‹ Les Syndicats Ecclésiastiques: Etude sur leur Légalité et leurs CausesChapitre 7 sur 34 · DES 1 EN · texte numérisé non relu

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doute il y a des intransigeants qui rêvent d'entretenir l'état de guerre par l’utilisation des « antagonismes de classe sans cesse croissants », qui préparent les esprits afin de rendre à tout instant possible la Révolution (1), mais il y a aussi les autres qui's'efforcent d'améliorer le régime. Réformistes et révolutionnaires n'ont pu faire ménage ensemble bien longtemps : la scission s'est faite, la C. G. T. s'est dédoublée (2) ; une fraction partant pour la conquête espérée de la dictature ; l’autre voyant la révolution, non comme « l’acte catastrophique qui détermine l’écroulement d’un système », mais comme « le long processus d'évolution qui peu à peu pénètre ce système, l’action qui a sapé un régime et qui, dans le sein même de ce régime, a constitué l'organisme nouveau qui lui succèdera » (3). C’est encore une conception plus politique que professionnelle mais cette évolution comporte une amélioration du sort de l’ouvrier, elle rejette les violences, le sabotage, l'action directe ; elle s'occupe des intérêts professionnels de sa classe, elle collabore même, par les contrats collectifs de travail, avec le patronat. De plus, à côté de ces éléments où se rencontrent encore les ferments révolutionnaires et l'aspiration politique de supplanter l'Etat par l’atelier syndicaliste, une nouvelle confédération grandit dans le monde. A effectifs encore réduits (4), la Con-

(1) M. Frossard, Humanité, n° du 31 juillet1919 « Les deux méthodes ».

(2) Fin octobre 1922, la Confédération Générale du Travail unitaire déclarait au Congrès international syndical de Moscou, avoir 350.000 membres, dépassant les effectifs de la C. G. T. réformiste.

(3) Jouhaux, discours du 22 juillet 1919. Humanité du 26 juillet 1919,

(4) 125.000 membres le 22 décembre 1922,

fédération française des Travailleurs chrétiens veut se limiter à la défense des intérêts professionnels, avec le souci d’opposer à l’idée de lutte, celle de collaboration. Aux lieux et places des corporations de jadis, ce sont les syndicats — surtout les syndicats modérés et particulièrement les syndicats chrétiens — qui s’occupent de l'assistance sous toutes ses formes, de l'orientation professionnelle, du contrat de travail, de la règlementation des heures de travail, de l’enseignement professionnel.

Autrefois, la corporation ne se contentait pas de grouper les meinbres de la profession pour un devoir d'aide, d'assistance mutuelle. Elle édictait encore les règlements professionnels. De nos jours, cette règlementation est faite surtout par la loi, mais les syndicals sont appelés à aider le législateur, à collaborer avec lui dans l'élaboration des lois sociales, dans Jinspeclion du travail (1).

Mais si le syndicat ouvrier se préoccupe d'intérêts professionnels, il semble encore qu'il ne se préoccupe

(1, V. 2 circulaires du ministre du Commerce du 19 janvier 1900, l’une invitant les syndicats à collaborer pour l'application des lois sur la protection des travaiileurs, l’autre ayant pour but d'établir des relations suivies entre syndicats et inspecteurs du travail qui sont tenus de procéder immédiatement à une enquête, quand ils sont saisis de réclamations syndicales, et d’en communiquer, dans les 15 jours, les résultats aux syndicats réclamants — circulaire du ministre du travail du 22 novembre 1906, faisant appel aux syndicats pour contrôler l'application de la loi sur le repos hebdomadaire.

Les syndicats sont électeurs au Conseil supérieur du travail (art. 11 s. du décret du 14 mars 1903), ils sont représentés dans la Commission spéciale prévue par laloi du 9 avril 1898 (mod. par la loi du 31 mars 1905) art. 4 82, ils élisent en un mot des délégués à tous les conseils et commissions où les intérêts professionnels doivent être ‘représentés (loi 1884-1920, art. 5$ 15).

De VAT

guère que de l'intérêt égoïste de ses membres, et ne se soucie point de l'intérêt général de la profession. Cependant il reconnait certaine communauté d'intérêt : lors des grèves du textile Roubaix-Tourcoing, lorsque les patrons demandaient la réduction des salaires pour sauver l'industrie, patrimoine commun, les ouvriers reconnaissant la nécessité de sauver la profession, ne refusaient les diminutions qu’en attribuant la mévente à l'insuffisance de l'outillage dont ils rendaient responsable le patronat.

Faut-il cependant rejeter sur les syndicats ouvriers la complète responsabilité de ce manque d’entente dans les questions générales de la profession ? Il est certain que jusqu'à présent, seuls les syndicats patronaux ont représenté ces intérêts généraux. Mais l’intérêt des uns et des autres, la poussée sociale et les nécessités économiques amèneront — nous sommes déjà en marche vers ce but — une plus complète union des divers éléments professionnels. La Semaine du Livre a donné en 1921 un exemple intéressant. Le comité d'organisation qui convoqua le Congrès comprenait des délégués de la Société des Gens de Lettres, du Cercle de la Librairie, du comité du Livre, de la Confédération des Travailleurs intellectuels, de la Confération de l’Intelligence et de la Production française. Toutes les professions qui concourent à la production du Livre : écrivains, imprimeurs, éditeurs, libraires, se trouvaient réunies. Les ouvriers, par la Fédération ouvrière du Livre, -avaient, à côté des organismes patronaux, leur représentation. C'était donc la corporation toute entière s’assemblant,

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