LE PATRE DES MONTAGNES
Le pâtre aux longs cheveux, roi des plateaux déserts, Seul et fort, rêve en paix sur son trône de mousse ; Gouvernant, tout l'été, dans leurs pacages verts, Les noirs taureaux, les vaches rousses.
D'un geste, à ses grands chiens il commande, et, le soir, Le troupeau vagabond, dispersé dès l'aurore, S'assemble autour du maître et suit à l'abreuvoir La génisse au collier sonore.
Le vent berce les pins, ces encensoirs des monts; Un souffle attiédi sort des bruyères voisines, Et l'homme des hauts lieux respire à pleins poumons La vitale odeur des résines.
La robuste fraîcheur qui tombe des glaciers, Le soleil distillant le thym et les verveines, Le souffle et la vertu des sommets nourriciers Ont coulé dans ses fortes veines.
Les miasmes impurs, les morsures de l'air, Les invisibles dards dont la nuit nous pénètre, N'atteignent pas son sang et glissent sur sa chair, Comme sur i'écorce du hêtre.
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Il combat, seul à seul, près du ravin béant, L'ours au poil hérissé, qui recule et qui gronde; 11 sait, au jour fatal, de l'orgueilleux géant Percer le crâne avec sa fronde.
L'esprit de Dieu, souvent, a suscité sa voix, Et la harpe obéit à cette main hardie; Et le rude pasteur lance, à travers les bois, La prière et la mélodie.
Ainsi, quand le printemps met la sève en éveil, Le vieux chêne attendri se dilate en sa force, Et l'arbre aux flancs noueux fait jaillir au soleil Un miel blond de sa noire écorce.
Mais nous, ô voyageur, plus haut! montons encore Cet escalier des monts par où descend l'aurore.
Les plus âpres sommets et le front le' plus fier, Où les noirs ouragans grondaient peut-être hier, Pour qui sait les atteindre et pour qui sait y lire, Ont aussi leurs saisons de fleurs et de sourire. L'amant de l'impossible atteint seul ces hauteurs, Connaît seul ces rayons et ces vives senteurs.