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discutant des intérêts généraux, en particulier de l'apprentissage dont l'abandon constitue un péril pour les inäustries, un grave souci pour les organisations.
Mais s’il ya peu d'exemples aussi probants, nous trouvons toute une série d'indices dans les rapprochements opérés entre syndicats ouvriers et patronaux. Nous ne mentionnerons que deux aperçus. D'abord le contrat collectif de travail de la loi du 25 mars 1919 qui tend à constituer au sein de la profession, une véritable règlementation. Ce contrat doit être exécuté loyalement, la mobilité des circonstances économiques peut amener la nécessité d’apporter au tarif conventionnel des réajustements : de tout cela une commission mixte, mi-patronale, mi-ouvrière, est chargée. Sans doute, le contrat de travail ne lie pas la profession toute entière, mais en fait le syndicat ouvrier représente l'élément ouvrier ; et d'autre part, quand bien le contractant ne serait pas un syndicat d'employeurs, lequel englobe — plus que les syndicats ouvriers ne le font — la presque totalité de la profession, le tarif accepté à tendance à s'imposer à tous les employeurs. La généralisation du contrat de travail finira par constituer une règlementation spéciale au sein de la profession.
L'actionnariat syndical est un argument nouveau. C’est en 1919 que le syndicat professionnel des chemipots du réseau d'Orléans créait une Caisse de l’actionnariat, pour acheter des actions de la compagnie du Paris-Orléans et pouvoir se faire représenter aux assemblées générales d'actionnaires. En mai 1923 le syndicat avait cent onze actions et espérait acheter
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chaque année quarante nouvelles actions, chiffre qui donne droit à une voix à l'assemblée générale des Actionnaires. L'exemple fut suivi par d'autres compagnies. Ainsi à la date du 31 décembre 1923, le Syndicat professionnel du réseau du Nord avait les 42 actions qui donnent le droit d'assister à l'Assemblée des Actionnaires. Une des circulaires du réseau du Nord disait : « À ces assemblées, les représentants du Syndicat professionnel, parlant à la fois comme possesseurs d’actions et comme travailleurs, pourront démontrer aux actionnaires que la bonne marche et le rendement rémunérateur de l'exploitation du réseau dépendent de l'union aussi parfaite que possible des dirigeants et des agents d'exécution. »
Ceci ne constitue qu’un indice mais il sert à illustrer ce que la Revue internationale du Travail (1) pouvait constater : en 1922, les syndicats ont compris la nécessité de s'intéresser davantage aux questions économiques, d’avoir des chefs éclairés et des secrétaires compétents ; ils se sont révélés plus conciliants dans les conflits et ont montré une tendance à négocier plutôt qu'à recourir à la grève ; dans plusieurs pays, ils se sont intéressés davantage aux problèmes qui ne se rapportent pas directement aux relations entre patrons et ouvriers. C'est donc le syndicat travaillant pour le bien de la profession, des membres qui le constituent.
En résumé, sans que puisse s'affirmer un optimisme qui risquerait d’être naïf, il semble que le syndicat ouvrier ne doit pas être considéré simplement
(1) Organe du Bureau international du Travail. Nes 2-3, Genève 1923,
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comme un instrument de lutte des classes. Il faut s’en faire une idée plus grande, plus généreuse, plus sociale ; il faut le voir répondant effectivement à sa mission organisatrice de la profession.
Sous des formes diverses, d’autres syndicats réalisent cette conception strictement professionnelle. D'abord les syndicats patronaux (1), qui groupent en fait la presque totalité des patrons, nous paraissent des organismes de défense corporative. Sans doute on pourra leur reprocher de constituer, eux aussi, une arme de classe pour la résistance aux revendications, même légitimes, de leurs ouvriers, ce qui ne constitue pas tant la défense de la profession que le maintien d'un privilège de fait. Le groupement facilite aux patrons la lutte contre les ouvriers, les soutenant par leurs moyens financiers plus puissants que ne sauraient être ceux des patrons isolés. Le groupement syndical des patrons trouvera en face de lui le syndi cat ouvrier : s’il y a lutte, la lutte sera désastreuse pour tous. Il y aura plus souvent accord, et l’extension donnée à ces accords, le nombre des patrons et ouvriers au nom de quion aura parlé, sera un élément de paix. Puissant, le syndicat patronal pourra d’ailleurs travailler mieux que les individualités ne pourraient réaliser, aux œuvres sociales, comme habitations à bon marché, caisses de compensation des allocations familiales, etc.
