LA PHARMACODYNAMIE DU SYSTÈME AUTONOME
Les substances pharmacodynamiques, agissant Iocalement ou par la circulation générale, modifient lexcitabilité des systèmes végétatifs.
Lefebvre 9
On sait qu’on distinguait jadis les paralysants et les excitants des nerfs sympathiques et parasympathiques. Nous venons de voir que l’acétylcholine d’une part, l’adrénaline de l’autre agissent comme le nerf sur l’organe d’aboutissement, puisqu'elles constituent l’intermédiaire physiologique de l’action nerveuse : ce sont des miméliques parfaits. D’autres agents agissent aussi dans le sens de l’action nerveuse ; leur action n’est pas absolument comparable : ce sont des mimétiques imparfaits. La seconde catégorie d’agents entrave l’action nerveuse ; nous avons vu (pour l’atropine par exemple) qu'ils entravent aussi l’action du médiateur chimique : ce sont les antagonistes parmi lesquels on distingue les sympatholytiques et les parasympatholytiques.
Il est donc logique de penser que ces agents dont l’action se localise à la jonction nerf-organe, vont peu modifier l’excitabilité de la fibre nerveuse elle-même ; cependant dans l’ensemble, les mimétiques diminuent légèrement la chronaxie du nerf, les antagonistes l’augmentent. L'action la plus nette se fait sur l’organe d’aboutissement : les mimétiques en augmentant l’excitabilité, diminuent la chronaxie de l'organe d’aboutissement, c’est-à-dire le {emps de sommation : les antagonistes, par contre, en diminuant l’excitabilité, augmentent la chronaxie de l’organe d’aboutissement, c’est-à-dire le {emps de sommation.
1. I ne s’agit pas de la chronaxie mesurée par l’excitation électrique, mais de la constante de temps de l’action du médiateur chimique.
Nous étudierons successivement l’action des média-
teurs, des mimétiques et des antagonistes.
A. L'action du médiateur chimique
sur les lois de sommation
19 L’adrénaline. — Dans son domaine, l’adrénaline diminue la chronaxie de la fibre nerveuse et celle de l'organe d’aboutissement.
L'action sur l’organe d’aboutissement se comprend facilement : si l’on prend l'exemple de la rate (sympathique vaso-constricteur) elle est normalement innervée par des fibres adrénergiques, l’adrénaline lui apportera donc une certaine quantité d’excitation, et le stimulus électrique utilisé pour l’étude de la chronaxie de la rate ne fera qu’apporter un complément d’excitation.
L'action sur le nerf est moins facilement compréhensible ; cependant on sait que l’on retrouve cette action sur les nerfs de la vie de relation (259).
Les expériences ont porté sur le lingual vaso-dilatateur (175), les vaso-constricteurs (membrane interdigitale de la grenouille (249), nerf splanchnique (36), rate (16), la glande sous-maxillaire (116). (Il est à remarquer que l’adrénaline agit aussi bien sur les fibres parasympathiques (corde du tympan), que sur les fibres sympathiques).
L’adrénaline agit de même sur le système cardio-
accélérateur, en diminuant le temps de sommation (137). Elle agit inversement sur le système cardiomodérateur en augmentant son temps de sommation.
Enfin, l’étude a porté aussi sur le « manque » d’adrénaline qui résulte de l’exclusion des surrénales (36) ; il s’accompagne pour le nerf splanchnique vaso-ccnstricteur d’une augmentation de la chronaxie du nerf
et d’une augmentation du temps de sommation.
20 L’acétylcholine. — Les résultats sont beaucoup moins nombreux.
Cela tient sans doute à la destruction rapide de l'acétylcholine. Celle-ci ne semble pas agir sur les constantes d’excitabilité du nerf. Elle diminue le temps de sommation de la glande sous-maxillaire (116), étre propos, notons que cet organe est le seul parmi ceux à innervation cholinergique qui ait un temps de sommation si long ; il est aussi un des premiers pour
lequel on ait montré la transmission humorale t,
. 30 L’histamine. —- Elle n’a pas été étudiée dans son domaine qui est celui de la vaso-dilatation cutanée (341). On sait seulement qu’elle augmente la chronaxie du pneumogastrique inhibiteur cardiaque (128), et
ne modifie pas sensiblement les lois de sommation.
1. On sait que l’on a découvert dans la salive une substance capable
de produire l'excitation et qu’on a pu l’assimiler à la caillicreïne (348).
B. L'action des mimétiques
19 Parmi les sympathicomimétiques, les seules expériences qui ont été faites portent sur les anesthésiques locaux (cocaïne, novocaïne) (175-113) dans leur action sur les vaso-dilatateurs du nerf lingual. Dans le domaine de l’adrénaline, ils ne modifient pas la chronaxie du nerf, mais diminuent le temps de sommation, comme pouvait le faire prévoir l’action de ja cocaïne sensibilisante à l’adrénaline.
On peut prévoir que les sympathicomimétiques : tyranine, hordenine, éphédrine, benzédrine, agiraient dans le même sens. Cependant cette étude serait intéressante pour préciser certaines actions discordantes de ces mimétiques et, en particulier, l’action plus excitante et moins inhibante de l’éphédrine.
L'ion calcium se comporte comme un sympathicomimétique. Il diminue le temps de sommation du système corde du tympan-glande sous-maxillaire (123); mais diminuant dans une proportion plus importante la chronaxie nerveuse (Co passe de 0,035 à 0,013 u F.), il redresse la courbe des intervalles. L'oxalate de sodium, décalcifiant, agit en sens inverse. En 1937, P. Chauchard (134) peut résumer l’action du calcium : l’ion calcium diminue le temps de sommation des fibres adrénergiques, ainsi que celui des
fibres cholinergiques lorsque l’acétyicholme et l’adré-
naline agissent dans le même sens (glande sous-maxillaire) ; il augmente le temps de sommation des fibres cholinergiques lorsque l’acétylcholine et l’adrénaline agissent en sens inverse (cœur).
On sait, d’ailleurs, que la diminution des ions calcium dans le sang circulant entraîne une disparition temporaire de l’action des nerfs vaso-dilatateurs (199-200), des accélérateurs cardiaques (61), des nerfs vaso-constricteurs (200), des pilomoteurs (202) et aussi des nerfs sécréteurs (62) ; cependant elle n’agit pas sur les nerfs pupillo-dilatateurs (202). C’est sans doute dans le sens de la régulation calcique qu'il faut interpréter les expériences sur la parathyroïdectomie qui détermine un redressement de la courbe du rythme et un allongement du temps de sommation du nerf grand splanchnique vaso-constricteur (119) et une diminution d’excitabilité du nerf dépresseur (201).
20 Parmi les parasympathico-mimétiques, la choline, la muscarine, l’ésérine, n’ont pas été étudiées.
La pilocarpine (111), pour le système corde du tympan-glande sous-maxillaire, diminue le temps de sommation. Son action sur les systèmes cardio-inhibiteurs et cardio-accélérateurs du chien est intéressante : elle augmente le temps de sommation du sympathique cardio-accélérateur (6 secondes à 10 secondes) ; elle diminue le temps de sommation du vague inhibi-
teur (3 secondes à 1 seconde), (136).
La vagotonine (320) pour le nerf grand splanchnique, augmente le temps de sommation et redresse la courbe des intervalles ; pour la composante cardio-modératrice du nerf de Hering (318), elle diminue le temps de
sommation et aplatit la courbe des intervalles.