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CHAPITRE IV sr Les cris chez les hérédo-syphilitiques

Parmi les auteurs qui ont étudié la syphilis héréditaire, quelques-uns ont signalé sans y attacher autrement d'importance que les enfants syphilitiques criaient plus que les autres, et dans les nombreuses observations publiées dans les différents ouvrages, on voit souvent les mères faire remarquer que leurs enfants sont particulièrement difficiles à élever, à cause de leurs cris et de leur agitation continuelle; ce sont en somme des enfants « excessivement inconfortables » selon l'expression d’un auteur américain (1).

Or ces cris fréquents, avec les caractères que nous leur verrons tout à l’heure, peuvent être considérés comme un symptôme de syphilis héréditaire et contri-

buer puissamment au diagnostic.

1. Kizmer. Syphilis héréditaire, Diagnostic et traitement. American Journal of Dermatol, and genito-urinary Diseases, octobre 1906.

es le

D'abord ils peuvent être le seul symptôme de la maladie comme en font foi plusieurs 6bservations que nous allons résumer. L'une d’elles n’est pas nouvelle puisqu’elle date de 1849. « Il s’agit d’un pauvre petit garçon de 14 mois, chétif, malingre, scrofuleux, qui depuis sa naissance avait passé pour ainsi dire toutes ses nuits en cris et en plaintes. Après avoir employé inutilement plusieurs moyens, tant hygiéniques que thérapeutiques, en vue de modifier sa constitution et de lu procurer des nuits paisibles, l’idée vint à M. Vanoye d'accuser un vice syphilitique dont les antécédents des parents rendaient d’ailleurs l’existence très probable. Ce médecin prescrivit en conséquence des bains de sublimé qui eurent un effet on ne peut plus salutaire. Au bout de peu de temps, l’état du petit malade gagna visiblement et ses nuits devinrent surtout plus paisibles (1). »

Récemment Genaro Sisto et Ernesto Gaing (2) ont publié des observations analogues.

La première est celle d’un enfant qui, au bout de quarante jours, commença à pleurer sans raison nuit et jour, mais surtout la nuit et, qui pleurait d’autant plus fort qu'on le berçait davantage dans les bras ou dans le lit. Cet enfant, bien constitué quoique un peu amaigri, diminuait lentement de poids malgré une alimentation

bien réglée, mais ne portait aucun stigmate de syphilis

1. Journal de médecine et de chirurgie pratique,1849,p. 273. 2. Ge taro Sisro et Erxesro Gain. Llanto sifilitico, Semana

Medica. B uenos-Ayres, 1907,

Dont

ni d'aucune autre maladie. « Cet enfant fut soumis au

traitement spécifique avec un résultat immédiat; le poids augmenta graduellement, les pleurs disparurent, le sommeil redevint normal et lés mouvements du berceau ou sur les bras ne l'ont plus incommodé. »

Dans une autreobservation, l’enfant, âgé de 2 mois, .ne présente aucun symptôme desyphilis, ni d’une autre maladie, et pourtant il pleure presque constamment depuis quinze jours, la nuit surtout. On trouve dans les antécédents de la mère cinq accouchements prématurés qui font penser à la syphilis. Au préalable, l’enfant fut soumis à un régime hygiénique et diététique qui n’amena aucune amélioration. Le traitement spécifique fut alors entrepris et les pleurs commencèrent à se calmer dès la première friction mercurielle, pour disparaître complètement quelque temps après. |

Dans nos observations I etIl, nous voyons également des enfants qui pleurent jour et nuit et ces enfants sont nettement spécifiques.

Il ressort de ces observations que la syphilis peut provoquer chez le nouveau-né des douleurs que l’enfant manifeste par lesseuls moyens qu’il a à sa disposition, c'est-à-dire par les cris. Ces douleurs que l’on rencontre chez des enfants ayant des sympiômes non douteux de syphilis, peuvent constituer le symptôme unique de la maladie.

On pourra objecter que les cris de l'enfant sont dus À une autre cause que la syphilis. Il suffit d'un léger trouble dans le fonctionnement d'un organe pour ame-

ner de la douleur ; un enfant peut avoir des coliques

ose A il peut souffrir parce qu il perce des dents, parce que ses langes sont mouillés ou quil est mal emmailloté, et la cause de la douleur est d'autant plus difficile à dé” couvrir que le vagissement est le seul élément de diagnostic.

