‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 133 sur 143 · LA FLEUR DES CIMES · texte numérisé non relu

LA FLEUR DES CIMES

Cueillez sur la cime austère, Cueillez, au prix des périls, La fleur pure et salutaire Qui tient à peine à la terre, La fleur aux parfums subtils.

HE RM A S*. 279

Dieu la sème et Dieu l'arrose ; Préférez son vague encens A l'acre odeur de la rose, Aux parfums que l'art compose Pour le vain plaisir des sens.

L'esprit seul, au bout du rêve, Rentré sur le sol natal, Après un combat sans trêve, Vous respire et vous enlève, Douce fleur de l'idéal.

Nul n'atteint ces fleurs divines, S'il n'a dans un long effort, Sur la pierre ou les épines, Rougi de sang nos collines Et monté... jusqu'à la mort.

Mais quand l'âme est parvenue

A ces jardins du haut lieu,

La terre, en bas diminue,

Et, soulevé par la nue,

L'homme est tout près de son Dieu.

Mais nous, ô voyageur, plus haut! montons encore Cet escalier des monts par où descend l'aurore; Chacun de ses degrés offre au cœur agrandi L'image et le conseil d'un travail plus hardi.

Plus haut, toujours plus haut! Sur le glacier bleuâtre Le chasseur est debout. Les taureaux et le pâtre

Apparaissent, là-bas, au soleil endormis, Noirs sur les plateaux verts et tels que des fourmis. L'ardent chasseur bondit au bord des précipices ; Un chemin sans péril est pour lui sans délices, Il aime à respirer, sur la neige des monts, Un air qui brûlerait nos débiles poumons. Il cherche au bout des pics affrontés avec joie La fatigue et la lutte encor plus que la proie; Puis, sur la toison fauve et dans l'antre des ours, Il dort de longues nuits, il rêve de longs jours. Il part ; le ciel est clair ; dans sa force il s'enivre. Il sent sur les sommets le vrai bonheur de vivre, Et, comme l'aigle errant sans rival et sans loi, Loin de la foule impure, il est seul, il est roi.

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