CHAPITRE XI
Conséquences de l'étude des synalgies et des synesthésies. — Voisinage, contiguïté des centres perceptifs. — Signification des synalgies transversales. — Localisations perceptives dans le cerveau (Ferrier, Munk). — Configuration irrégulière des zones perceptives. — Centres d’algésie et centres psycho-sensoriels. — Utilité pratique de la connaissance des synalgies et des synesthésies: exemples. — Synesthésies et synalgies à type viscéral. — Pseudo-synalgies et pseudo-synesthésies.
Lorsque, dans certaines- circonstances, l’excitation
d’un centre perceptif déterminé produit régulièrement et fatalement celle d’un autre centre perceptif, toujours le même, — comme cela se présente dans lessynalgies, — non seulement on doit admettre des relations intimes entre ces deux centres, mais aussi leur voisinage, leur contiguïté. C’est l’opinion de M. Mathias Du val (nous l’avons déjà dit) et c’est également la nôtre. Il serait, en effet, difficile de comprendre comment une impression, parvenue aux cellules nerveuses qui, dans la substance corticale du cerveau, sont destinées à la recevoir, voyagerait ensuite au travers d’une série d’autres cellules perceptives, sans éveiller chez elles aucune sensation, jusqu’au moment où s’offrirait enfin le centre sympathique, but singulier d’un mouvement intra-globulaire non moins singulier. Je sais bien qu’on pourrait alléguer l’existence de fibres commissurales (arciformes) formant traits d’union entre les couches grises de deux circonvolutions cérébrales, entre deux centres séparés par un ou plusieurs centres différents. Mais il faudrait commencer par démontrer que ces fibres d'association réunissent des globules perceptifs, ce dont nous sommes fort peu convaincus. Nous pensonsplutôt que les fibres arciformes relient soit les cellules intermédiaires, soit les cellules de décharge extérieure, entre lesquelles sont interposées d’autres masses globulaires. Tant que l’anatomie microscopique ne nous aura pas appris d’où naît la fibre commissurale en question et où elle aboutit, à quel élément nerveux de l’écorce hémisphérique elle appartient; — tant que la physiologie (venant en aide à l’anatomie, par l’application de la méthode W allérienne) n’aura pas découvert les fonctions de cette commissure in tra- cérébrale, — il n’y a pas lieu, je crois, de la faire intervenir dans une explication qui s’en passe facilement. D’ailleurs, nous ne voyons pas a priori de quelle
nécessité serait le tractas blanc dont le rôle consisterait à solidariser, dans l’encéphale, les douleurs des zones sympathiques de la peau. L'inexplicabilité d’un fait n’est pas, j’en conviens, un motif suffisant pour nier ce fait, mais encore faut-il que celui-ci soit reconnu. Or, je le répète, notre ignorance sur les relations et les fonctions des fibres arciformes du cerveau nous laisse parfaitement libres de supposer, en vertu de certaines considérations psycho-physiologiques, que ces commissures unissent plutôt les centres intermédiaires, ou ceux du troisième groupe, que les centres de perception proprement dits. Il est aussi bien plus simple d’admettre la juxtaposition de ces derniers : les amas ou roseaux cellulaires dont ils sont formés, communiquant les uns avec les autres par les prolongements qu’ils s’envoient réciproquement, on comprend alors sans peine que l'excitation de l’un d’eux se transmette de préférence au centre qui lui est le plus voisin ou, — les conditions de voisinage étant les mêmes (1), — à celui qui est le plus sensible, le plus impressionnable.
Mais, tout en acceptant notre première opinion, on peut encore nous opposer que, si les fibres arciformes du cerveau n’ont, en effet, aucun rôle à jouer dans l’association des sensations, il ne s’ensuit pas qu’une synesthésie soit nécessairement le résultat de l’activité fonctionnelle d’un centre perceptif influencé directement par un autre centre semblable et qui lui est immédiatement juxtaposé. Chaque fois qu’une cellule perceptive est excitée, le mouvement moléculaire qui nait en elle s’étend toujours au delà de son aire et se propage aux cellules voisines. Ce mouvement, dont une partie seulement et dans des cii constances spéciales gagne une seconde cellule perceptive, n’en éveillera pas cependant
(1) Ce qui doit être fort rare.
la sensibilité consciente, non plus que dans une troisième, quatrième, cinquième cellule de même nature, etc., si tous ces globules nerveux se trouvent dans un état de nutrition et d’impressionnabilité normales. L’hyperesthésie de l’un d’eux, au contraire, permettra au courant erratique de susciter une sensation ou une douleur sympathique. Le centre secondairement excité (grâce à la susceptibilité particulière qu’il présenterait) pourrait doncn’être pas contigu à celui de la sensation primitive. Un sujet synalgésique seraitalors un hyperesthésique partiel.
Cette objection ne tient pas debout si l’on se rappelle que les douleurs associées n’offrent pas les caractères d’instabilité, de mobilité qui appartiennent surtout aux affections nerveuses, — qu’au même point irrité correspond le même point sympathique, règle ne variant pas avec les modifications apportées dans l’état du cerveau par l’âge, le repos ou l’activité, les conditions fort diverses de nutrition, etc., — enfin que, chez dessujets différents, les zones sympathiques paraissent en outre occuper les mêmes régions cutanées (observation dont on saisit toute la valeur).
Nous persistons donc à croire, avec M. Mathias Duval, que les irradiations sensitives se font toujours entre centres voisins, contigus , l'dics l'un à l’autre au moyen de prolongent en ts in tercell ulaii * es .
Or, s’il en est réellement ainsi, l’étude des synalgies et celle des sensations associées, en général, présentent un intérêt de premier ordre pour le physiologiste. Cela se conçoit, puisqu’une étude de ce genre lui permet de déterminer les rapports qui existent entre les centres de perception cérébrale. D’ailleurs, par une application immédiate de cette idée, nous allons montrer tout le profit qu’on peut tirer de l’observation des phénomènes synalgiques .
En se reportant au Chapitre VII (p. 34) où j’ai cherché à poser les règles auxquelles m’a paru soumise la distribution des synesthésies douloureuses, on verra que les points irrités de la tète, des membres supérieurs et des membres inférieurs ont généralement leurs points sympathiques sur le tronc. Nous en induirons déjà que le centre perceptif des impressions cutanées du torse est à la fois contigu aux trois centres qui perçoivent les sensations localisées sur les téguments de la tête, des membres thoraciques et des membres abdominaux.
Si nous remarquons maintenant qu’un certain nombre de points douloureux, fixés sur le membre supérieur (y compris l’épaule), résultent d’irritations portées sur la tête et sur le membre inférieur, nous en concluons que le centre perceptif des impressions cutanées du membre supérieur est juxtaposé aux deux centres analogues de la tête et du membre inférieur , — qu’il se trouve ainsi être contigu à ces deux centres en même temps qu’il celui du tronc.
D’autre part, comme l’observation des synalgies tend à faire admettre que les répercussions douloureuses se distribuent d’une manière à peu près semblable sur chaque moitié verticale du corps, la disposition générale des centres perceptifs en question est très probablement la même dans chaque hémisphère cérébral.
A ce propos, on pourrait se demander quelle est la signification des synalgies transversales. Etant donné que les fibres des nerfs rachidiens ne paraissent pas dépasser la ligne médiane du tronc et du cou (1), — que l’action du svstème nerveux est habituellement croisée, — faut-il supposer ici que ces douleurs répercutées à gauche (v. p. 50) le sont de la sorte au moyen de commissures inter-hémisphériques, dépendant du corps câlin La même remarque doit être faite, d'une façon générale, pour les filets terminaux des nerfs crâniens.
leux, par exemple? M. Mathias Duval, à qui j’ai soumis cette question, ne croit pas qu’il y ait association par libres commissurales faisant passer l’irritation d’un centre perceptif du cerveau gauche dans un second centre perceptif du cerveau droit. Ce physiologiste, qui voit dans la contiguïté des centres récepteurs la condition essentielle de leur excitation réciproque, se demande (1) si un seul hémisphère ne posséderait pas des centres perceptifs répondant à la fois aux deux moitiés verticales du corps. Est-ce que la faculté du langage ne siège pas dans l’hémisphère gauche? Et cependant, — dit M. Mathias Duval, — le centre du langage articulé provoque le fonctionnement des noyaux gris des nerfs grands hypoglosses de droite et de gauche. Pourquoi les centres perceptifs ne présenteraient-ils pas une disposition analogue ?
