ANALYSE DES FAITS ET DISCUSSIONS PATHOGENIQUES
Dans ces observations, un certain nombre de faits ressortent avec netteté :
1° Il s'agit de syphilis maligne précoce primaire ou secondaire et de syphilis tertiaire ou tertiarisée, ou, suivant l’expression de A. FOURNIER, « de modalité
tertiaire, n'importe d’ailleurs l’âge de la maladie ».
En effet, nous avons vu les accidents sphacéliques survenir aux dates les plus variées : moins d’un an après le chancre dans notre première observation; onze ans après dans les deux autres. Le « tertiarisme » trouve toute son essence dans le génie ulcératif de ces syphilis : chancres redux, multiples efflorescences de rupia, perforation de la cloison nasale, tels sont les prodromes de la gangrène qui elle-même marque l’exa-
cerbation de ce pouvoir destructif.
2° Un autre caractère de malignité se retrouve dans
ny ah.
l’évolution : les rechutes sont imprévisibles et capricieuses; pense-t-on avoir jugulé définitivement un foyer, qu’une récidive locale ou à distance éclate brus-
quement. À titre d'exemple, il nous suffit de rappeler
3 À la succession chronologique des accidents de nos ma- De lades. her me.
ES. er 2 IE Cas >. Chancre : Février 1938.
72 Chancre redux : Août 1939.
Gangrène de la verge : Janvier 1940, guérie en mai Re 1940; ce qui n’empêche pas les lésions nasales de con- = tinuer à évoluer pour leur propre compte. ee Rhinite atrophique : Décembre 1939.
Perforation de la cloison : Juin 1940.
Ostéite naso-cranienne et gangrène du nez : Août, septembre 1940.
2° Cas :
Chancre : 1928.
Rupia syphilitique et gomme du voile du palais : Octobre 1938; guérie en janvier 1939.
Gommes multiples et ethmoïdite syphilitique : Mai
Gangrène du nez en septembre 1939, guérie en octo-
bre 1939.
__ Deux nouvelles rechutes naso-faciales au printemps
Ho rO0sS Chancre avec gangrène de la verge en 1928.
Gangrène du nez et ulcération de la verge en décembre 1940.
Ce sont donc des formes récidivantes, des formes résistantes, où les différents foyers n’offrent aucun parallélisme dans leur évolution, où les réactions sé-
rologiques restent obstinément positives dans le sang.
3° La malignité de ces syphilis est spécialisée : nous avons été frappé de trouver dans tous les cas une intégrité complète du système nerveux, tant cliniquement que sérologiquement; il n’y a pas non plus d’aortite, ni d’atteinte viscérale d’aucune sorte. Ce sont avant tout des syphilis dermotropes, et souvent en même temps ostéotropes; et si, dans notre deuxième observation, l’atteinte osseuse s’est cantonnée à l’etmoiïde, par contre, dans la première, elle a pris une extension bien plus importante : le maxillaire supérieur, les os propres du nez, l’ethmoïde, les cornets, le frontal, les pariétaux, peut-être même le sphénoïde, ont été la proie de l’ostéite syphilitique. Ces formes rappellent
donc des syphilis d’un autre âge, ou certaines syphilis
coloniales.
4° Ces syphilis gangréneuses sont souvent surinfectées par des bacilles du groupe des Protéus, dont le développement semble favorisé par des foyers profonds d’ostéite naso-cranienne, Mais cette surinfection est inconstante; elle est totalement absente chez notre
troisième malade.
9° Il existe une grande différence de pronostic, entre les formes surinfectées, compliquées d’atteinte profonde des fosses nasales, et de foyers d’ostéite, et les formes purement syphilitiques, uniquement cutanées. En effet, comme le montre notre troisième observation, ces dernières obéissent remarquablement aux anti-syphilitiques, ne retentissent pas sur l’état géné-
ral et traitées convenablement ne récidivent pas.
À Mbdux
PATHOGENIE
Quelles sont les conditions qui ont pu faire réapparaître de nos jours de tels accidents? Il faut discuter le rôle du virus, du terrain, de la surinfection; mais nous insisterons d’abord sur la manière dont ces syphilis ont été traitées avant de devenir gangréneuses, car
les fautes de traitement peuvent modifier aussi bien
le virus que le terrain.
Les erreurs thérapeutiques sont certaines chez nos malades :
1° L'absence complète de traitement que l’on conçoit s’il s’agit de syphilis méconnue, soit qu’elle reste inapparente, soit que par ses particularités, elle prête à des erreurs de diagnostic.
2° Les longs arrêts; dans certains cas, le malade seul en est responsable; lorsqu'il néglige de poursuivre son traitement, se croyant définitivement guéri après la disparition des accidents primaires et secondaires. D’autres fois il faut incriminer l’extrême confiance de
certains médecins qui se contentent d’une guérison
clinique apparente, et de réactions sérologiques néga-
tives, pour abandonner toute thérapeutique après trois ou quatre ans de traitement plus ou moins suffisant. L’exemple de notre deuxième observation apporte malheureusement un démenti éclatant à cette théorie optimiste.
3° Les traitements mal conduits. — Il est difficile d’en donner une définition exacte, puisqu'il n’existe pas de traitement idéal type, mais nous appelons mauvais traitements, les séries trop courtes, ne dépassant pas trois ou quatre injections; les séries cahotées, où les divers métaux et métalloïdes alternent d’une façon désordonnée; surtout les doses insuffisantes d’arsenic. L’unanimiié des syphiligraphes est faite à l'heure actuelle sur le danger de l’emploi de l’arsenic à doses faibles et répétées; par exemple, chez notre deuxième
malade, les doses maxima de 606 ne dépassent pas
0,30, et le total des injections consécutives est de 7.
Les différents traitements de nos trois malades sont
résumés dans le tableau ci-contre :
Observation I
Février 1938 ..... 8 Arsénomyl. Chancre.
Juillet 19382 122Bi Smith 1 an d’arrêt.
Août 1939 .::... 7 CyHsg. Chancre rédux.
+” octobre 1939 se LS ces Quinby.
15 décembre. 1989. É Janvier 1940 .... 9 Acétyl-arsan.
NIET A NERO PRE AN IST \ AMENER TR AC SUR \ SD CR PAS à \ * PAN
ue 1939 a 3 Fe ie
LE Acétyl-arsan.
8 Dmelcos.
: Le Suppositoires : mercuriels.
Février 1940 . .... 6 Acétyl-arsan.
Mars eme, 10 Muthanol.
Insuline.
Avril 1940 à mai Soludagénan.
AE Eu ee 15 CyHsg.
LS 15 Quinby.
Une 10102. 3 Bivatol.
1 mois d’arrêt.
Juillet 1940 à août 6 Bivatol.
AO ee, 6 CyHg.
Propidon.
Septembre 1940 à Traitement masdécembre 1940. sif.
Observation II
Séries écourtées :
de Bi.Hg. 1 606.
6 ans sans traitement.
Pas de traitement au début.
Eté 19538.
Période de traite-
ment insuffisant.
BW négatif.
Accidents sériques.
Gangrène de dla verge.
Hémorragies.
Répétées.
Verge guérie.
Gangrène du nez.
Guérison de la gangrène du nez.
Chancre.
Gomme du voile.
Rupia.
Décembre 1938.
Janvier 1939 à Mai 1939.
Juin 1939 au 10 juillet 1939.
Août 1939.
30 août 1939.
Depuis
décembre
1928 à mars 1940. Pas de traitement. Bonne santé ap-
4 914; dose Mx.