LA PHARMACODYNAMIE DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
L'étude pharmacodymanique du réflexe médullaire ne comporte que peu de travaux,
Nous étudierons successivement l’action des narcotiques et des anesthésiques, celle des excitants, enfin celle des agents pharmacodynamiques du système
nerveux autonome.
À. Narcotiques et anesthésiques
a. Morphine. — L'action de la morphine sur le réflexe croisé de la grenouille spinale a été étudiée par H. Mazoué (279), (282). Elle constate une action élective lorsque la morphine est appliquée sur la moelle, consistant en un aplatissement des courbes des intervalles, sans modifications des chronaxies périphériques.
b. Anesthésiques. — M. Lapicque (257) constate que le chloroforme abaisse l’excitabilité réflexe (en augmentant la rhéobase, bien qu’il aplatisse la courbe des intervalles), tandis que la chloralose l’augmente (en diminuant la rhéobase et en redressant légèrement la courbe des intervalles).
Bremer (82) a constaté que tandis que les anesthésiques généraux (éther, chloroforme, etc...) diminuent globalement l’excitabilité médullaire, les barbituriques agissent électivement sur le deuxième sommet de la
courbe d'amplitude en fonction de l’intervalle.
B. Excitants
a. Caféine. — M. Lapicque (255), dès 1913, a étudié «l’action de la caféïne sur l’excitabilité de la moelle » ; elle constate chez l’animal caféiné un redressement considérable des courbes d’intervalles et conclut :
«19 Il y a modification de l’excitabilité de la moelle
comparable à celle produite par un échauffement des centres.
«20 La chronaxie du nerf sensitif ne varie pas ;
«39 La chronaxie du nerf moteur paraît,au contraire, fortement diminuée, quand le sciatique reste en rapport avec les centres. Aïnsi s'explique la différence que j'avais observée dans la chronaxie des deux éléments du nerf caféïiné ».
Fr. Vahl (350) étudie l’action de faibles doses (5 mgr.) et constate un aplatissement de la courbe des intervalles et une diminution considérable du temps de sommation, qui passe de 2/3 de seconde à 1/10 de seconde. « Avec des doses plus fortes, on assiste ensuite à une augmentation considérable du temps de sommation, allant jusqu’à l’inexcitabilité ».
b. Strychnine. — Bremer (84), expérimentant sur le réflexe lingo-maxillaire de Cardot et Laugier (93) et sur le réflexe gingival de Sherrington, constate une diminution des chronaxies sensitives et motrices, avec tendance à l’égalisation.
En expérimentant sur la grenouille, il constate que la strychnine accentue les phénomènes d’inhibition et d’excitation centrale et augmente l’amplitude de la réponse.
Nous avons eu l’occasion d'étudier le réflexe crémastérieu d’un malade du Professeur Mollaret, M. P., âgé
de 29 ans, atteint de la maladie de Friedreich, et
soumis périodiquement à une cure strychnée (10 mgr. pro die). Au coursde ces périodes, le réflexe crémastérien se produisait pour l'excitation isolée et on ne notait aucune sommation, même pour la fréquence 50. La capacité chronaxique sensitive était élevée à 0,6uF. correspondant à une chronaxie de 2,4 0. Cette augmentation considérable des chronaxies sensitive et motrice au cours de la maladie de Friedreich a été mise en évidence par Mollaret (287) dans sa thèse.
Il nous paraît intéressant de signaler que Pflüger avait pu déterminer sa loi des secousses sur les nerfs sensibles en utilisant les actions réflexes chez un animal légèrement strychnisé : il supprimait ainsi le fonctionnement itératif de l’arc réflexe.
c. Picrotoxzine. — Schriever et Perschmann (327- 329) constatent que de petites doses de picrotoxine (1 /100.000) déterminent un aplatissement des lois de sommation, lorsque le mésencéphale est conservé. Ils étudient l'influence sur le bulbe et la moelle et concluent à l’action spécifique sur le mésencéphale.
On constate donc qu'il y a un antagonisme entre les actions des barbituriques d’une part, de la strychnine et de la picrotoxine (328) d'autre part sur les lois d’excitabilité du réflexe médullaire. C’est la connaissance qualitative de ces faits qui a conduit à l’utilisation thérapeutique de la strychnine dans l’intoxication barbiturique; récemment on a appliqué la
picrotoxine dans le même but (226).