Cette opinion nous semble parfaitement admissible. On sait déjà que, jusqu’à preuve du contraire, nous ne croyons pas que les fibres arciformes, passant delà couche grise d’une circonvolution cérébrale à celle d’une autre circonvolution, soient destinées à solidariser les cellules perceptives que, par analogie et avec J. Luys, nous supposons faire partie des petits éléments pyramidaux sous-méningés. N’ayant pas de motifs pour transiger sur ce point en faveur des commissures inter-hémisphériques (calleuses ou autres), nous- possédons par là-même une raison qui nous pousse à considérer l’idée de M. Mathias Duval comme la plus vraisemblable. Mais notre manière d’envisager le rôle de ces deux sortes de libres commissurales est trop hypothétique pour qu’elle suffise à déterminer si, oui ou non, des centres perceptifs pour les moitiés droite et gauche du corps existent aussi bien dans un seul hémisphère que dans les deux
(1) Lettre particulière, juin ISS.'î.
cerveaux. Aussi faut-il se rappeler en outre que la destruction de l’un des hémisphères n’entraine pas fatalement une hémiplégie durable et une hémianesthésie absolue (1). Enfin, un assez grand nombre d’autres faits pathologiques et expérimentaux viennent encore démontrer que chaque hémisphère cérébral semble constituer un organe complet, pouvant fonctionner séparément et indépendamment de son congénère. J’engage le lecteur à prendre connaissance de ces faits dans un intéressant volume que le Dr A. Cullerre a récemment écrit sur les phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué (2) : il y verra de plus les nouvelles preuves fournies par l’hypnose.
En somme, les synalgies transversales, qui offrent jusqu’à présent le caractère singulier d’avoir tous leurs points irrités dans la moitié droite du corps, ne paraissent pas se prêter à des considérations spéciales et permettant d’établir que deux centres perceptifs différents et situés, l’un dans le cerveau droit et l’autre dans le
(1) « I/extirpation d’un seul lobe cérébral pratiquée sur les cliiens, les cbats, les lapins, les cochons d’Inde, ne détermine rien de remarquable. On n’observe chez ces animaux que ce qu’on remarque à la suite de toute plaie accompagnée d’une perte abondante de sang, c'est-à-dire un affaiblissement passager qui ne tarde pas à se dissiper. L'animal exécute tous les mouvements avec volonté et avec précision et il parait voir les objets avec ses deux yeux. Ces expériences rappellent certaines observations faites sur l’homme, et desquelles il résulte que la destruction lente et progressive d'un lobe cérébral peut passer inaperçue pendant la vie, et se révéler seulement après la mort.
....Lorsqu’on enlève un seul hémisphère à un animal, il conserve sa sensibi'ité ; et on ne remarque pas de différence bien tranchée, sous ce rapport, entre les deux côtés du corps. 11 faut dire que les phénomènes de sensibilité se laissent moins facilement apercevoir chez les animaux que les phénomènes de mouvement. On peut dire qu'en général les altérations d'un seul hémisphère, chez l’homme, altèrent à des degrés divers le mouvement dans les parties opposées à l’altération, tandis que la sensibilité est conservée des deux côtés, mais non, sans doute, suivant la même mesure. » J. Béclard : Traité élém. de physiologie humaine, G° édition (1870), p . 100G-10G7.
(2) Magnétisme et hypnotisme (Bibliot. scient, contemporaine de J. -B. Baillière et iils), 1887 : Chapitre X, p. 272-207.
Voir aussi : Mathias Duval, art. Xerfs du Dict. de Jaccoud, t. XXIII (1877), p. (505- G07; — II. Beaunis, loc. oit., p. 1343.
cerveau gauche, peuvent* se transmettre l’excitation qu’ils reçoivent. Là encore, dans ces cas exceptionnels, le voisinage des centres perceptifs semble devoir être admis. (1)
11 est aussi curieux qu’utile de comparer nos tentatives d’induction avec les essais de localisations perceptives de Ferrier et de Munk. On sait que le premier de ces auteurs localise, chez le Singe, le centre perceptif de la vue dans la circonvolution angulaire et une partie du lobule supra-marginal ; — le centre de l'ouïe dans la moitié supérieure de la circonvolution temporale supérieure ; — les centres de V odorat et du goût dans tout le sommet du lobe temporal ; — enfin, le centre des sensibilités tactile et générale dans le grand hippocampe et la circonvolution uncinée sus-jacente (2). La détermination des centres psycho-sensoriels de Ferrier, malgré le discernement et l’habileté avec lesquels les expériences de ce physiologiste ont été conduites, sont passibles de sérieuses objections dont nous n’avons pas à nous occuper ici. Mais il importe, pour nous, de faire les remarques suivantes: d’abord les centres perceptifs de Ferrier se suivent tous en se touchant et affectent des rapports de contiguïté qui manquent seulement pour les régions cortico-cérébrales de la vue et de la sensibilité tactile (et générale), ces deux régions extrêmes étant séparées par celles de l’ouïe,
(1) « Tous les animaux n’ont pas un corps calleux, et, chose plus singulière, l’ab» sence du corps calleux a été observée sur des cerveaux humains sans qu’aucun phénomène eût pu, pendant la vie, faire soupçonner qu’ontrouverait à l’autopsie de ces sujets l’encéphale privé d'une partie à laquelle on croit devoir attribuer un rôle si important. Pour r,e citer que les observations récentes, nous dirons que .1. Sander a réuni les observations de onze cas d’absence du corps calleux et que l’analyse de ces observations ne peut fournir aucune donnée précise sur le rôle de cette commissure; quatre de ces sujets étaient épileptiques, il est vrai, mais trois étaient doués d’une certaine intelligence, et deux d’entre eux remplissaient les fonctions de messager, ce qui prouve que rien ne manquait à la coordination des mouvements volontaires. » Mathias Duvat, in art. Nerfs du Uict. de Jaccoud.
(2) Voir, — pour le résumé des travaux de-Ferrier sur celte question, — II. Charlton Bastian, foc. cit., t. II, p. 153-163.
de l’odorat et du goût; — ensuite, tous ces centres perceptifs se trouvent dans la zone latente de l’écorce des hémisphères, en arrière du sillon de Rolando et des centres psycho-moteurs, disposition qui est également celle des organes cérébraux de la mémoire visuelle verbale et de la mémoire auditive verbale. Or il est très important de noter que ces deux dernières localisations dans l’hémisphère gauche (chez les droitiers), localisations qui paraissent à peu près certaines (1), occupent respectivement, chez l’Homme, les mêmes régions que celles de la vue et de l’ouïe, si l’on transporte sur un cerveau humain les résultats qu’ont donnés à Ferrier ses expériences sur le cerveau des Singes. En effet, la mémoire visuelle verbale siège dans la seconde circonvolution pariétale (lobule pariétal inférieur) : quand une lésion intéresse la partie la plus reculée, la plus postérieure du lobule pariétal inférieur (avec ou sans participation du pli courbe), le malade est frappé de cécité verbale (2). La mémoire auditive verbale réside dans la première circonvolution temporale qui, détruite, amène la surdité verbale. Le voisinage de ces centres perceptifs (3) explique
(1) Voyez, sur ce sujet, la fort intéressante conférence de M. Mathias Duval à la Société «l’Anthropologie (le Paris (L 'aphasie depuis Droca), dans la Tribune médicale (janvier 188S) n°* 101;’, 1013 et 1014.
(?) « La première observation de ce genre fut publiée en 1879, par Guéneau de Mussy, sous le nom d 'amblyopie aphasique ; c'est Kussmaul qui lui a donné le nom, aujourd'hui en usage, de cécité verbale. En janvier 1880, Magnan présenta à la Société de Biologie deux beaux cas de ce genre; puis vint l'observation de Déjerine, contenant la première relation d’autopsie laite en France. Dans sa thèse de Paris, eh 1881, Mlle Nadine Skwortzoff en réunissait quatorze observations {De la cécité et de la surdité de s mots dans V aphasie) . » Mathias Duval.
(3) Qui dit centre perceptif , intermédiaire, etc., dit en même temps centre île mémoire perceptive , intermédiaire, elc. En effet, il n’v a pas une mémoire unique, il y a différentes mémoires et chaque faculté a sa mémoire particulière (Broca). — « La base physique de la mémoire est constituée par les traces laissées dans le cerveau par tous les phénomènes physiologiques qui y ont lieu. Après que nous avons éprouvé une sensation, ressenti une émotion, réfléchi sur un sujet, le cerveau ne redevient pas absolument ce qu'il était avant que ces faits se fussent produits. Les phénomènes physiologiques qui ont eu lieu ont laissé dans les centres nerveux une trace dont nous ne connaissons pas la nature, mais qui sc manifeste par ce fait
pourquoi les altérations cérébrales qui se produisent dans leur zone atteignent assez rarement un seul d’entre eux; il explique aussi la difficulté qu’on a souvent, surtout dans un état aigu, à déterminer avec certitude, chez le vivant, le point lésé de la couche grise des hémisphères.
Les expériences de Ferrier et la nécroscopie des aphasiques s’accordent à nous montrer la contiguïté des centres de perception pour la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et même le toucher. Nous pouvons donc, par analogie, supposer que les différentes parties de la région cérébrale où aboutissent les impressions de la sensibilité tactile et générale se trouvent dans des conditions de rapports analogues.
