‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 8 sur 61 · LIVRE DEÏÏXIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE DEÏÏXIÈHE

SYMPHONtE DU TORRENT

LE PobTE

naturel en ton sein oii l'ennui me ramone, Je sens une Ame triste ainsi que l'âme humaine; Tu gémis : c'est pourquoi je t'apporte mon cœur. Toi, du moins, tu n'as pas de sourire moqueur ; Jamais ton doux regard ne lance l'ironie, Et toQ front porte haut sa tristesse inSnie.

L'homme croit se guérir s'il peut cacher son mal ; La froide raillerie est son masque banal.

Hais toi , dans ta douleur, tu restes calme et miia ; Tu n'as pas dans les yeux ce rire qui m'effraie;

, DiqniodDyGoOgle

lOÎ VES SYMPHONIES.

Je viens mèter mes pFeurs à tes pleurs sans orgueil . Car je me reconnais dans ta figure en deuil.

Oui, nous avons tous deux notre peine secràlâ , La mienne en tes soupîfs trouve son interprète ; Ta voix semble un écho de mon gémissement.

La nature et mon cœur, tout parle tristement.

Dans la douce rumeur des forêts, des fontaines,

J'ai distingué ta voix et des ptatnl^s humaines,

Étranger I et de loin je t'ai vu, tout le soir,

Marcher sans but, courir ou brusquement t'asseoir,

Frapper ton front, tes mains, comme un homme qui souffre,

Et parfois te pencher sur le bord de ce gouffre.

J'accours; te voilà pâle, immobile, égaré,

Et je vois dans tes yeui qu'ils ont beaucoup pleuré.

Malade ou malheureux, l'un et l'autre, peut-être,

Jeune homme, car mon âge a le don de counaltre.

Dispose du vieux pâtre en sa rude amitié ;

Le désert et mon Dieu m'enseignent la pitié.

Viens et dors, cette nuit, sous mon abri de chaume;

Toui. l'été, d'un air pur respire ici le baume.

A bien des affligés conduits sur ces hauteurs,

11 fut bon d'habiter la hutte des pasteurs.

On vigoureux sommeil émané de l'étable,

Le lait et le pain noir de ma rustique table,

Et les belles chansons et la sainte galté

SYMPHONIE DU TORBEST.

Rendirent à plus d'un la joie et la santé.

Sur ces sommels, d'ailleurs* un art héréditaire

M'apprit à découvrir chaque herbe salutaire.

Tout mal a son remède au sein de^uelque lleûr ;

J'en connais pour guérir ta cbétive pâleur.

Sois docile au vieillard, viens, et par moi renaisse,

Renaisse dans ton cœur la divine jeunesse I

Ton âme hospitalière, ô généreux pasteur I De la crèche et des bois l'énergique senteur, Le souffle de tes bœufe, la sève de (es plantes Seraient un vain remède à mes peines brûlantes. Uon mal est trop profond ; mais, pour le soulager. Avec d'autres douleurs je viens le partager.

Je viens mêler mon deuil au deuil de la nature. J'entends ici l'écho des tourments que j'endure , La voix de l'univers n'est qu'un gémissement ; Mes pleurs unis aux siens coulent plus doucement, Et je sens plus de calme et plus de patience Quand je me plonge à fond dans sa tristesse

Je cherche autour de nous ces gémissantes voix, Et ces mornes tableaux, et ce deuil que tu vois : Un large rayon d'or flotte sur les fougères ;

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104 LES SrUPilONlES.

L'alouette s'^gaye en sea notes légàres ;

La cloche tinte au cou de mas taureaux joyeux,

Et les prés, tout en fleur^, r^ouissent mes yeus.

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