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Même début brutal par des frissons, de la céphalalgie, de la rachialgie à prédominance lombaire, de la courbature, des vomissements et une ascension thermique rapide qui atteint d'emblée 39°, 40° et même 410.
Le maladeest abaïtu, prostré. Chaque mouvement est douloureux. Il se plaint de douleurs dans les articulations, dans les muscles, surtout dans les mollets; ces myalgies profondes, plus constantes que dans la fièvre jaune, sont un symptôme important pour le diagnostic.
Des réactions méningées sont fréquentes. Les urines sont rares, brun foncé et contiennent de l’albumine. Ce tableau se complète par un cycle évolutif semblable
au précédent. Après une durée de trois à cinq jours de tous ces symptômes, on assiste à une phase de rémission. La température tombe, les algies disparaissent, les vomissements cessent.
En même temps, l’ictère fait son apparition; d’abord localisé aux conjonctives, il se généralise rapidement à la peau et aux muqueuses et devient très foncé.
Comme il survient sur un état antérieur congestif, il revêt une teinte éclatante, orange « grenade mûre » qui peut prêter à confusion avec le masque amaril. Cette période apyrétique se prolonge durant quatre à cinq jours en moyenne. |
Puis, la température s'élève à nouveau à 389, 39, restant plus. basse qu'au cours de la phase antérieure. L'ictère persiste quelques jours, allant ensuite en s'atténuant. Les selles, peu abondantes, sont parfois décolorées. Le foie est légèrement augmenté de volume et douloureux, surtout au niveau de la vésicule biliaire. Des hémorragies peuvent apparaître consistant en ‘épitaxis, hématémèses, mélenas, métrorragies. Les hématuries et les hémoptysies sont exceptionnelles.
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Cette troisième phase dure un temps variable, allant de deux à sept jours.
Enfin, la température redevient normale, en même temps que se déclanche une forte débâcle urinaire, plusieurs litres en vingt-quatre heures, signe excellent de la guérison car elle prouve que le rein s’est «débouché. Ôtant ainsi toutes les craintes de mort par azotémie, qui est la complication funeste habituelle lorsque l'évolution est fatale.
La durée totale de l'affection a été de quinze à vingt jours environ. Ensuite, le malade entre en convalescence. :
Il peut se faire, parfois, au cours de cette dernière, une nouvelle ascension thermique, qui persisie quelques jours, mais est bientôt suivie d’une rémission définitive.
Nous voyons, par conséquent, que la spirochétose ictéro-hémorragique rappelle par son évolution en trois phases, dont la période de rémission, le cycle de la fièvre jaune. De plus, ses manifestations externes peuvent encore augmenter la confusion et expliquent la difficulté d’une différenciation précoce ou même tardive pour peu que la forme présentée par le malade soit anormale.
C'est devant cette incertitude où nous laisse l'examen uniquement clinique, que l’on apprécie l'utilité de l’aide du laboratoire.
Dès Île début de l’affection on peut avoir la chance de trouver dans le sang le spirochète pathogène, soit avec l’ultramicroscope qui le montre directement, soit après coloration d’un étalement de sang sur lame, ou bien, d'une façon indirecte en centrifugeant et en inoculant
le culot à un cobaye. Mais, comme la présence de ce
germe est rare dans le sang périphérique, il ne faut pa s'étonner si le résultat est négatif.
Dans le cours de la seconde semaine, l'urine du malade, soumise aux mêmes examens, donne alors presque toujours une réponse ‘positive qui confirme de la sorte le diagnostic de maladie de Weil.
Enfin, après le dixième jour environ et pendant la convalescence, le séro-diagnostic permet de contrôler, d’une façon certaine, les affirmations précédentes.
Ce dernier procédé est le seul qui ait donné des résultats satisfaisants au professeur Ricardo Jorge lors de l'épidémie de Lisbonne. Les cobayes inoculés n'eurent rien, pour la plupart, et ceux qui furent infectés ne moururent que très longtemps après l'intervention.