Un autre expérimentateur, H. Munk, localise la sensibilité oculaire , chez le Singe, dans la région dupli courbe, en avant du lobe occipital (1); — la sensibilité auditive dans la partie supérieure de ta circonvolution temporo-sphènoïdale supérieure (2); — la sensibilité des membres postérieurs dans une zone qui longe (toujours chez le Singe) la scissure médiane du cerveau, depuis le lobe occipital jusque vers la partie frontale, — la sensibilité des membres antérieurs dans la partie supérieure des deux circonvolutions qui limitent le sillon de Bolando (ce centre remonte un peu en avant jusqu’à la scissure médiane) ; — la sensibilité de la tête dans la partie postéro-inférieure du lobe frontal, en avant de la scissure de Sylvius; — la sensi-
que des phénomènes analogues se reproduisent ensuite plus facilement. L'état de conscience correspond à un état déterminé de certaines cellules nerveuses, et, une fois que ces cellules nerveuses auront fonctionné do la façon requise pour s'accompagner de tel ou tel état de conscience, elles garderont une trace qui leur permettra dans la suite de vibrer plus facilement de la même manière. Voilà la base de la mémoire et de Y habitude, qui se rapproche beaucoup de la mémoire et à de certains égards se confond avec elle. » F. I’aulhan : La physiologie de l'esprit, p. 1(10.
(1) Cette localisation de Munk correspond au centre visuel de Ferrier.
C?) C’est-à-dire à peu près dans la région du centre auditif de Ferrier.
bilité de la nuque dans une assez petite région, circonscrite en avant de la précédente, au pied des deuxième et troisième circonvolutions frontales ; — enfin, la sensibilité du tronc dans la partie antérieure de la région frontale , encore en avant de tous les centres déjà cités tl). En rappelant ici les conclusions que IL Munk a cru devoir tirer de ses expériences sur les Singes, nous avons surtout en vue d’examiner avec le lecteur si les sept zones distinctes qui, d’après ce physiologiste, constituent la sphère sensitive (2) d’un hémisphère cérébral, sont groupées d’une manière conforme aux données fournies par l’étude des synalgies, basée sur la contiguïté des centres perceptifs.
Or, 1 e centre perceptif du tronc , que nous avons dit, par induction, être contigu à la fois aux trois centres perceptifs delà tête, du membre supérieur et du membre inférieur, est précisément situé, selon Munk, en avant de ceux-ci qui le touchent par leurs parties antérieures. Mais le centre perceptif du membre supérieur étant placé, suivant la distribution du même auteur, entre celui du membre inférieur et celui de la tête, il faut remarquer ici que la région psycho-sensorielle du membre inférieur, semble plutôt en rapport avec celle du membre supérieur qu’avec celle du tronc. Dans ces conditions, on comprend difficilement que les points irrités du membre inférieur n’aient pas beaucoup plus souvent leurs points sympathiques surle membre supérieur et que nous n’ayons consigné jusqu’à présent aucune douleur répercutée sur le membre abdominal par irritation du membre thoracique. Il est cependant bon de noter que les points irrités de V avant-bras et même du bras ont plus spécialement leurs points sympathiques sur la moi -
(1) Voir U. Beaunis, loc. eit., t. II, p. 1340-1341.
(2) Cette sphère sensitive de Munk occupe toute la surface de l’hémisphère cérébral à l’exception du lobe occipital et du lobe temporo-sphénoïdal.
tic inférieure du tronc, parfois presque à la naissance de la fesse : on peut s’en assurer aisément en jetant un coup d’œil sur la ligure 2 de notre Planche IL L’examen de la Planche I montre,, d’autre part, que les répercussions douloureuses nées par excitation du membre abdominal tendent à se localiser dans la moitié supérieure du torse.
La disposition des centres perceptifs de H. Munk permettrait donc de se rendre compte d’un certain nombre desynalgies, sans que, pour autant, elle puisse être acceptée telle quelle. Si le principe de la contiguïté des centres psycho-sensoriels parait s’affermir parla comparaison du résultat des expériences de ce physiologiste avec celui obtenu par Ferrier et avec les conséquences rationnelles de l’étude des douleurs associées, on ne saurait néanmoins déterminer d’une manière définitive, dès à présent, les relations réciproques qu’affectent, les régions perceptives de l’écorce cérébrale. Nous avons essayé de tirer quelques conclusions et quelques règles de l’observation des synalgies, espérant plutôt mettre en relief l’importance de ces phénomènes que résoudre ce deuxième point. Nous croyons certainement que l’étude des synesthésies sera d’un grand secours pour la détermination des rapports organiques et fonctionnels des centres dont nous parlons, mais nous n’irons pas jusqu’à prétendre que cette étude peut à elle seule conduire à une localisation précise des récepteurs sensitifs dans la couche grise des hémisphères. Ceci est surtout l’affaire de l’expérimentation physiologique et des nécropsies pathologiques.
Ce serait le cas de se demander ici quel mode de fonctionnement cérébral semble le mieux favoriser les irradiations douloureuses ou autres. A priori , la disposition des centres perceptifs sous forme de grands réseaux constitués par des cellules nerveuses ayant le même
genre d’activité fonctionnelle et représentant <c des mécanismes distincts de cellules et de fibres , existants d'une manière plus ou moins diffuse et entremêlée , » (1) parait immédiatement répondre aux conditions requises pour la propagation intra-corticale des excitations synalgogènes. Au contraire, des aires sensitives, topographiquement séparées, quoique contiguës, correspondant chacune à une partie limitée du corps ou à un sens particulier, ne permettraient de faciles irradiations entre centres différents qu’au niveau de leurs bords. Il est vrai que les contours de ces aires, au lieu d’affecter une ligure géométrique, peuvent fort bien (et la chose semble très probable) présenter une grande irrégularité de lignes, ce qui multiplie les contacts réciproques. Nous ajouterons encore que, malgré la vigoureuse et savante défense de Brown-Séquard, l’idée qu’c il n'existe pas de centres, moteurs ou autres, comme on les conçoit ordinairement,, c’est-à-dire d’agglomérations de cellules ayant une seule et même fonction, et formant une masse plus ou moins nettement délimitée, » ne saurait vraisemblablement être acceptée avec le caractère d’absolutisme qu’on lui a donné. Nous reconnaissons chaque jour, dans tout organisme vivant, un fait qui s’impose et ne souffre pas d’exception, à savoir que toute fonction spéciale implique un organe ou un appareil spécial. Est-il donc si certain qu'il en soit autrement dans le cerveau? — • qu'il n’y ait point de sièges divers, ni pour les diverses facultés, ni pour les diverses perceptions? — que la faculté de percevoir, de juger, de vouloir une chose, réside dans le même lieu que celle d'en percevoir, d’en juger, d’en vouloir une autre et que, conséquemment, cette faculté, essentiellement une, réside essentiellement dans un seul organe? — enlin que, dès qu’une percep-
(1) Voyez H. Chaiiton Bastian, loc. cit., t. II, p. 149.
tion est perdue, toutes le sont? dès qu’une faculté disparait, toutes disparaissent? comme Flourens (1840) le supposait et se croyait autorisé à l’écrire sous forme de conclusions de ses Recherches experimentales. Est-il également si certain que les cellules nerveuses servant à une môme fonction ne soient pas groupées, mais disséminées dans l’encéphale? suivant l’opinion de Brown-Séquard.
Nous ne pouvons discuter, au cours de ce travail, les deux théories qui divisent encore aujourd'hui les physiologistes sur le terrain des localisations cérébrales. Nous dirons seulement que nos tendances nous jetteraient plutôt dans le parti représenté par Frilsch, Hitzig, Ferrier, Charcot et Pitres, etc. Nous croyons volontiers qu’il existe dans l’écorce des hémisphères cérébraux des zones particulières et différentes de substance grise, zones plus ou moins étendues et constituant autant de centres psycho-sensoriels ou psycho-moteurs, parfois anatomiquement distincts. La distribution régulière et invariable de douleurs répercutées toujours dans le même endroit du corps à la suite d’irritations portées sur d’autres points de l’individu, chez certaines personnes, nous a déjà fait admettre l’existence de centres perceptifs contigus et susceptibles d’être excités l’un par l’autre, ce qui sous-entend des rapports anastomotiques entre eux. Bien plus, ces centres n’affectent pas nécessairement, dans le cerveau, une diposition de voisinage absolument semblable à celle des parties dont ils reçoivent les impressions. Ainsi, de ce que nous sommes arrivés à cette conclusion que le centre perceptif du membre supérieur est juxtaposé aux deux centres analogues de la tête et du membre inférieur, il n'en résulte pas qu’il se trouve placé par rapport à ces derniers comme l’est le membre thoracique. En effet, si nous remarquons que tous les
points irrités de celui-ci ont tous leurs points sympathiques sur le tronc (d’où lui parviennent aussi quelques douleurs), nous devons supposer que la contiguïté des centres du membre supérieur et du tronc est bien plus considérable que celle du premier centre avec les régions perceptives de la tête et du membre inférieur : on pourrait dire que la zone cérébrale du tronc englobe en quelque sorte les centres de la tête et des membres, les sépare dans une certaine étendue, ce qui diminue d’autant le contact de ceux-ci et permet d’expliquer pourquoi les douleurs sympathiques de celles des membres et de la tête s’observent plus fréquemment sur le tronc. Il est possible qu’une partie seulement de la zone du membre thoracique se trouve juxtaposée à une partie des centres de la tête et du membre inférieur. La configuration des aires perceptives offrirait donc une grande irrégularité et il se produirait un empiétement réciproque de leurs bords. Quand une irritation synalgogène ne parvient pas aux cellules qui limitent line zone psycho-sensorielle, elle ne peut s’irradier sur un centre voisin et se propage alors dans l’intérieur même de cette zone : les synalgies qui ne quittent pas le tronc sont dans ce cas.
