‹ Les systèmes de philosophie; ou, Les philosophies affirmativesChapitre 18 sur 34 · Le déterminisme coniredil le cœur · texte numérisé non relu

Le déterminisme coniredil le cœur

Le cœur cherche le bonheur comme rinlelligeiice cherche la vérité, etThomme, s'il rencontre des joies qui lui donnent des satisfactions passagères, rencontre aussi la souffrance et la constate chez ses semblables. Si le déterminisme est vrai, il faut admettre que toutes les douleurs de la terre sont dans Tordre éternel des choses, que tout ce qui est devait être, et que tout doit être également accepté par le sage. Gela vraiment n'est pas facile. Ouvrez l'histoire aux pages sombres des plus grands malheurs de l'humanité; voyez les maux qui vous entourent de toutes parts ; entendez les gémissements qui viennent de toutes les régions du globe et qui, tout compte fait, en ramenant à leur juste valeur les exagérations du pessimisme, surpassent les manifestations de la joie : réussissezvous à penser que tout cela est nécessaire, que tout cela est dans l'ordre? Cet optimisme peut séduire Tintelligence, mais dans le cas seulement où l'intelligence s'isole de la vie, et s'enferme dans un monde d'abstractions pures oi^i la voix du cœur ne se fait plus entendre. La voix du cœur proteste en effet, et, plus il est développé selon les lois de sa nature, plus sa protestation devient vive, plus il refuse de laisser tarir en lui les sources de la compassion, plus il affirme que les êtres qui souffrent ne sont pas dans Tordre, et que notre monde où tant de misères abondent n'est pas ce qu'il devrait être.

J'ai rencontré cette protestation dans des circonstances qui l'ont fortement gravée dans ma mémoire. J'ai connu, il y a bien des années, un officier de la

marine anglaise qui m'honorait de ses confidences. Voici l'histoire de sa vie intérieure que j'ai eu déjà l'occasion de signaler à mes lecteurs dans mon volume sur le Libre arbitre. Chrétien fervent, il avait joint à l'étude des Ecritures saintes celle d'ouvrages à tendances mystiques, mais dont la mysticité était plus ou moins réprimée dans ses écarts possibles par les données d'une foi positive : l'Imitation de Jésus- Christ et les Œuvres spirituelles de Fénelon. Il avait abordé ensuite des écrivains dans les œuvres desquels le mysticisme se développe plus librement : Jacob Bœhme et Saint Martin le pliilosoplie inconnu. Un jour VEthique de Spinoza tomba entre ses mains. Il recula avec épouvante devant la vision de la nécessité universelle et jeta le livre au feu. Mais une fascination puissante le ramena vers les œuvres du grand déterministe. Par un phénomène étrange, mais qui n'est pas sans d'autres exemples, il finit par admettre que la foi chrétienne bien comprise s'accordait avec la doctrine du célèbre juif. Il fut dès lors unspinoziste fervent, et il traduisait l'idée de la nécessité parcelle de la bonté. «Tout est bien», me disait-il un jour, dans une promenade que nous faisions ensemble. Je lui répondis : « Vous avez un fils qui a été jusqu'ici un (( homme excellent. Si (Dieu veuille qu'il n'en soit pas « ainsi), il se corrompait comme tant d'autres, pource riez-vous continuer à me dire que tout est bien ? » Il s'arrêta, devint très sérieux, garda un moment le silence et me dit enfin : «Je n'aime pas penser à ces choses-là ». C'était la protestation du cœur de l'homme contre le système du philosophe. Mais ces choses-là, auxquelles il n'aimait pas à penser sont, hélas! si fré-

quentes ({iTil est impossible d'en Caire abstraction dans l'établissement d'une doctrine sérieuse. Le délerminisme contredit le cœur, cela est grave; il y a ([iielque chose de plus grave encore :

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