis avec effort ; Dieu semble te nier Ce qu'il donne à chaque Être,

Ce doux réveil de l'âme au soleil printanier Où l'on se sent renaître.

CONSOLATION

L'air libre du désert, où jadis, en rêvant,

Tu pansais tes blessures, Brûle atyourd'bui ta lâvre ; et les baisera du vent

FoDt pour toi des morsures.

Souffrir, tq^jours souffrir I du travail, du repos!

Le feu qui te dévore Circule sourdement de ton âme à tes os,

'Et Dieu l'attise encore.

Tout croule autour de loi I rien qui fosse espérer ;

L'antique foi succombe.

L'air du siècle où tu vis est triste & respirer

Comme une odeur de tombe.

Toute vie est douleur; tout gémit ici-bas,

La nature et loi-mëme. Connais-tu des écbos où ne résonnent pas

La plainte et le blasphème T

Pleure. sur ce qui meurt et sur ce qui grandit ;

C'est ta loi; pleure, ô maître I Et lance l'analbème à ce monde maudit,

A Dieu qui t'a fait nàttre

C'est ainsi qu'il entend, au coucher du soleil. Parier ses passions et Jes échos du monde ; Hais bientôt, en lui-même, une voix plus profonde Oppose au désespoir un plus ferme conseil :

Oui, si j'écoute en moi les sens et la nature,

Tout ce qui doit 6nir, Je pleure et je maudis, ou du moins je murmure,

Quand je devrais bénir.

Cependant, au plus fort du blasphème et du doute,

Dans ma plus sombre nuit, Une infaillible voix me parle et je l'écoute,

Cne clarté me luit.

C'est toi, saint idéal, c'est loi qui m'illumines !

J'ai gardé ton flambeau ; C'est toi qui fais briller, du sein de mes ruines.

L'astre éclatant du beau.

Par toi m'est révélé notre but invisible.

A ton amour divin, Mon cœur, libre des sens et désormais paisible^

N'aspire pas eu vain.

D,gniod.,GoOgJc

CONSOLATION

J'oublie hi l'entrevoir mes souvenirs funèbres,

Mes doutes pleins d'effroi ; Et, comme l'aigle, heureux en sortant des ténèbres,

le m'élance vers loi.

Beauté, splendeur du vrai I ton infaillible oracle,

Qui me parie en tout lieu.

Habite ma raison, passager tabernacle.

Mais il s'appelle Dieu.

Baj^n de l'idéal, un coeur â qui tu restes

A gardé son trésor ; Tôt ou tard, s'arrachant à ses ombres funestes,

Il reprendra l'essor.

En vain je sens gronder, dans cette chair flétrie,

Le mal accusateur, Et l'horrible souffrance en vain blasphème et crie

Contre le Créateur ;

En vain, disant tonner sa menace infinie

Sur les pâles mortels.

Une voix, jusqu'il Dieu lançant la calomnie,

Sort même des autels... ,

i.'esprit consolateur, siégeant au sanctuaire De l'auguste raison.

IW LES SYMPHONIES.

L'éternri idéal, à travers ma misère.

Vous affinne, 6 Dieu bon 1

La douleur devant vous passera comme une orobre,

Comme un songe au réveil ; Oui, dans un ciel sans borne et pour des jours sans nombre

J'attends votre soleil.

L'esprit qui parle en nous raconte votre glpire,

Votre immense bonté ; n m'ordonne l'amour et me détend de croire

A d'autre ét«rnité.

Avant que votre foi dans mon cœur soit troublée,

Dieu bon et triompbant, Les Alpes crouleront sur leur base ébranlée

Far le doigt d'un eofont.

Tant que je porterai ce rayon de vous-même,

Qui résiste à tout vent, Tant que j'apercevrai dans la raison que j'aime

Votre Vert» vivant,

Je puis soulTrir I je puis, plaignant vos créatures,

Errer sous (x ciel noir; Je suis sûr de rester, au milieu des tortures.

Plein d'amour et d'espoir.

î.GoogIc

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