De 1884 à 1914, les syndicats patronaux étaient passés de 101 à 4.967, et de 93.411 syndiqués en 1890
(1) La Confédération Générale de la Production française (C. G. P. K.) créée en J919 à la demande de M. Clémentel alors ministre du Commerce, comprend 1400 syndicats répartis en 22 groupements.
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à 403.143 en 1914; sans grande vitalité cependant, mais la guerre et les difficultés économiques de l'après-guerre leur ont donné un essor nouveau. La nécessité a été un agent de vie intense. Groupés dans la profession à travers le pays et entre diverses professions dans un pays donné, ils répondent soit aux besoins de la profession, soit aux besoins généraux du commerce et de l’industrie dans telle région.
Entre les patrons et les ouvriers, il y a toute une catégorie d'intérêts qui participent des uns et des autres. Les techniciens tiennent du patronat en ce sens qu'ils sont ses délégués pour la conduite des affaires, qu'ils détiennent une partie de son pouvoir de direction ; à moins que leur contrat ne stipule un pourecentage dans les bénéfices, ils participent au salariat car un forfait rémunère leurs services. Par leur instruction, par leur rôle de chef, par la prépondérance qu'ils donnent à l'intelligence, par leurs affinités d’éducation, par leurs relations avec le patronat, ils s'écartent des ouvriers ; la foule d’ailleurs Jes rejette et les englobe généralement avec les patrons. Ainsi distincts, leurs intérêts peuvent être lésés et ont besoin d'être défendus. Souvent la sécurité matérielle leur fait défaut, l’avenir ne leur est point garanti, les traitements sont insuffisants. De plus, leur rôle est essentiel dans la production : dans l'intérieur de l’exploitation, leur voix est écoutée en règle générale, mais lorsqu'ils s’agit d'intérêts plus généraux de la profession, rien ne fait entendre leurs conclusions. Sans doute, les Amicales d’Anciens élèves des écoles techniques ont un certain but de secours, d'entr'aide, sans doute les questions économiques font l’objet
d’études dans les organisations comme la société des - ingénieurs civils ; mais, malgré les résultats obtenus, cela ne possède qu'une vie embryonnaire, en regard de l’activité des groupements patronaux et ouvriers. Le syndicat était là avec toute sa puissance organisatrice de la profession ; des objections nombreuses s’élevaient cependant pour les techniciens : pour les études techniques, les questions générales de la profession, le syndicat peut donner satisfaction, mais pourra-t-il défendre les intérêts matériels de ses membres ? Au sein de la même branche, quels sont les intérêts communs de l'ingénieur, directeur d’une Compagnie, financièrement intéressé d’une manière plus ou moins directe, prêt à prendre place dans le patronat, soucieux d'éviter tout conflit, toute discussion trop vive avec lui, et l'ingénieur, chef d'atelier ou de service, salarié à peine plus payé et considéré que l’ouvrier (1). De plus, le syndicat ne nivellera-t-il pas par la base: l’Intelligence est individuelle et entre deux techniciens, l’un demneura toute sa vie un subalterne, en l’aütre il v a l’'envergure d’un chef d’industrie, le syndicat fera accorder au premier des avantages, ne coupera-t-il pas les ailes du second ? Et les intelligences conscientes de leur valeur n’abandonneront-elles pas le syndicat aux techniciens moins doués — ou moins ambitieux — pour chercher leur voie en toute liberté de l’individualisme.