On voit que les synesthésies douloureuses s’accommodent assez bien de la théorie des localisations circonscrites dans l’écorce cérébrale. Peut-être même doit-on considérer ces phénomènes comme une nouvelle preuve en leur faveur. Mais, je le répète, ils ne nous apprennent rien sur le siège encéphalique des centres psycho-sensoriels. Ceux-ci occupent très probablement la zone latente des hémisphères cérébraux. « Tout porte à croire aujourd’hui, — dit M. Mathias Duval (1), — que la parai Voyez la conférence déjà citée : L'ap/iasie depuis Broca (La Tribune médicale du 15 janvier 1888).
tie postérieure dit cerveau est sensitive, forme le centré où s’emmagasinent les sensations... Enfin, tout démontre aujourd’hui que la partie antérieure des hémisphères se compose de centres moteurs, organe des mouvements volontaires. » (1)
Au début de la présente étude, nous avons rangé les synalgies parmi les synesthésies, sans établir de différence entre une sensation quelconque et une sensation douloureuse. C’est qu’en effet nous considérons la douleur, dont on a voulu faire une sensibilité spéciale (ahjésiè), comme résultant simplement cl'une impression trop forte ou trop vivement perçue par n'importe quel centre perceptif. Il y a pourtant une différence entre la perception douloureuse et celle qui ne l’est pas, mais cette différence ne consiste que dans le degré plus ou moins élevé, dans l’intensité delà sensation. Nous partageons sur ce point les idées de B. Béraud et Ch. Robin (2), de J. Béclard (3), Mathias Duval (4), etc. Nous ne pensons pas qu’une impression odynopoétique chemine par des éléments nerveux particuliers (5) et gagne un centre propre (G), « ne
(1) Les localisations sensitivesde H Munk, qui englobent les centres dits psycho-moteurs, sont en désaccord partiel avec ces données générales; mais, selon Munk, — dit II. Iîeaunis [loc. cit., t. II, p. 1341), — les centres psycho-moteurs doivent être envisagés à la fois comme des centres de perception sensitive et d’idéation motrice, centres dont l’excitation provoque les mouvements qui correspondent à tel où tel ensemble de perceptions tactiles, musculaires, etc.
(2) I.oc. cit , t. I. p. 143.
(3) Loc cil., p. 939.
(4) Cours auxiliaire de phi/siolor/ie (v. La Tribune médicale du 11 avril 1880).
(3) « Brown-Séquard a admis, à une certaine époque, un conducteur spécial pour chaque sensibilité ; il comprenait dans la moelle des conducteurs spéciaux pour la chaleur, le contact, la pression, la douleur, le chatouillement, le sens musculaire.... un septième conducteur pour l'épilepsie — M. Brown-Séquard paraît avoir récemment abandonné sa théorie. » (Mathias Duval).
(G) «Il semble que, dans tous les cas, il y ait dans l’encéphale un centre de la douleur, centre dont le siège est encore mal déterminé, mais dont on connaît les aboutissants. Ce sont les libres qui vont à la partie postérieure de la capsule interne (Charcot, Tûrck), en sorte que cette partie étant lésée, il n'y a plus de conduction des excitations périphériques. Ces libres sont a la fois les conducteurs des
pouvant être atteint que par l’excitation trop intense des nerfs qui arrivent au cerveau par la moelle ou le bulbe» (Ch. Richet). Chaque région psycho-sensorielle est susceptible de devenir un centre de douleur sous l’influence d’une irritation appropriée et il existe vraisemblablement autant de centres de douleur qu’il y a de régions psycho-sensorielles. Rien ne démontre le contraire d’une manière certaine. Aussi croyons-nous que déterminer les rapports organiques et fonctionnels des récepteurs de l’algésie c’est, du même coup, mettre à jour les relations similaires des zones correspondantes de la perception dont l’exagération apparaît sous forme d’une sensation douloureuse, laquelle a grande tendance à s’irradier. Cette tendance, — j’allais dire cette propriété, — de la douleur est une des principales causes synalgogènes : mais elle n’est efficace que dans les conditions matérielles précédemment signalées (contiguïté et anastomoses inter-cellulaires des éléments nerveux de la perception).
La connaissance des synalgies et des synesthésies, en général, nous parait non moins utile au clinicien qu’au physiologiste. Elle peut, dans nombre de cas, aider puissamment au diagnostic. « Souvent le médecin a quelque peine à découvrir la cause de nausées chez de jeunes enfants ; f examen delà gorge ne donne aucun indice et on finit à la longue par reconnaître que c’est l’existence d’un corps étranger dans le conduit auditif externe qui, par l’irritation qu’il développait sur le tympan, a déterminé un retentissement jusque dans les nerfs sensitifs du pharynx. » (1) Nous rappellerons les désagréa-
impressions sensitives, tactiles, thermiques, musculaires et des impressions douloureuses. Au delà, peut-être dans les lobes occipitaux, il y aurait des centres distincts pour chaque sensibilité spéciale. Le centre de la douleur serait profondément placé et opposerait une grande résistance à l'excitation, à l'exemple de certains muscles ne se contractant que sous l'influence d'excitations fortes ou répétées. » Ch. Richet, loe. cit., p. 29G-/.97.
(I) Mathias Duval, dans La Tribune médicale du 8 février 1880. « On peut d'ailleurs produire expérimentalement des nausées par la titillation du conduit auditif externe. »
blés sensations associées que fait naître l’impression d’une vive lumière sur l’œil et dont le résultat éloigné (éternûment) a maintes fois été pris pour le début d’un coryza (v. p. 8 et 9) : or, cette affection ne laisse pas que de tourmenter certaines mamans qui s’inquiètent d’abord en songeant à l’obstruction des narines, à la nécessité de respirer par la bouche, d’où succion impossible chez le petit enfant à la mamelle. (1) On doit savoir aussi que l’amaurose (ou cimblyopie ), c’est-à-dire l’affaiblissement plus ou moins grand de la vision, sans cause appréciable à l’ophthalmoscope, tient parfois à la présence d’ Ascarides lombricoïdes dans l’intestin grêle. Les excitations anormales que ces Vers produisent sur la muqueuse intestinale (2) sont très probablement transmises à un centre cortico- cérébral (3) et celui-ci, irrité de la sorte et sans doute en relations avec un ou plusieurs
(I) Dans cette synalgie oculo-nasale, « l'impression douloureuse de la lumière (photophobie) transmise, ainsi qu'on le sait aujourd'hui, par les rameaux de l'ophthalmiqire de Willis, a fortement ébranlé le centre nerveux de ce nerf, et cet ébranlement s'est communiqué jusqu'au centre ou aboutissent d’autres branches sensitives du trijumeau, les branches nasales. Cet ébranlement communiqué par continuité ou contiguïté de substance grise a produit le môme effet que s’il eût résulté d’une excitation apportée par les nerfs nasaux, c’est-à-dire que le sujet a eu la sensation d'une irritation portée sur la muqueuse nasale. » (Mathias Duval).
(‘2) Ces excitations, généralement inconscientes et, par suite, non localisées, peuvent cependant, quand elles atteignent une très grande intensité, être vaguement perçues.
(3) Nous ignorons le siège de ce centre et, d'une manière générale, celui des centres qui perçoivent les impressions viscérales. Ferricr inclinait à croire qu’ils se trouvent dans les lobes occipitaux, mais la chose est douteuse. — « Pour ce qui est des impressions viscérales, — dit II. Charlton Bastian, — le lecteur doit bien savoir qu’il n’est pas habituellement reçu de sensations provenant des organes internes, et (jue l’on n'éprouve que des impressions vagues, se présentant par intervalles, aussi longtemps que ces organes demeurent à l'état de santé. On peut toutefois bien prouver, d'une manière indirecte, que des impressions se rendent ordinairement de quelques-uns des viscères au cerveau, bien qu'elles demeurent inconscientes. Des impressions systémiques sont, de cette manière, capables d'exercer une influence importante sur le courant général de nos pensées et de nos émotions, et peuvent aussi modifier, à un degré marqué, l’activité du cerveau dans les sphères d’un ou plusieurs sens spéciaux. Ainsi, bien qu’elles ne soient point elles-mêmes accompagnées de conscience, il est indiscutablement vrai que diverses impressions viscérales modifient puissamment la vie consciente des animaux inférieurs, aussi bien que celle de l’IIomme. »
centres de sensibilité spéciale (1), exerce alors une action inhibitoire sur les cellules perceptives des impressions visuelles. La cécité par inhibition est temporaire. Nous en dirons autant de la surdité qui provient quelquefois de la même action et s’observe encore dans l’helminthiase. Chez d’autres individus, l’irritation intestinale déterminée parles Nématodes se traduit par une démangeaison aux narines (2), qui amène des éternùments plus ou moins répétés, et par un picotement dans le pharynx (avec sensation consécutive de constriction à ce niveau) ou dans la trachée-artère : cette dernière sensation (3) provoque une toux opiniâtre ( toux vermineuse sympathique) et ne cède qu’à une médication vermifuge. Les sujets impressionnables présentent souvent une série de troubles nerveux dus à des entozoaires qui vivent dans leurs intestins : les malades, immédiatement guéris après l’expulsion de ces helminthes, avaient bien des fois songé à une affection différente et plus grave, erreur dans laquelle ils n’étaient pas seuls tombés. Or, la plupart des symptômes sympathiques de l’helminthiase naissent par un mécanisme analogue à celui des synesthésies et mériteraient de prendre rang parmi ces dernières : ils ne s’en écartent pas essentiellement et l’on ne saurait ob-
(I) « Bien que leurs centres puissent aussi être situés en des lieux différents, il est à peu près certain que les impressions viscérales peuvent, soit rayonner dans quelques parties de la province de chacun des sens spéciaux, soit être mis en connexion intime avec elles, puisqu'elles agissent si fréquemment les unes sur les autres de la manière indiquée. Cette aetion réciproque n’a pas lieu toutefois que dans une seule direction. » H. Charlton Bastian, loc. cit., t. II, p. 16S.
