LES CAS ANALOGUES DANS LA LITTERATURE
Dans le Traité de A. FOURNIER nous retrouvons des observations identiques : « Chez un de mes malades, dit-il, jai vu toute une aile du nez devenir brunâtre, puis absolument noire, insensible à la piqûre, bref sphacélique, se détacher en bloc à la façon d’une escarre. »
Mais, depuis 40 ans, les syphilis gangréneuses sont devenues exceptionnelles; nous n’avons pu en réunir qu'un petit nombre d’observations, et des formes très différentes à notre avis sont susceptibles de devenir gangréneuses ; il nous paraît légitime de distinguer :
1° Les chancres syphilitiques gangréneux : A. Four- NIER les admettait et croyait au rôle majeur de la syphilis. Au contraire, pour la plupart des auteurs actuels (LACASSAGNE, LEBEUF, ROUSSET, GATÉ, CuiL- LERET et THÉVENON), les chancres gangréneux
seraient dus à des infections secondaires; la gangrène
PTS, dns
y serait favorisée par les conditions anatomiques : chanere du sillon balanopréputial avec œdème, phimosis et troubles circulatoires; elle commence par des troubles inflammatoires locaux, puis l’ulcération devient diphtéroïde et secondairement gangréneuse; le rôle de l'association fuso-spirillaire et des autres microbes de Ia gangrène semble indéniable; nousmême l’avons trouvé récemment chez un de nos malades atteint d’un chancre syphilitique du frein. Ce sont des formes secondaires où l’ulcération syphilitique n’a servi que de porte d’entrée, ce qui ne dimi-
nue en rien la gravité de leur pronostic.
2° La gangrène cutanée et la syphilis secondaire : SEzARY, en 1931, dans une observation détaillée, décrit chez une jeune fille en pleine roséole, un grand placard de gangrène de la fesse, où il découvre un bacille grimpant, analogue au bacille de MizziAN. Il donne de cette association l'explication suivante : la syphilis n’a servi que de porte d'entrée au bacille qui garde toute la responsabilité du processus gangréneux; cependant, il fait quelques critiques et avoue ses échecs expérimentaux; chez l’animal il n’a pu obtenir qu’une petite plaque de sphacèle, localisée, stérile, et uniquement par voie intradermique. On peut se demander si, dans cette expérience, les protéines du bouillon n’ont pas
eu autant d'action que le bacille lui-même. On peut
er
faire une autre remarque : c’est le parallélisme de la
gangrène et de la roséole dans leur évolution : après
s'être montrées rebelles à six injections de CyHg, elles
ont cédé ensemble quelques jours plus tard à l’arsenic.
3° Les gangrènes au cours de la syphilis maligne précoce primaire ou secondaire : La première est rapportée par M. PinARD, P. VERNIER et Mile ABRICOssor. Il s’agit d’une gangrène de l’avant-pieds associée au cortège habituel d’ulcérations multiples; certaines étaient fétides; mais il faudrait admettre que l’artérite, qui du reste ne porte pas sur de gros troncs vasculaires (oscillométrie normale), n’a pas l’entière responsabilité de ce processus gangréneux, et qu'il s’y
joint d’autres facteurs : la surinfection, le terrain, etc.
La deuxième est rapportée, en 1936, par M. Gopar, médecin de la marine : C’est une longue histoire de syphilis coloniale méconnue, où le processus gangréneux a ravagé le gland et les corps caverneux. L’histoire clinique comporte d’abord une longue période d’ulcérations multiples, etchymateuses, étiquetées « streptococcémie », où toutes les réactions sérologiques sont négatives, et où un traitement antiinfectieux massif et persévérant (240 injections de sérum antistreptococcique et de septicémine) échoue totalement. Puis apparaît une ulcération gangréneuse du gland, à
laquelle, en désespoir de cause, on oppose un traite-
ment par le 914 qui « positive » le BW. Enfin, une
période de séquelle, grave, définitive avec troubles psy-
chiques, où les réactions sérologiques restent irréduc-
tibles. Comment interpréter ces fluctuations de la
sérologie? S’agit-il d’une syphilis ancienne ou héréditaire réactivée par l’arsenic? Ou bien d’une syphilis maligne, ulcéreuse, à sérologie longtemps négative? Cette dernière hypothèse nous paraît la plus vraisem-
blable. \ :
4° Les gangrènes au cours de la syphilis tertiaire ou tertiarisée : C’est dans cette période où la syphilis manifeste son génie ulcéreux et son affinité vasculaire
que nous retrouvons le plus de gangrènes (1).
Deux observations méritent d’être citées :
La première, en 1921, relate un cas desgangrène de la verge chez un syphilitique tertiaire avéré; les auteurs, NICOLAS et LACASSAGNE, soulignent le caractère primitif de cette gangrène qui ne s’est accompagnée ni de phimosis ni de paraphimosis, que l’on invoque souvent pour expliquer le rôle des anaérobies, et
où malgré la fièvre et une surinfection de surface
(1) Certaines gangrènes syphilitiques sont en dehors de notre étude : telles les gangrènes foudroyantes des organes génitaux (TAPPEINER, BASEX, etc.), car elles sont dues à d’autres germes que le virus syphilitique et peuvent se rencontrer chez les sujets non syphilitiques; dans certaines, on a trouvé un bacille du type gangraenae cutis de MiLian.
(cocci, fusospirilles) ils laissent à la syphilis toute la
ie responsabilité de la gangrène.
LS
La deuxième observation est de source américaine :
H. Goopmax, M. D. L. OuLmann, M. D. Murray et
BUILIBINDER, juin 1939. Ce sont de grands placards
de gangrène sèche disséminés sur les membres et le
E tronc maïs avec certaines particularités : le pourtour des plaques est semé d’un halo de vésicules et de télan- =. giectasies, aspect que l’on retrouve dans les coupes
histologiques sous forme de proliférations angioma-
CRE vs The «TAN A
teuses des vaisseaux dans un tissu d’inflammation a chronique avec des infiltrats périvasculaires. Le BW. est fortement positif ; il cède, ainsi que la gangrène, au traitement mixte (arsphénamide, bismuth, iodure). Re Mais, un an après, survient une perforation de la cloi- ES son nasale, tandis que le BW redevient positif. Cette rechute confirme le diagnostic de syphilis tertiaire. Les auteurs ne font pas mention de recherches bactério-
logiques.