‹ Les syndrômes ictéro-hémorragiques en pathologie tropicaleChapitre 23 sur 26 · DE · texte numérisé non relu

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attirée de ce côté. Si c'est un sujet habitant ces régions depuis des années et ayant déjà présenté des signes de paludisme, il y a de fortes présomptions pour que lon ait un cas de fièvre hémoglobinurique.

Ce mode de discrimination est malheureusement fragile et entraîne parfois des ‘erreurs funestes. C’est que les sujets le plus souvent atteints sont des paludéens anciens. Or, ceux-ci ayant eu l’occasion d'observer autour d'eux cette affection et sachant qu'elle est considérée actuellement comme étant une complication de la malaria, absorbent, de leur propre chef, de la quinine. Puis, lorsqu'aucune amélioration ne se produit, ils ont enfin recours aux soins médicaux dans l'espoir qu'ils activeront la guérison. Le médecin constate alors, dans certains cas. une manifestation typique de la fièvre jaune, en pleine évolution, et ainsi peut voir l’origine d'une épidémie que l’on aurait pu étouffer.

Cet exemple, que l’on retrouve dans les observations de nombreux auteurs, montre tout l'intérêt que présente l'étude minutieuse de cette maladie afin d'éviter, à notre tour, cette erreur.

Le début est marqué par un frissonnement: intense au sujel dont [a température s'élève rapidement à 39, 100. En même temps, il accuse de la céphalalgie et de la rachialgie. Des nausées apparaissent, suivies bientôt de vomissements, d’abord alimentaires, puis bilieux et enfin porracés. Ces derniers ressemblent, de l'avis de Gouzien, à des herbes hachées menu et cuites (vomissemenis épinards) qui sont, pour lui, pathognomoniques. La constipation est fréquente.

Devant ces différents signes, on pourrait penser à un début de fièvre jaune, mais d'autres indices vont nous

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écarter de ce diagnostic, et leur ensemble va même nous guider vers le bon chemin. |

Pensant, tout d’abord, être en face d'un jauneux, on veut, naturellemerit, examiner les urines. On note qu’elles présentent une teinte anormale, rouge groseille, cette coloration fait tout de suite penser au sang Un examen rapide, pratiqué au lit même du malade, va nous renseigner sur le champ. Il suffit, suivant le procédé indiqué par Corre, de tremper une feuille de papier buvard dans les urines. On voit, après l’imbibition du buvard, une partie rose groseille entourée d’une région : incolore; entre les deux zônes, apparaît un liseré ondulé, de couleur beaucoup plus foncée que le reste de la surface ondulée. Cet aspect, facilement décelable, est dû à la matière oane du sang. On peut d’ailleurs contrôler ce résultat à l’aide d’un Se GSCOpE qui montrera le spectre de l’hémoglobine.

Enfin, quelques heures après le début de l'affection, les conjonctives deviennent subictériques, puis très rapidement, tout le corps du malade se teinte en jaune.

Ce faisceau de signes : fièvre, vomissements bilieux, ictère et hémoglobinurie constitue dès lors un syndrôme permettant de dire qu’on est en présence d’une fièvre es hémoglobinurique.

L'évolution de la maladie va confirmer ce diagnostic. Les urines, qui contiennent d'énormes quantités d’albumine au début, verront celles-ci diminuer à mesure que la teinte s’éclaircira. Cette coloration suit la température; quand la poussée thermique atteint son maximum, le ton est noir, d’où les comparaisons classiques avec le malaga, puis, à mesure que la couleur s’éclaircit,

on passe par les nuances, porto, madère, bière forte,

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cidre doux, et la teinte arrive progressivement à la normale, en même temps que l’albumine disparaît.

Le foie et la rate, qui avaient augmenté de volume et étaient devenus douloureux à la pression lors de la période d'état, reprennent leur dimension avec la guérison.

Après une durée moyenne de deux à trois jours, tout rentre dans l’ordre : l’hémoglobinurie et l’albuminurie ont cessé, la température est redescendue à la normale, les vomissements se sont apaisés et l’ictère commence à s’effacer; le malade entre en convalescence.

Telle est la fin ordinaire d’une fièvre bilieuse hémoglobinurique qui ne laisse, en général, aucune Le après une première atteinte.

La terminaison peut cependant être fatale chez des sujets ayant eu antérieurement des lésions rénales qui s'aggravent alors et entraînent la mort par azotémie. Plus rarement encore, elle survient par syncope ou par du collapsus chez des malades déprimés.

Nous voyons, en résumé, qu'un examen clinique attentif des symptômes précédents permet de poser ün diagnostic rassurant, pour le malade et pour son entourage, et qu'en suivant ainsi, pas à pas, l’évolution, le médecin est à même de juger une erreur possible et de. prendre des précautions en temps utile.

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