Mais il est rare que par une observation attentive, on ne puisse arriver à reconnaître la cause des pleurs.

L'enfant qui souffre desdents porte lesmains à sa bouche, il se mord les poings, ses gencives sont gonflées ; les troubles digestifs se montrent par les vomissements, par l'état des selles, par la courbe du poids. Une alimentation bien réglée et une hygiène bien comprise en viennent à bout et ramènent chez l'enfant le calme et la tranquillité.

Or nous voyons dans les observations qué nous avons rapportées plus haut et dans celles que avons recueillies, que ces enfants n’ont aucun trouble auquel on puisse rapporter leurs douleurs, .et cela malgré l’examen le plus minutieux et l'observation la plus attentive. Placés dans les meilleures conditions d'hygiène et d’alimentation, ils n’en n’ont pas moins continué à pleurer.

D'ailleurs les cris des enfants syphilitiques ont plusieurs caractères particuliers qui militent en faveur de leur origine spécifique.

C’est tout d’abord leur époque d'apparition et la brusquerie du début. En effet, voici un enfant qui n’a rien présenté d'anormal depuis sa naissance, il dort paisiblement la nuit, il se développe bien, puis quelques se-maines après, il se met à, PISECR continuellement, sans

raison.

Or n'est-ce pas de la deuxième à la cinquième semaine que se montre le plus souvent la syphilis et cette apparition des cris à l’époque où se développent ordirement les premiers symptômes de la maladie, ne constitue- t-elle pas une présomption en faveur de leur nature spécifique ?

C’est ensuite leur longue durée etleur continuité. Ces enfants pleurent constamment, jour et nuit, pendant des semaines, privés complètement de sommeil, car c’est là unautre caractère de ces cris de redoubler la nuit. Les parents le disent bien et sans qu’on leur demande, ils sont en effet les premiers à en subir les conséquences : « Il crie nuit et jour, mais surtout la nuit. > L'un de ces enfants (obs. I} dormait à peu près une nuit sur dix. | t

Et l’on sait que les douleurs provoquées par la syphilis, que ce soit de la céphalalgie, des douleurs ostéocopes ou autres, se montrent surtout la nuit ?

Enfin, un dernier caractère de ces cris,et non le moins important, à notre avis, c’est de subir l’influence du traitement spécifique.

Le traitement est en effet la pierre de touche des lésions syphilitiques. Dans la syphilis secondaire et tertiaire, on voit dès qu'il est institué, les éruptions pâlir et disparaître, les exostoses diminuer, les ulcérations gommeuses rapprocher leurs bords ; dans la syphylis héréditaire, sous la même influence, le coryza s’atténue et disparaît rapidement, le foie et la rate re-

montent sous les fausses côtes ; tous les symptômes en

‘un mot s’améliorent.

Or que deviennent les cris chez un enfant qui est soumis au traitement spécifique ?

Toutes les observations sont, sur ce point, identiques : les eris vont en diminuant dès le début du traitement, et disparaissent complètement au bout d’une quinzaine de jours en moyenne ; l'enfant dort ses nuits entières, et le jour il ne crie pas plus qu’un enfant bien portant. L'amélioration est notable dès la première friction mercurielle.

Il apparait donc nettement que ces .cris sont dus à une lésion spécifique, mais quelle est cette lésion ?

Là on en est réduit à des hypothèses.

Parrot (1) qui avait observé plusieurs fois les pleurs chezles petits syphilitiques, se borne à constater le fait sans en approfondir la cause : « Les personnes qui donnent des soins habituels aux nouveau-nés syphilitiques ont remarqué qu'ils criaient plus souvent et plus violemment que les autres enfants du même âge. Quelleest cette manifestation douloureuse? Altérations osseuses? Souffrances d’autres organes ? »

Pour Genaro Sisto et Ernesto Gaing (2), les pleurs seraient dus à « des processus irritatifs de la substance osseuse et du périoste, très possiblemeni épiphysite. »

Comby (3) qui a publié tout récemment plusieurs

observations d’hérédo-syphilitiques présentant ces cris

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