‹ Les synalgies et les synesthésies, étude de physiologie nerveuseChapitre 2 sur 20 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le bouton d'acné. — La synesthésie. — La synalgie ou synesthésie

douloureuse. — Le point irrité ou algogène.— Le point sympathique.

— Sujet synalgésique.

Il est une atTection cutanée bien commune, surtout chez les jeunes gens de l’un et de l’autre sexe, ou encore chez les individus à peau brune et huileuse. Cette affection est caractérisée par un petit bouton isolé, conique, dur, enflammé à sa base, plus ou moins volumineux et qui devient souvent blanc au sommet: il laisse alors s’écouler un peu de pus qui entraine une sorte de petit bourbillon. Un bouton qui évolue ainsi appartient à Y acné simplex, sebacea, pilaris , constituée par l’inflammation des follicules pilo-sébacés. C’est encore de l’acné que dépendent ces points noirs, disséminés sur la l'ace et d’où, par la pression, l’on fait sortir une matière sébacée, durcie et concrétée en forme de ver ou tanne (acné punctata). Quelle que soit la variété d’acné, on observe des boutons de cette nature sur le front, le visage, les épaules, le dos et sur beaucoup d’autres régions. Or, tout récemment, j’étais porteur d’un petit bouton acnéique, parvenu à l’état de pustule et situé sur la peau qui recouvre le sternum, au milieu d’une ligne horizontale qui joindrait les deux mamelons, un peu plus voisin cependant du mamelon gauche que du droit: je me mis à l’écorcher avec l’ongle (ce qui me causa une douleur aiguë, quoique légère) et presqu’aussitôt je ressentis un éclair douloureux dans la région lombaire gauche, où la peau offrait, chez moi, la plus parfaite intégrité. Saisi par cet élancement, d’une intensité bien supérieure à la sensation douloureuse que me procurait le grattage du bouton, je laissai celui-ci en repos; mais, quelques instants après, lui ayant donné un nouveau coup d’ongle, le môme trait

de douleur se fit sentir au milieu delà région lombaire, toujours du côté gauche, et cela autant de fois que je renouvelai l'expérience et jusqu’au moment où j’eus complètement dilacéré la pustule d’acné, .le ne fus pas surpris de ce phénomène, car, depuis fort longtemps, j’en éprouve de semblables, surtout dans les mêmes conditions. Si je le cite ici avec les détails que je viens de donner, c’est uniquement à titre d’exemple et d’exemple pris au hasard dans la foule de ceux que je pourrais fournir, tant sur moi que sur d’autres personnes.

Voilà donc, à l’occasion d’une douleur ayant un siège défini, une autre douleur qui naît dans une partie éloignée et saine; — et cette seconde douleur nait dans des circonstances telles qu’elle dépend évidemment de la première. Or, une pareille association douloureuse peut être considérée comme un type des sympathies que nous allons étudier sous le nom de synalgies.

Pour peu qu’on y réfléchisse, on s’aperçoit facilement que toute synalgie rentre dans le groupe plus vaste des sensations associées et n’est, au fond, qu’une variété, ou si l’on veut, une espèce de synesthésie.

Qu’est-ce, en effet, qu’une synesthésie? On fait bien connu va nous répondre. U arrive souvent, — dit Mathias Duval (J), — qu’une personne sortant d’un appartement obscur et arrivée au grand jour, portant vivement les yeux vers un ciel fortement éclairé, éprouve en même temps et une violente sensation de photophobie et un vif chatouillement dans les fosses nasales. Ce chatouillement, sensation associée, sympathique de celle produite d’abord par l’impression plus ou moins douloureuse de la lumière (photophobie) sur la muqueuse oculo-palpébrale, est ensuite le point de départ d’un acte réflexe pur,

(1 Mathias Duval ; art. Nerfs, iu Dict. Jaccoiul, l. 28, 1877.

— fl —

qui se traduit par un éternùment. Mais, comme on Je comprendrait aisément si nous abordions ici l’explication du phénomène qui précède cet acte réflexe, ce dernier ne se rattache en réalité que d’une manière indirecte à la sensation première, causée par la lumière.

Très sensible à la synesthésie qui réunit sympathiquement la muqueuse oculo-palpébrale à la muqueuse pituitaire, il me suflit de passer de l’ombre au grand soleil pour que l'éterniiment, parfois répété, s’ensuive.

l)e môme, chez un jeune enfant atteint de conjonctivite et que je soignais ces temps passés, j’ai maintes fois constaté la facilité et la régularité avec lesquelles il se mettait à éternuer quand, au sortir d’une chambre obscure, il était simplement exposé à la lumière du jour. Je dus même rassurer la mère qui, en présence de ce phénomène, croyait à un coryza venant, comme cela arrive assez souvent, compliquer l’inflammation delà conjonctive.

Comme synesthésie très-analogue, je rappellerai que la titillation du conduit auditif externe amène une sensation de chatouillement dans la gorge et provoque la toux qui n’en est qu’une conséquence.

Par ces deux ordres de faits d’une observation fréquente et facile, on voit que la dénomination Synesthésie

(■jVv, avec, ensemble; xtiOqur , sentiment ou faculté de sentir)

exprime simplement, sans idée préconçue, le phénomène d’une double sensation (non spécifiée) que le sujet rapporte à deux points du corps distincts et plus ou moins éloignés l’un de l’autre, sous l’influence d’une excitation portée sur un seul de ces points.

De même, l’exemple que nous avons cité plus haut d’une répercussion douloureuse qui nous estpersonnelle, est suffisant pour nous permettre de définir avec précision ce qu’on doit entendre par Synalgie. Exempt de

toute prétention aune théorie quelconque, ce terme désigne l'acte par lequel nous percerons presque simultanément deux sensations douloureuses dont l'une, naissant à la suite et à l'occasion de l'autre, se [ait sentir dans un endroit sain du corps et plus ou moins éloigné de celui d'où vient la douleur primitive.

En nous reportant encore à l’exemple sur lequel nous nous appuyons, nous voyons que le point de départ de l’acte synalgique est la douleur produite par la dilacération du petit bouton d’acné siégeant sur la région sternale. Le lieu où s’engendre cette douleur primordiale, lieu d’une si faible étendue pour le cas particulier, sera dénommé par nous point irrité on algogène (x)yos ctyswxx, j’engendre; : ici, le bouton acnéique constitue le point irrité. Et, comme conséquence, nous appellerons/?om^ sympathique la minime portion de notre corps où nous reportons la répercussion douloureuse qui termine le phénomène synalgique, — c’est-à-dire le milieu delà région lombaire gauche dans l’exemple choisi.

Ces deux expressions, — point irrité et point sympathique, — devant se rencontrer fréquemment sous ma plume, il était nécessaire de déterminer sans retard leur signification. D’ailleurs, c'est par l’examen de l’un et l’autre de ces points qu’il convient de commencer l’étude des synalgies ou synesthésies douloureuses.

Mais, pour en linir avec les termes abréviatifs dont nous devons faire usagedans le courant de ce travail, disons que, par sujet synalgésique , nous voulons désigner tout individu qui est susceptible de ressentir des associations de douleurs.

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