(!) Il ne faut pas attacher trop d’importance à cette démangeaison dans le diagnostic d’une affection vermineuse, car une pareille sensation peut résulter de causes fort variables. Je rappellerai aussi qu'elle est expérimentalement produite par une irritation cutanée chez certains sujets synalgésiques (v. p. 21).
(3) « Le siège de la sensation causant la toux est invariable : il occupe toujours le même point sur la muqueuse de la trachée, au niveau de sa bifurcation et de la fossette sternale, indépendamment du mal môme qui lui donne naissance et dont la localisation, plus ou moins éloignée sur les organes respiratoires, peut être aussi lixée en dehors de la cavité thoracique. » Dict. de E. Littré et Ch. Robin, 1i« édition (1878), art. Toux.
jecter que, sauf exception, la sensation première fait défaut. Si, dans tous les cas où une impression arrive des viscères au cerveau, l’inconscience est habituelle, cette perception inconsciente n’en exerce pas moins une action incontestable sur les centres perceptifs voisins du sien (1). Tantôt elle les excite et tantôt elle les paralyse. D’ailleurs, elle n’est plus inconsciente lorsque l’irritation viscérale devient suffisamment douloureuse. On peut donc admettre des synesthésies et des synalgiesà type viscéral. C’est à cette dernière variété, fort importante au point de vue médical, que se rattachent, par exemple, les faits suivants.
« Les névralgies , — dit le Dr L. Martineau (2), — sont très fréquentes, très communes chez les malades atteintes d’une affection utérine ; non seulement elles se développent sur les nerfs du petit bassin, mais encore elles apparaissent sur des points du corps plus ou moins éloignés de l'organe malade. Ainsi, à coté de la névralgie lombo-abdominale , delà névralgie crurale, on rencontre la névralgieintercostale qui siège de préférence au niveau du rebord des fausses côtes et des attaches musculaires du coté gauche, ainsi que le faisait souvent remarquer Trousseau. Il n’est pas très rare d’observer des points très douloureux sur les trajets des nerfs sous-orbitaires et maxillaires, des branches temporales et pariétales. M. Courty dit avec raison que ces névralgies affectent dans leurs manifestations une forme hystérique, qu’elles font notamment éprouver aux malades une sensation comparée à celle d’un clou qu’on enfoncerait dans les chairs (3) ou plutôt dans le crâne, sensa-
(1) « Il est plus que probable que ces impressions systémiques passent par des routes délinies à travers le bulbe et les parties inférieures du cerveau; et, de là, montent à quelque région définie de l’écorce cérébrale, d’où elles rayonnent peutêtre dansdiverses directions. Le fait que les impressions sont d’un type inconscient ne doit pas faire douter qu'elles n’atteignent l'écorce cérébrale. Les probabilités sont a ti contraire grandement en faveur de cette supposition. » II. Charbon Bastian, loc. cit., t. II, p. 166.
(2) Traité clinique des affections de l'utèrus et de ses annexes, Paris, 1878—1879 i l15 partie, p. 63.
(3) Cette douleur, semblable à l'élancement sympathique (v. p. 19 et 20), n’en diffère que par l’intensité.
t ion douloureuse que Sydenham a décrite sous le nom de clou hystérique. Une de mes malades de la ville perçoit cette impression au plus haut degré ; elle la compare à une vrille qui perforerait les téguments; ce travail incessant la jette dans des préoccupations très pénibles.... Chez cette dame, qui ne prèsente cl' ailleurs aucun des symptômes de l'hystérie et qui est atteinte de métrite chronique, cette névralgie fronto-pariétale revient àchaquepériode menstruelle, tantôt avant, tantôt pendant l’écoulement, moinssouvent après la cessation des règles. Des recherches récentes ont montré que ce clou se rencontre aussi le long de la colonne vertébrale, principalement sur les apophyses épineuses, sur le pubis et sur un grand nombre d’autres points du corps.
C’est ainsi que Watson, M. Courty et d’autres auteurs ont signalé dans le sein des douleurs soit aiguës et tout ci fait névralgiques, soit continues, profondes et sourdes, se propageant vers l’aisselle et s’accompagnant de cetle sensation de tuméfaction et de cet éréthisme particulier que les femmes se souviennent d’avoir ressenti à l’époque delà menstruation ou au début de la grossesse. Ces retentissements douloureux dans le sein, appelé alors sein hystérique, peuvent se montrer en dehors de la période menstruelle, mais c’est surtout au moment du flux cataménial qu'ils se manifestent. Parfois alors ces douleurs présentent un caractère térébrant qui n’est pas sans effrayer les malades, d’autant plus qu’en même temps la mamelle est gonflée., tuméfiée, inégalement dure; ces phénomènes, anxieusement et scrupuleusement constatés, ne tardent pas à faire surgir l’idée d’un cancer du sein, qui es.t, comme on le
sait, une des préoccupations constantes de la femme Qu’il
me soit encore permis de rapporter l’exemple qui m’est fourni, en ville, par une de mes malades atteinte de métrite chronique. Au moment de son époque menstruelle, d’autres fois peu de temps avant ou après le flux, elle estprisedans le sein gauche, pendant cinq ou six jours, soit d’une douleur sourde, intense, continue, soit à' élancements subits , parfois atroces
Le plus souvent, d’après Valleix, cette douleur du sein gauche reconnaît pour cause la névralgie des nerfs intercostaux correspondants (4°, 5° et 6e) ; d’autres fois quoique plus rarement, elle relève de la gastralgie et de l'entéralgie, qui existent fréquemment. Ce gonflement douloureux des seins a attiré récenr
ment l’attention de mon collègue et ami M. le Dv Liouville et d’un de ses élèves, M. le I)r Connard, qui en a fait le sujet de sa thèse inaugurale. Il ne faut pas le confondre avec le phénomène nerveux, hyperesthésique, hystérique proprement dit, connu sous le nom de mamelle irritable des hystériques. Ces phénomènes douloureux se présentent chez des femmes qui n'ont absolument rien du tempérament nerveux, mais qui sont atteintes de métrite ou d'une affection des annexes. Chez d’autres malades, il existe une relation constante entre les manifestations douloureuses des seins et l’apparition desmenstrues ; un retard, une diminution, une-irrégularité quelconque dans le cours des règles peut déterminer ce gonflement douloureux.
Dans plusieurs observations de la thèse de M. Connard, on voit le sein douloureux marcher de pair avec des phénomènes semblables du côté de l’ovaire. Sansdoutela mamelle irritable peut constituer une complication, une manifestation de l’hystérie. comme le montre cette observation de Willis ou une jeune fille de 16 ans fut prise, à la suite d’une contusion du sein, d’accidents hystériques très violents qui n’ont pu être calmés que par le mariage et la grossesse. Mais lorsque ce phénomène morbide se rencontre chez des femmes exemptes de tout nervosisme, atteintes seulement d’une affection utérine, il constitue bien un phénomène sympathique de l'irritation de l'utérus (1). »
Ces divers symptômes nerveux, ces répercussions douloureuses, décrites par le Dr L. Martineau comme reconnaissant pour cause déterminante une lésion de l’utérus ou de ses annexes, ne sauraient guère être expliqués autrement que par des irradiations du centre cortico-cérébral des sensibilités utéro-ovariennes sur
(I) Les synalgies à type viscéral de cette nature, sont généralement accompagnées de réflexes vasculaires (contraction puis dilatation des petits vaisseaux do la région où le cerveau localise la douleur sympathique), qui se produisent de la mémo manière que si l'irritation eût porté sur le lieu de la répercussion. — « Quand on se rappelle les relations intimes qui existent entre le développement et les fonctions de la mamelle et les organes de la génération, on s’explique facilement ces retentissements douloureux et les sympathies puissantes qu’éveillent dans les seins l’utérus malade. L’étroite solidarité qui existe physiologiquement entre ces organes persiste dans toutes les périodes de leur existence. Ils réagissent en effet les uns sur les autres, même chez l'homme, où l'un observe le sein gonflé et douloureux au moment de la puberté. » L. Martineau.
