LA VALEUR DES SIGNES PHYSIQUES
En général on demande trop à l’auscultation parce qu’on en ignore les ressources. L'emploi actuel que l’on fait de la percussion et de l’auscultation repose sur une conception particulière de l’évolution anatomique et elinique de la tuberculose pulmonaire, conception qui n'a pas résisté aux recherches tant anatomo-cliniques qu'expérimentales de ces quinze dernières années. Nous savons que la prétendue phase de germination couvrant une période de plusieurs mois, et durant laquelle la lésion décelable à l'oreille évoluerait sans qu'il y ait expectoration de bacilles, ne répond pas à la réalité : chaque adulte bien portant est à vrai dire à la période de germination ou peu s’en faut. S'il devient vraiment tuberculeux, les choses se passent en général tout autrement que ne le croyait Grancher. Les lésions occupent presque toujours d'emblée une portion notable du poumon : la véritable période de germination manque tout à fail ou est excessivement courte.
La percussion et l’auscultation peuvent créer à elles seules, dans bon nombre de cas une présomption si sérieuse en faveur de la tuberculose qu'elle équivaut presque à un diagnostic rationnel. Une matité étendue d’un sommet avec une diminution notable du murmure vésiculaire, avec râles humides respiratoires, sont des
signes qui par leur ensemble permettent d'affirmer l'existence d’une condensation pulmonaire en voie de ramollissement et vraisemblablement d’origine tuberculeuse. ;
Mais lorsqu'il s’agit de dépister une lésion au début où il n'existe encore qu'une induration limitée, la percussion et l’auscultation ne nous renseignent que sur l’état physique des poumons et sur sa condensation.
De plus l’auscultation et Ia percussion ne nous renseignent que sur la partie superficielle du poumon. Lorsqu'un malade crache sans que la percussion et l'auscultation fassent rien découvrir dans sa poitrine, etsans qu'il y ait une affection des voies aériennes supérieures, on peut affirmer qu'il existe un foyer qui secrète et que la radioscopie nous permettera de découvrir.
Et même encore, l'examen radioscopique n'est pas plus capable que l’auscultation et la percussion de fournir une indication sur la nature de la lésion dont elle permet de préciser la localisation.
D'une façon générale, il faut admettre que si les signes physiques localisent une lésion, ils n’indiquent point sa nature et ne renseignent pas sur son stade évolutif.
La percussion et l’auscultation servent tout d'abord à une sorte d'examen préliminaire d'orientation, puis ils renseignent sur l’état physique du poumon. Cette modificati on une fois constatée, il s’agit de linterpréter en la confrontant avec les anamnestiques, avec les troubles fonctionnels el généraux, avec l'examen microbiologique des secrétions.
L'erreur des classiques, et en particulier de Grancher cons istait à attribuer à un signe physique une valeur s pé ciffque : le souffle tubaire n'autorise pas plus à con- Clure à la pneumonie que la glycosurie au diabète: