SIXIÈME SYNODE NATIONAL
Sixième Synode national
tenu dans les Hautes-Cévennes, du 4 au 10 mai 1756.
Au nom de Dieu. Amen.
Aâes du fynode national des églifes réformées de France, ajfemblées fous la proteâion divine au Défert, dans les Hautes-Cévennes, depuis le mardi quatrième 7nai mil fept cent cinquante-fx jufqu'à ce jourd'hui, dixibrie du même mois, auquel ont affifîé en qualité de députés :
Pour la province des Hautes-Cévennes : MeJJîeurs Jean Roux & Jacques Gabriac, pafteurs, avec deux anciens.
Pour la province de Saintonge, pays d'Aunis, Angoumois, Bas- Périgord & Bas-Agenais : M. Jean-Louis Gibert, pafleur, & M. Louis Figuières, prop[ofant], avec deux anciens.
Pour la province du Haut & Bas-Vivarais, Velaf & Fore^: Mefjîeurs Pierre Peirot & Alexandre Vernet, pafteurs, avec deux anciens.
Pour la province du Bas-Languedoc : MeJJîeurs Paul Rabaut & Jean Pradel, pafîeurs, avec deux anciens.
Pour la province du Haut -Languedoc, Haute-Guyenne^ Haut- Agenais, Bordelais & Comté de Foix: MeJJîeurs Jean Sicard & François Viala, pafteurs, avec deux anciens.
Pour la province de Provence: M. Jean Bétrine, pajîeiir, avec un ancien.
Pour la p?^ovincedu Dauphiné & Principauté Orange : MeJJîeurs Pierre Ro^an & Alexandre Ranc, avec deux anciens.
Pour la province des Baffes-Cévennes : Mejfieurs Jean Gai & Paul DalguCy pajîeurs, avec deux anciens.
Pour la province de Normandie : MelJleurs Jean Godefroy & Louis Cajnpredon, pajîeurs.
Lef quels députés ayant pré/enté leurs lettres d'envoi, elles ont été lues & approuvées. M. Figuier es, propofant, a été admis en qualité de député, fans conjéquence pour V avenir,
PRÈS l'invocation du St-Nom de Dieu, on a élu à la pluralité des fuffrages pour modérateur M. Pierre Peirot, paft[eur]; pour modérateur - adjoint M. Paul Rabaut, paft[eur]; pour fecrétaire M. Jean Pradel, paft[eur]; pour fecrétaire-adjoint M. Jean Roux, pafteur.
L'affemblée, jugeant nécelfaire de régler le rang que les provinces doivent tenir dans les fynodes nationaux, a arrêté qu'on fuivra tour à tour l'ordre félon lequel elles font placées ci-delTus, & que celle qui aura été la première fera la dernière à chaque nouveau fynode national.
La fidélité & l'obéifTance au Souverain ayant toujours été un point capital de la do6lrine des réformés, tous les membres du fynode ont protefté, tant en leur nom qu'en ceux de leurs provinces, qu'ils perfévèrent dans cette créance, & qu'ils feront toujours prêts à tout facrifier pour le fervice de Sa Majefté.
Chaque province préfentera au Roi une très-humble requête dans laquelle on fera un tableau raccourci de nos mifèies, & Ton fuppliera Sa Majeflé d'en avoir compaflion & d'y remédier félon que fa fageffe & fa bonté le jugeront convenable.
L'union des églifes a été renouvelée & confirmée, fous la trèshumble obéiffance du Roi, par tous les députés, tant en leur nom
SYNODE NATIONAL
qu'en ceux de leurs provinces, union qui confifte dans la conformité de la foi, du culte, de la difcipline, & dans une exade correfpondance entre les provinces, foit en temps de perfëcution, foit en temps de calme, comme auiïi dans la contribution aux dépenfes qu'on eft obligé de faire pour le bien de la caufe commune.
L'affemblée n'a pas jugé à propos de continuer le jeûne annuel prefcrit par l'article fécond du fynode national de mil fept cent quarante-huit; mais, effrayée à la vue de l'extrême corruption qui règne dans le monde, des terribles fléaux qui fe promènent fur la face de la terre, & des maux qui nous affligent depuis fi longtemps, elle ordonne que, pour apaifer la colère de Dieu & attirer fa faveur, il foit célébré dans toutes nos églifes un jour de jeûne & d'humiliation extraordinaire, qu'on a fixé au dixième odobre prochain.
Les provinces, où les affemblées fe tiennent de nuit, font exhortées à fe conformer à celles où elles fe font le jour, autant que la prudence le permettra.
Reconnaiffant que les cantiques font très-propres à entretenir la dévotion, furtout dans les temps des folennités, on a délibéré de prier un ami de faire un choix de ceux qui conviendront le mieux à l'état des églifes de ce royaume.
Sur la queftion, propofée par les députés de la province du Bas- Languedoc, fil convenait de lire ou de ne pas lire les pfaumes avant de les chanter dans les affemblées religieufes, l'affemblée eft d'avis que, vu l'édification que retirent de cette lecture les perfonnes illettrées, l'ufage en fera continué.
Les députés de Saintonge ayant repréfenté le peu de foin qu'on remarque en diverfes provinces de fanclifier le jour du dimanche, la compagnie, touchée d'une vive douleur & voulant faire ceffer toute profanation de ce jour facré, recommande l'obfervation du règlement fait à ce fujet au fynode national tenu à Loudun en mil fix cent cinquante-neuf, qui, pour détourner le jugement de Dieu que f'attirent
les profanateurs, «exhorte tous les fidèles à employer ces faints jours à « la fin à laquelle ils font deftinés, en f 'adonnant aux exercices de piété «publics & particuliers, à la prière, à l'ouïe & lecture de la parole de « Dieu, en f'abftenant religieufement, non-feulement du travail ordi- «naire, mais principalement des compagnies & divertilTements qui «peuvent détourner les efprits du fervice divin & de la dévotion à « quoi nous fommes particulièrement obligés en ce jour-là.))
Vu les grandes difficultés qu'il y a d'envoyer au lieu dont on était convenu ^ les regiftres des baptêmes & mariages du Défert, la compagnie difpenfe les pafleurs d'exécuter l'art. 20 du fynode national de mil fept cent quarante-huit, & ordonne, fous peine de cenfure, à tous les confiftoires d'avoir des regiftres, tant que pour le paffé que pour l'avenir, auxquels on puiffe recourir en tout temps dans le befoin; enjoint en outre aux pafteurs & anciens d'y tenir la main.
Les pafteurs qui pafferont d'une province à l'autre feront obligés avant leur départ de laiffer leurs regiftres, ou d'en donner une copie pour l'ufage des églifesdans lefquelles ils auront exercé leur miniftère.
L'affemblée, convaincue que le féminaire a été jufqu'à préfent d'une grande utilité aux églifes réformées de ce royaume, & efpérant qu'il le fera de même à l'avenir, a délibéré d'écrire à Meffieurs les refpectables diredeurs dudit féminaire pour les remercier de leurs foins charitables & les prier de veiller de plus en plus fur la conduite de nos féminariftes & de leur donner toujours des profeffeurs orthodoxes 2.
Les étudiants envoyés au féminaire par une province ne pourront aller exercer leur miniftère dans une autre, fans la permiftion de celle dont ils dépendent, & feront tenus d'y revenir lorfqu'elle les appellera.