d’autres centres perceptifs (du tronc, de la tète, etc.), c’est-à-dire par la théorie cérébrale des synalgies. Non seulement celle-ci permet au médecin d’interpréter un grand nombre de symptômes qui paraissent d’abord étranges, mais aussi de rassurer son malade, ce qui n’est pas à dédaigner, et de comprendre enfin, sans qu’il soit besoin d’invoquer une action inhibitoire de l’imagination du patient, la valeur de quelques traitements empiriques (1). Ainsi, par la section ou la cautérisation de l'hélix, on peut arriver à guérir une névralgie faciale et même une sciatique. Trousseau constatait (2) que des faits de ce genre étaient assez nombreux, mais il ne savait comment s’en rendre compte. Cependant, si l’on se souvient que la sciatique est souvent compliquée de névralgies de la poitrine ou de la tête (3), que Chaussier a observé une névralgie plantaire alternant avec une névralgie sous-orbitaire, que Rennes et Fortsmann ont également vu une névralgie faciale succéder à une sciatique et réciproquement, etc., on admettra quelques rapports de voisinage entre les centres cérébraux des nerfs sciatiques et auriculaires (4) d’une part, des nerfs trijumeaux et auriculaires d’autre part, on, si l’on préfère, entre le centre perceptif de la face, contenant celui du pavillon de l’oreille, et le centre perceptif du membre intérieur. Nous ne connaissons point, il est vrai, de synal-
(1) D'ailleurs, pour beaucoup de cas, la connaissance des deux éléments d'une synalgie peut suffire à déterminer l’indication thérapeutique.
(2) Voyez le Bulletin général de thérapeutique médicale cl chirurgicale du Dr Debout : üu traitement des névralgies, par le professeur Trousseau (n° du 30 novembre 18(13, p. 441).
(3) D’après Valleix, cité par A. Tardieu, loc. cit., p. 439.
(4) Le nerf auriculaire postérieur, qui donne la sensibilité à la moitié postérieure du pavillon de l'oreille, est formé par un rameau de la branche la plus supérieure du plexus cervical superficiel et provient de la branche antérieure du troisième nerf cervical. La moitié antérieure du pavillon de l'oreille est desservie par le nerf auriculaire antérieur, venu du maxillaire inférieur (3° grande branche du nerf trijumeau).
gies normales cadrant absolument avec ces irradiations et ces déplacements alternatifs dont il est question, mais de pareilles observations,, sortes de synalgies pathologiques, ne doivent-elles pas compléter dans une certaine mesure nos acquisitions expérimentales et se prêter à la même interprétation? Enfin, en se rappelant que fétat d’activité d’un centre sensitif est profondément modilié par uneexcitation venue d’un autre centre sensitif voisin et peut être ainsi anéanti, on s’expliquera facilement l’heureuse influence de la cautérisation de l’hélix sur la névralgie trifaciale (1). L’action curative de cette opération dans la sciatique, quoique plus singulière, est passible de la même théorie, — à moins qu’on ne veuille invoquer ici un effet moral, analogue à celui produit sur fodontalgie par la vue de l’instrument du dentiste. Si une douleur d’oreille a pu s’étendre jusqu’à la cuisse (Fabrice de Hildan), pourquoi serait-il impossible que l’impression douloureuse provoquée au niveau de l’hélix gagnât le centre perceptif du membre abdominal et y exerçât une influence inhibitoire? Cette dernière action n’aurait-elle pas quelques rapports avec celle qu’on obtient au moyen d’une flexion aussi énergique que possible de l’un des deux gros orteils (Brown-Séquard) au début d’une attaque d’épilepsie? (2) D’ailleurs, quand une révulsion cutanée (vésicatoire, par exemple) est appliquée loco dolenti ou à une distance plus ou moins
(1) L’innervation d’une partie du pavillon de l'oreille par une branche du nerf trijumeau (v. la note précédente) permet de comprendre aisément, sans même, à la rigueur, remonter à la couche corticale du cerveau, l’action inhibitoire de la cautérisation de l’hélix sur le noyau gris, bulbaire, du nerf trifacial.
(>) « Une irritation qui se fait sentir dans le nez n'occasionne pas d’éternuement si le premier effort, qui annonce l'éternuement commençant, est accompagné d’une douleuraiguë dans quelques-uns des muscles du dos ou des côtés, produite par un rhumatisme.
L’eau de la reine d’IIongrie, ou les esprits volatils que l'on flaire avec force et qui pénètrent dans le nez, empêchent souvent de tousser, quoiqu’on sente déjà le chatouillement qui précède la toux. » Robert Whytt, loc. cit., 1. 1, p. 51-52.
éloignée du point douloureux, son effet sédatif ne tient pas toujours et uniquement à des réflexes vasculaires, primordiaux ou secondaires : la révulsion détermine encore, très probablement, des courants nerveux qui, si le lieu occupé par le vésicatoire est celui que l’observation des synalgies indique avec une certaine précision, parviennent aux centres des nerfs malades et y font naitre un mouvement moléculaire nouveau, antagoniste du mouvement existant alors, ce qui, suivant l’opinion de Schlosser, suffirait à diminuer et môme à arrêter complètement l’activité pathologique des cellules centrales qui percevaient la douleur névralgique ou autre, dont on cherchait l’apaisement.
En n’attachant aucune importance à l’étude des synesthésieset des associations douloureuses, en ne les prenant point en sérieuse considération, le médecin s’exposerait chaque jour à des surprises incompréhensibles pour lui et, ce qui est pis, à des erreurs qu’une longue pratique, une vieille expérience semblaient devoir lui faire éviter. Comment s’expliquerait-il, par exemple, s’il pratique le cathétérisme utérin, la douleur que la femme accuse au niveau de l’ombilic quand il atteint le fond de la matrice avec le cathéter? Et si, à l’instar de Féré, comprimant les nerfs sus-orbitaires à leur point d’émergence, pour arrêter une attaque chez une hystéro-épileptique, il note que la malade a perdu complètement la vue de l’œil gauche à la suite de la compression de ces nerfs, à quel mécanisme attribuerait-il l’amaurose unilatérale qu’il a produite ainsi? Ce résultat imprévu relève encore de la théorie centrale des sensations associées et, bien qu’il ait ôté observé chez une névropathe, n’en mérite pas moins une mention spéciale, car certaines amauroses consécutives à une contusion de larégion préorbitaire se comprennent mieux alors et doivent sans doute
appartenir à une même catégorie de faits, dont le cas de Féré serait un type.
On se souvient (v. p. 47-18) que j’ai signalé la douleur de l’épaule droite chez deux malades atteints d’un cancer du rectum, douleur principalement liée à l’irritation des ulcérations cancéreuses par les matières fécales, et que j’ai comparé cette synalgie pathologique à une association douloureuse normale, ayant son point irrité sur la muqueuse de la portion inférieure du rectum et son point sympathique à l’épaule droite. Nous pouvons faire une nouvelle comparaison qui montrera une fois de plus combien l’observation d’une synesthésie vulgaire, quand on veut se donner la peine de rapprocher les faits analogues, aide à se rendre compte de phénomènes qui, naissant au milieu de circonstances différentes, paraissent dès l’abord n’avoir aucun rapport entre eux et rester inexplicables.
« Lorsqu’on prend un sorbet glacé, — dit Mathias 1) uval (1), — on ressent quelquefois une constriction à la région des tempes. C’est que la glace a impressionné les filets nerveux du trijumeau qui se distribuent à la langue et que ceux-ci ont propagé l’impression jusqu’au centre du nerf qui tient sous sa dépendance l’innervation de la région temporale. » Or, la section d’une portion de la langue avec l’écraseur, chez les malheureux à qui, pour une tumeur linguale, on est forcé de faire cette opération sans les chloroformer, détermine d’atroces douleurs que le patient rapporte toujours à la région temporale. Charles Richet (2) en a été deux fois témoin et, une troisième fois, il a vu, dans une staphylorraphie, le décollement du voile du palais (3) causer égale-
(1) La Tribune médicale du 8 février I8S0.
(2) Loc. cil., p. 800.
(3) Le voile du palais contient aussi des filets sensitifs qui appartiennent au nerf trijumeau et passent par le ganglion sphénc-palatin.
meut des douleurs terribles dans cette même région temporale.
Je me rappelle fort bien qu’un malade (1), subissant l’amputation de la cuisse gauche, poussa un grand cri de douleur et se plaignit vivement du front, où le mal s’était surtout fait sentir, quand mon père sectionna le tronc du nerf sciatique. Ceci est encore à rapprocher de ce que j’ai dit un peu plus haut à propos de la cautérisation de l’hélix comme moyen curatif des névralgies trifaciale et sciatique.
