‹ Les symphonies. Idylles héroïquesChapitre 6 sur 143 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Dans un buisson de roses Mon nid fut bien caché; Mais, sous les fleurs écloses, Amour m'a déniché.

Il courut au bocage, Léger et triomphant.

J'eus pour première cage Les doigts du bel enfant.

J'ai reçu la becquée Sur le bout de son dard; Ma langue y fut piquée Par le dieu babillard.

Aussi ma voix subtile, En tout cœur, dès ce jour, S'insinue et distille Un doux venin d'amour,

Et ma gorge en délire, Dans ses brillants fredons, De l'amoureuse lyre Sait prendre tous les tons.

Je veux chanter encore Ma joie et mes ennuis; Je chante avec l'aurore, Je chante avec les nuits.

Je défie et méprise Fauvettes et pinsons, Et la mort seule épuise Mon coeur et mes chansons.

J'aime une fleur nouvelle, La rose qui m'entend ; J'aime, et je veux, près d'elle, Expirer en chantant.

J'y suis bien, sous ton ciel de flamme! J'y sens mieux respirer mon âme; C'est la vie après le sommeil.

J'aime aux fleurs ces parfums sauvages

Et l'air brûlant de ces rivages...

Marchons toujours vers le soleil.

Vois-tu la grenade et l'orange ; Vois-tu ces fruits à forme étrange Rouler autour de nos pieds nus?

Cueillons-les ! et, plus loin encore, Cherchons, aux lieux d'où vient l'aurore, Des enivrements inconnus.

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