La seule réaction fidèle fut pratiquée à partir du sérum des malades qui agglutina des émulsions de souches de spirochète d’Inada et Ido au taux de 1
Ainsi la preuve était faite: après l'orientation, dirigée (par la clinique, la bactériologie s’associait à elle pour compléter une étude des plus ardues.
SPIROCHETOSE ICTERIGENE EPIDEMIQUE
(DIAGNOSTIC
Observée à Dakar par Leger, à Bouaké par Stévenel ‘ et étudiée,en 1923, par Blanchard, Lefrou, et Laigret à l'Institut Pasteur de Brazzaville, cette affection vient s'ajouter à la difficulté qui existe déjà pour différencier la fièvre jaune de la spirochétose ictéro-hémorragique.
Cela est dû à ce que sa symptomatologie est constituée par des signes empruntés à chacune de ces deux maladies et qu’elle peut, par suite, les simuler l’une et l’autre.
La période d’invasion. grave d'emblée, débute par le « coup (de barre », avec une ascension de la température qui s'élève brusquement à 40e.
Le malade. agité, présente du délire et des réactions neuro-méningées, comme dans la fièvre ictéro-hémorragique; parfois, il offre un aspect prostré semblable à celui d’un typhique. |
Au cours de cette première phase, des hémorragies importantes se déclarent, constituées par des épistaxis plus ou moins abondantes et surtout par des vomissements noirs, suivis bientôt de méléna.
Ces derniers signes, apparaissent dans une région où la fièvre jaune est susceptible d’éclater, peuvent faire poser ce diagnostic et même prévoir un pronostic sombre étant donné le « vomito negro ». Pour ren-
forcer la confusion, l'examen des urines nous montre qu’elles sont rares et souvent même, albumineuses.
Puis, la période de rémission apparaît, très courte, insaisissable dans les cas mortels et ainsi l’erreur est complète : le sujet a été emporté par une attaque de typhus amaril foudrovante, pense-t-on.
Si la rémission se prolonge durant vingt-quatre à trente-six heures, on peut espérer une évolution favorable; c’est surtout dans ces formes que les phénomènes hépatiques sont accentués, que l’ictère est intense et progressif (Blanchard). On voit que l’apparition de l’ictère, pendant ou immédiatement après la période de rémission est, en général, en faveur d’un bon pronostic.
Le tableau est. au complet et, sans l'examen microscopique du sang et des urines, la confusion persisterait.
Cette analyse nous révèle la présence des spirochètes, permettant, dès lors, de préciser le diagnostic.
Ces microbes inoculés au cobaye, entraînent, après une incubation de vingt-quatre jours à un mois, des manifestations pathologiques semblables à celles de la spirochétose ictéro-hémorragique.
Cette affection a donc une apparence clinique simulant le typhus amaril et des signes bactériologiques pa-” reils à ceux de la maladie de Weil, mais elle s'éloigne de ces affections par son mode spécial de transmission.
La propagation n’a jamais pu être réalisée par l'infermédiaire du stégomyia, ce qui l’oppose à la fièvre jaune. Elle diffère aussi de l’autre maladie par son moyen de contamination inter-humaine, son agent vecteur étant, en effet, particulier : c’est la punaise ordinaire (cimex lectularius).
La connaissance de ce propagateur cosmopolite doit nous inciter à penser à la spirochétose ictérigène épidémique ailleurs que dans l'Afrique, où elle a été uniquement signalée jusqu'ici; car il est fort possible que cet insecte, qui vit dans tous les pays, propage cette affection bien au-delà.
Nous avons écarté volontairement, dans cette étude, la forme pneumonique, dont l'aspect ne peut prêter à confusion dans ce cadre et pour laquelle un examen des crachats permet de préciser l’origine spirochétosique de cette localisation pulmonaire.
En résumé, nous sommes en présence d’une maladie nouvellement isolée qui vient ainsi enrichir le groupe des syndrômes ictéro-hémorragiques. Nous voyons que ces acquisitions suivent les progrès de la pathologie tropicale et que petit à petit, les affections exotiques seront sorties de l'inconnu où beaucoup d’entre elles se trouvent encore actuellement. |