Bernhardt (2) a noté, après une blessure du nerf médian, que la piqûre légère du petit doigt provoquait des douleurs très vives au coude. Cette synalgie cutanée n’est-elle pas comparable aux associations douloureuses et physiologiques éprouvées par Cécile P.... (v. p. 14), lorsqu’elle se piquait le bout d’un doigt avec une aiguille?
On sait que la coxalgie débute le plus ordinairement par une douleur qui occupe la hanche et le genou, quelquefois le genou seul (3). A combien de méprises cette douleur sympathique n’a-t-elle pas donné lieu! Aussi, de nos jours, voyons-nous l’ai thalgie du genou partout signalée comme un symptôme important de la tumeur blanche de l’articulation coxo-fémorale. Naturellement, on a cherché à expliquer ce symptôme. Pour les uns, il est dû à l’extension au genou de l’ostéite, de la myélite ou de la périostite, qui occupe la tête du fémur (Richet); pour les autres, il tient à la lésion des fdets du nerf obturateur, qui fournirait à la fois aux synoviales de la hanche et du genou : irrité à la hanche, le nerf
(1) Sur sa demande, cet homme n'avait pas été chloroformé.
(2) Cité par Ch. Richet, loc. cil., p. 301.
(3) P. Tillaux : Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie 2* édition, 1879, p. 946.
rapporterait le siège de l’excitation au genou, de même qu'un amputé, par exemple, souffre du membre qu’il n’a plus (Thompson). Nous dirons, avec le Dr Léon Moynac (1), que toutes ces opinions sont attaquables, d’autant plus que l’arthralgie du genou peut naître en dehors de tonte lésion articulaire de la hanche : ainsi M. L. Moynac l’a observée à la suite d’un abcès voisin de l’extrémité supérieure du fémur. Nous croyons donc volontiers que cette arthralgie sympathique appartient plutôt au groupe des synalgies pathologiques.
Le professeur Lordat (2) relatait de la manière suivante, dans ses leçons orales de physiologie, une répercussion douloureuse qui ne constitue pas un fait isolé : « J’ai été consulté à Rhodez par un homme atteint de dysurie. Toutes les fois qu’il voulait uriner, il était obligé de se mettre debout sur ses pieds, d’écarter les jambes, et de faire des efforts extraordinaires. Eh bien, quand le sphincter commençait à se contracter, il lui survenait à la plante des pieds une douleur intolérable qui diminuait à mesure que l’urine s’évacuait. »
A côté de cette observation, il faut placer celle de M. Brodie(3) qui a vu un rétrécissement de l’urèthre accompagné de claudication et de douleurs dans les pieds, phénomènes qui disparurent après la dilatation de ce canal. (4)
(I) Éléments de pathologie et de clinique chirurgicales ,2“ édit., 1878: t.I,p. 259-2(10.
(?) Cité par le Dr Galet : Le corps de l'Homme, traité complet d’anatomie et de physiologie humaines, t. IV (1844), p. 45.
(3) Cité par Ch. Richet (loc. cit., p. 300), d'après Brown-Séquard.
(4) On sait que l’application d’un corps froid aux pieds réveille, excite le besoin d’uriner.— Le professeur Lordat (cité par Galet, loc. cit., t. IV’, p. 45) a vu un homme atteint d'hémiplégie et qui avait une insensibilité presque complète des parties génitales. Il ne sentait ni l'exportation de l'urine, ni même l'érection de sa verge. Et comment en était-il averti? Par un sentiment comme de crampe légère du gros orteil. Quand il sentait une raideur incommode au muscle extenseur du gros orteil, il regardait sa verge et la voyait en érection.
Chez certains amputés de la cuisse, la miction provoquait aussi des douleurs très vives dans leur moignon. (1)
Le chatouillement, le picotement, la démangeaison à la muqueuse de la trachée-artère, toutes ces sensations qui déterminent la toux, proviennentassez souvent d’excitations étrangères portant sur des organes plus ou moins éloignés et sans rapports directs avec la muqueuse trachéo-pulmonaire. Nous avons déjà parlé de la toux vermineuse. Il existe également une toux gastrique et une toux utérine. Cette dernière, ainsi nommée par Aran, fréquemment remarquée par Nonat et signalée dès lors par presque tous les auteurs, est petite, sèche, quinteuse, quelquefois très désagréable par son uniforme sonorité, ainsi que par sa persistance. « J’en ai observé à l’hôpital Beaujon un cas bien curieux, — dit le D>‘ L. Martineau (2). — La malade était, depuis près d’une année, atteinte d’une toux sèche, incessante, par conséquent très fatigante, qui avait résisté à tous les traitements dirigés contre elles. Vésicatoires, ventouses sèches et autres révulsifs, calmants opiacés et antispasmodiques n’avaient pu vaincre cette toux nerveuse. Lorsque la métrite chronique, dont était atteinte la malade, fut guérie, je lis porter à la malade un pessaire et une ceinture hypogastrique pour combattre l’antéversion qui persistait; la toux cessa subitement. Si la malade, par négligence ou autres motifs, nemettaitpas son pessaire ou sa ceinture et laissaitle déplacement se produire, la toux ne tardait pas à reparaître, pour cesser dès que la matrice était maintenue dans sa position normale. »
il) Les effoits de défécation amenaient également des douleurs dans le moignon. — Rapprochez de ces observations celle qui appartient à Ch. Richet et que nous avons consignée au Chapitre II, ]>. 18. et celle de London mcilical Gazcltc (citée par J. Muller), p. 71, comme synalgie inverse.
(2) Loc. cil., première partie, p. GG-G7.
A l’approche des règles et même durant la période menstruelle, j’ai plusieurs fois constaté, chez quelques femmes, un simulacre de bronchite, sur laquelle on attirait mon attention : l’état général du sujet, l’absence de tout symptôme d’inflammation delà muqueuse trachéobronchique à la percussion et à l’auscultation du thorax, m’ont toujours fait considérer la toux, dans ces conditions, comme un phénomène sympathique de l’engorgement utérin. Cette pseudo-bronchite sans expectoration (1) s’évanouissait d’ailleurs soit à l’apparition, soit à la disparition du flux cataménial.
Entre autres symptômes sympathiques de la présence d’un globule de verre dans le conduit auditif externe d’une fille de dix ans, Fabrice de Hildan remarqua une touxsùchc (2), qui est vraisemblablement de même nature que la petite toux sèche, spasmodique, signalée par tous les otologistes et qui se montre chaque fois qu’on introduit le spéculum dans l’oreille : cette toux, liée à une véritable sensation répercutée, persiste quelques minutes.
L’excitation, non plus du conduit auditif externe, mais de la peau du pavillon de l’oreille, détermine, chez certains individus, des associations sensitives qui méritent une mention. Ainsi deux jeunes gens m’ont affirmé que la succion ou simplement le chatouillement du lobule auriculaire à l’aide d’une barbe de plume suscitaient, chez le premier, une sensation constrictive naissant de la partie supérieure de la fesse du même côté et s’étendant parfois jusqu’à l’extrémité du pied (3), — chez le
il Quand elle existe, elle est salivaire et consiste plutôt en une sorte d'expuition.
(2) Voir J. -R. Monfalcon, foc. cil., p. ôR?. — Celle teux ne cessa qn’après l'cxliaclion du globule de verre.
(3) Quand on pinçait le membre inférieur d’une malade de Vulpian, atteinte d licmorrhagie cérébrale, cette femme souffrait d'un sentiment général de malaise ayant pour point de départ une sensation pénible à l’oreille. (Cité par Ch. Richet).
second, un chatouillement au pli de l’aine correspondante, lequel, gagnant les organes de la génération, la verge, en provoquait l’érection. Les Anciens n’avaient-ils pas reconnu l’union sympathique de ces organes avec les oreilles? Certains Scythes, dit J. -B. Monfalcon (1), tombaient, par le fait de l’équitation qui leur était familière, dans un état d’impuissance déclaré sans ressources lorsqu’il résistait aux scarifications faites derrière les oreilles. D’après Hippocrate, qui rapporte cette observation, les évacuations sanguines dans cette région de la tête guérissent la paralysie des parties génitales (2).
D’autre part, un sourd ne pouvait se toucher le conduit auditif externe du côté gauche sans ressentir une douleur à la langue (3).
Unehydatide qui, chez un homme, s’était formée sur la langue, causa, en se détachant, des douleurs d’oreilles (4).
On lit encore, dans l’article de J. -B. Monfalcon (5), qu’un individu se plaignait alternativement d’une douleur à la langue et de surdité du même côté, de telle sorte que, le vice de l’oreille subsistant, la langue cessait d’être affectée, et réciproquement.
Un homme reçut un coup d’épée entre la troisièmeet la quatrième côte, perdit la vue pendant quelques jours et la recouvra par degrés lorsque la plaie se cicatrisa (6).
(1) Loc. cit., p. 577.
(2) L’application d’un sétonà la nuque aurait fait quelquefois naître le priapisme.
(.3) D’après Tissot, cité par J. -B. Monfalcon, loc. cit., p. 562. — Il convient de rapprocher ce fait et le suivant de ce que nous avons déjà dit au sujet des synalgies temporo-linguales.