(1) C'est à cette objection que répond un groupement tel que l'Association de la classe moyenne des cheminots, tar il peut y avoir plus d'affinités d'intérêts entre certains techniciens et les agents commerciaux, compta bles, qu'entre ces techniciens et leurs chefs techniques.
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Malgré ces objections, pris entre lesuns etles autres, les techniciens se sont syndiqués par spécialité. Leurs syndicats se sont fédérés. Quel rôle ont-ils rempli ? Il faut peut-être rappeler ici la première manifestation d’un tel syndicalisme : l'Union syndicale des techniciens de l'Industrie, du Commerce et de Poénouliurss (DeSE TR IC: Arjraffitiée à la CG: T: et collaborant au sein de son Conseil économique du Travail, à l'élaboration en 1920 d’un projet de naturalisation des chemins de fer. Mais si nous étudions dans son cadre plus strictement professionnel, l’action exercée par les nombreux syndicats (1) qui, ces dernières années, ont groupé les techniciens et qui souvent comprennent des patrons et des salariés : syndicats d’ingénieurs-électriciens, d’ingénieurs-chimistes, mécaniciens ou des mines, nous les voyons s'occuper de la règlementation du titre d'ingénieur, du salaire minimum des débutants, de la protection des inventeurs dont les découvertes ont été faites au cours de leur service dans une société, de l’admission des ingénieurs étrangers. La mobilisation en 1914 avait négligé l’utilisation des compétences, attachant des techniciens, des savants, à des occupations quelconques et privaut le pays d’un labeur intelligent : les
(1) Citons ici « l'Union sociale d'Ingénieurs Catholiques » (U. S. 1. C.), syndicat qui groupe (avril 1925) 3.600 ingénieurs et 600 membres stagiaires, élèves des grandes écoles, quelle que soit leur spécialité, qu'ils soient patrons ou salariés. Outre un service de situations pour ses adhérents, et sans négliger leurs intérêts professionnels, l'Union s'occupe surtout d'étudier les grandes questions sociales que ses membres au cours deleur carrière sont appelés à connaître et pour une certaine part, à résoudre. Son importance lui vient en particulier de ses bases doctrinales et aussi des personnalités industrielles qu’elle groupe.
syndicats se sont préoccupés de cette question en élaborant un projet de conseil supérieur de la mobilisation technique. Tous les problèmes sociaux à l'étude: participation aux bénéfices et même à la gestion, retraites, assurances sociales, sursalaire familial, ont attiré leur attention ; ils prétendent de plus intervenir dans la réforme de l’enseignement ou dans les questions intéressant l’économie nationale. Pour coordonner les énergies syndicales, le groupement s’est fait sur des bases de plus en plus larges, allant de l'union, par exemple de l'union des syndicats professionnels des ingénieurs français, — à la fédération comme la fédération des techniciens de l'industrie française — enfin, parfois à la Confédération mais alors ils ne se souviennent surtout qu'entre le capital et Le travail, ils représentent l’Intelligence : aussi cette fédération s’est affiliée à la Confédération des iravailleurs intellectuels que nous retrouverons plus loin
Plus semblables aux techniciens qu'aux ouvriers, seraient les fonctionnaires. Le droit syndieal leur a été refusé par le Sénat lors de la discussion au Parlement, de la loi du 42 mars 1920, refus qui a amené l’article transactionnel, art. 9, K 2 : « Une loi spéciale fixera le statut des fonctionnaires ». Cependant, dans sa déclaration ministérielle du 17 juin 1924, le président du Conseil M. Herriot déclarait : « le Gouvernement ne leur (aux fonctionnaires) interdit pas l'organisation professionnelle. Il leur accorde donc le droit syndical ». En fait, diverses circulaires ministérielles ont enjoint aux chefs de service, d'entrer en relation avec les syndicats de fonctionnaires. Sans ouvrir ici une discussion, sur la légalité d’un tel pro-