‹ Les syndrômes ictéro-hémorragiques en pathologie tropicaleChapitre 21 sur 26 · PALUDISME A FORME BILIEUSE · texte numérisé non relu

PALUDISME A FORME BILIEUSE

(DIAGNOSTIC

Les diverses hésitations par lesquelles sont passés les médecins au cours des épidémies récentes observées par Ricardo Jorge, prouvent la grande difficulté qui existe lorsqu'on veut poser un diagnostic exact. Or, le paludisme, quand il se manifeste avec un accompagnement de signes bilieux, offre en de nombreux points une symptomatologie qui simule la fièvre jaune.

L’affirmation de la malaria nécessite alors une preuve microbiologique fournie far l'analyse du sang du malade. Celle-ci montre, après une coloration rapide de l’étalement, la présence d'hématozoaires dont on pourra étudier les caractères distinctifs.

Le simple examen, à l’état frais, d’une goutte de sang, permet à lui seul, avec un peu d'habitude, d’être affirmatif. Il décèle les hématies dont certaines ont subi une déformation de leur contour qui est devenu irrégulier et à l’intérieur desquelles des vacuoles sont parfois perceptibles. Les leucocytes montrent certains polynucléaires et même de grands mononucléaires qui renferment des grains pigmentés, mélaniques, ce sont les leucocytes mélanifères dont le rôle est de débarrasser le sang circulant des déchets parasitaires. Enfin, suivant

la période à laquelle le sang est examiné, on décèle les différents aspects connus.

Dans l’intérieur du globule rouge, on perçoit de petites taches de protoplasma pâle, à contour souvent imprécis, mal défini, contenant des grains de pigment noir : ce sont les corps sphériques ou amiboïides, reconnaissables aux mouvements qu'ils présentent, les corps en rosace, les gamètes, el, si l'examen dure vingt à trente minutes, les corps flagellés apparaissent aux dépens de quelques-uns de ces derniers (Dopter).

Si nous insistons sur cet examen, indispensable d’ailleurs pour affirmer le paludisme, c'est qu'une telle analyse est passée dans la pratique courante de la médecine tropicale et peut être presque considérée comme faisant partie de l'étude clinique des maladies.

Si l’on veut se limiter uniquement à l’observation des symptômes, on peut alors faire une confusion avec la fièvre jaune, surtout si ces affections existent ensemble dans le pays.

L'erreur n’est guère possible avec la première invasion paludéenne, mais celle qui entraîne les hésitations est la forme bilieuse du paludisme, qui se déclare, en général, chez des sujets déjà touchés par lui.

Grall, qui a parfaitement étudié les diverses formes du paludisme dans nos colonies, donne, au sujet de ce qu’il appelle la rémittente gastro-bilieuse, une description, dont le début tout au moins, ressemble fort à celui du typhus amaril.

« Début brusque, au milieu d’une santé parfaite, par de la céphalalgie orbitraire ou temporale s'irradiant dans tout le crâne. Visage vultueux : facies fortement coloré, comme dans l’insolation, injection de la figure

AN Ve

allant parfois jusqu'au rouge violel, le corps, quelquefois presque entier, participe à cette coloration. Yeux brillants, conjonctives rouge vif, rachialgie et douleurs lombaires très intenses. Douleurs à l’épigastre, exaspérées par la pression, crampes dans les mollets. démarche litubante. L’haleine est fétide, la langue, sale. est recouverte dun enduit épais, blanc jaunâtre. Nausées et vomissements muqueux, puis bilieux. Peau toujours chaude, souvent brûlante.

Vers le quatrième ou cinquième jour du traitement, rémission des symptômes. Mais, le lendemain ou le surlendemain, l’asthénie reprend avec la fièvre el continue pour se prolonger pendant un second septennaire. Pendant l’évolution de la maladie, le sujet présente une diarrhée séro-bilieuse, parfois cependant celle-ci fait place à de la constipation. »

À ce tableau, peuvent s'ajouter des vomissements foncés qui entretiennent la confusion avec le vomito negro.

En 1926, J.-M. Laurent, analysant les cas de fièvre jaune déclarés dans le Golfe du Bénin depuis une vingtaine d'années, incline à croire, dans la conclusion de son travail, que d’après l'étude attentive de ces observations, il ne s’agit que d'accès pernicieux du paludisme à forme grave.

Dans la même année, Morisseau, à propos des cas de fièvre jaune survenus en 1926, sur la Côte occidentale d'Afrique, soulève la même discussion et termine également en faveur de la malaria avec complicalions hépatiques.

L'opinion de ces auteurs, basée seulement sur l’analyse des symptômes, nous prouve qu'il est très difficile

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