(4) Ex J. -B. Monfalcon, loc. cit., p. 557.
(5) Loc. cit., p. 557.
(6) Ex J. -B. Monfalcon, loc. cit., p. 558. — Schmiedel et Barthez présumaient que l’instrument vulnérant avait blessé le nerf trisplanchnique.
N'y a-t-il pas lieu de supposer qu’il s’agissait alors d'une amaurose de même nature que celle résultant d’une plaie des nerfs sus-orbitaires ou de l’action des Vers intestinaux?
On sait que l’atroce douleur de la colique hépatique s’irradie souvent de l’hypochondre droit et de l’épigastre vers le dos et l’épaule droite. Pareillement, dans l’hépatite suppurée, à la période aiguë qui précède la collection purulente, « il n’est pas rare d’observer l’irradiation de la douleur de l’hypochondre vers l’épaule droite, et parfois même dans le cou et dans le membre supérieur de ce coté; ces symptômes, ainsi que l’a indiqué Luschka, sont dus à l’excitation du nerf phrénique. » (1)
Dans l’accès de colique néphrétique, la douleur lombaire, presque toujours unilatérale et très violente, s’étend à la vessie, à la cuisse et au testicule (qui est alors fortement rétracté vers l’anneau inguinal). (2)
La douleur de la cystite aiguë du col peut être parfaitement limitée à la région hypogastrique, mais elle peut aussi présenter des irradiations non moins pénibles vers le périnée, la région anale, le testicule et les membres inférieurs. (3)
Quand un calcul existe dans la vessie, les douleurs siègent habituellement à l’extrémité de la verge (4). « Ces douleurs réflexes, — dit le Dr L. Moynae (5), — sont
(li S. Jaccoud : Traité de pathologie interne . 7° édition, 1 883 : t. III, p. 4â.
(?i S. Jaccoud, loc. cil., t. III, p. *211.
(3) S. Jaccoud, loc. cil-, t. III, p. 241.
(4) h Cette douleur de l’extrémité de la verge n’est ni constante, ni spéciale aux calculs ; elle doit être regardée comme la preuve d’une irritation du col de la vessie produite par n’importe quelle cause; quoi qu’il en soit, elle est très importante ; elle porte parfois les enfants à exercer des tractions sur la verge, comme si ces manœuvres pouvaient déplacer le calcul logé au niveau du col; aussi cet organe peut-il prendre chez eux des dimensions exagérées. » (L. Movnac).
là) Loc. cil., t. II, p. 308.
— ICO —
probablement dues à la pression du calcul sur le col; elles retentissent souvent dans i’hypogastre, le périnée, les lombes. »
Pour nous, l’uréthralgie localisée au niveau du gland et sympathique d’un calcul vésical constitue une véritable répercussion douloureuse d’une synalgieà type viscéral (1). Nous ne croyons pas qu’elle soit comparable à l’illusion des amputés et se produise d’après le môme mécanisme. Cependant, s’il était démontré que le calcul urinaire excitât, sur leur trajet, des filets nerveux qui, passant sous la muqueuse de la vessie, iraient s’épanouir à l’extrémité glandaire de l’urèlhre, il serait inutile de recourir à la théorie centrale des svnesthésies pour expliquer la douleur perçue à cette extrémité. Le malade la ressentirait alors tout comme il souffre du petit doigt quand un coup violent (choc du coude sur une table, par exemple) vient à comprimer le nerf cubital dans la gouttière épitrochléo-olécrânienne (2).
Dans la périnéphrite, « un des symptômes les plus importants, parfois même celui qui éclate le premier, est une douleur locale, circonscrite à l’un des côtés de la région lombaire, tantôt obtuse, sourde et profonde, tantôt vive, aiguë, lancinante. » (3) Cette douleur peut s’accompagner d une sorte d’irradiation vers la cuisse,
(1) Les nerfs des couches musculeuse et muqueuse de la vessie proviennent du plexus hypogastrique et renferment des tubes nerveux appartenant aux nerfs sacrés. — La portion spongieuse de l'urèthre et la muqueuse du gland reçoivent des filets du nerf honteux interne, l’une des branches collatérales du plexus sacre.
(2) « Les douleurs que les malades atteints de la pierre ressentent au méat urinaire sont aussi des synesthésies, mais qui ne sont pas tout à fait comparables à celles que nous venons de mentionner. En effet dans les vraies synesthésies il y a deux sensations simultanées, perçues par une seule excitation en deux points différents, éloignés l'un de l'autre, et n'ayant pas de rapports anatomiques immédiats. Au contraire, dans la douleur du méat, il y a une excitation viscérale rapportée à une muqueuse voisine. C’est plutôt une illusion perceptive qu’une synesthésie et c’est quelque chose d’analogue à coque nous avons appelé le périphérisme. » Ch. Richet, loc. eit., p. 301-302.
(3) S. Jaccoud, loc. cit., t, Iir, p. 225.
irradiation observée par S. Jaccoud et qui se présentait avec une telle intensité, une telle persistance, que le malade était traité pour une névralgie crurale. Si Ton se rappelle la situation qu’occupe le rein par rapport au muscle psoas et au plexus nerveux lombaire (pris dans l’épaisseur même de ce muscle), on est en droit de supposer que l’irradiation crurale dont il s’agit résulte d’une compression exercée par le phlegmon périnéphrétique sur le plexus lombaire d’où provient le nerf crural. Un autre symptôme, Xaparésie du membre inférieur du même côté, qui se joint quelquefois à la douleur sympathique, plaide en faveur de la supposition précédente. L’action de la périnéphrite serait donc semblable à celle de toutes les tumeurs qui compriment ou détruisent un ou plusieurs filets nerveux et donnent naissance à des douleurs ou à des phénomènes de sensibilité spéciale, suivant la nature du nerf atteint. Les pscuclo-synalfjies ou les pseuclo-sijnesthésics produites de cette façon et souvent mêlées à de véritables répercussions sensitives ne sont pas toujours facilement distinguées de celles-ci, — ce qui explique pourquoi l’on trouve au nombre dessynestbésies et des sympathies en général tant de faits qui ne leur appartiennent pas et ne relèvent que d’une compression nerveuse ou vasculaire. Aussi, pour différencier une pseudo-synalgie d’une vraie, faut-il : 1° tenir compte des rapports anatomiques ; — 2° noter avec soin les troubles de motilité et de circulation qui accompagnent les irradiations douloureuses. Ces troubles manquent presque toujours dans les véritables synesthésies ou, quand ils sont associés à une douleur sympathique, en dépendent absolument et ne sont pas plus persistants que la douleur elle-même. Au point de vue pratique, surtout en clinique, ces remarques ont bien leur importance.
Pareillement, les douleurs sciatiques, crurales et ab-
domino-génitales qui naissent à la suite d’affections utérines et ovariennes peuvent reconnaître pour cause une compression, une excitation médiate des plexus nerveux sacrés ou lombaires par un utérus gonflé (métrite chronique, coi'ps fibreux de la matrice, etc.) ou un kyste de l’ovaire. Qu’il y a loin de ces sortes de douleurs à la Z«mbalcjie provoquée par un simple rétrécissement de l’urèthre (1), ou seulement à la répercussion fémorale de la douleur du testicule ! (2)
Tous les faits que nous venons de citer jusqu’ici et dont il serait aisé de grossir la liste en faisant de nouvelles recherches dans les ouvrages spéciaux de pathologie, mériteraient un travail de coordination semblable à celui que nous avons entrepris sur les synalgies cutanées. De ce travail résulterait sans doute une série de considérations aussi profitables au physiologiste qu’au praticien. Néanmoins, tels qu’ils ont été présentés, ces faits suffisent à montrer que les associations sensitives, les irradiations douloureuses ou suspensives de l’activité d'un centre perceptif, compliquent souvent la symptomatologie d’une affection et en accidentent le tableau clinique. Il est donc nécessaire de les connaître et fort utile de se rendre compte de leur mécanisme. Peut-être la théorie cérébrale des synalgies ne convient-elle pas à tous les phénomènes en question et doit-on faire intervenir, pour certains d’entre eux, une action réflexe (vasculaire) ou le jeu intermédiaire d’un centre d’arrêt, mais il reste à déterminer si l’acte réflexe (congestion ou ischémie locales) est un effet direct ou indirect de l’irrita-
(1) « Il faut savoir que certains rétrécissements de l’urèthre, meme peu prononcés, donnent lieu à des douleurs lombaires très tenaces qui ne cèdent qu'au passage des bougies. » P. 'filiaux, loc. cit., p. G34.
(2) WeirMitchell,— cité par Ch. Richet (loc. cit., p.319, note), —aurait décrit avec précision une région de la cuisse dans laquelle s’irradie toujours la douleur du testicule.
lion primordiale. Enfin, quand une excitation intra-cérébrale porte simultanément sur deux centres perceptifs et qu’on ne sait s’il existe ou non une cause synalgogène périphérique, il est extrêmement difficile de distinguer l’association née dans ces conditions d’une svnesthésie d’origine extra-centrale.