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C. Médiateurs chimiques du système autonome

et subordination

Nous avons vu que si les phénomènes d’excitation et d’inhibition centrale imposent presque la transmission chimique des excitations dans l’arc réflexe médullaire, aucune donnée précise ne permet de l’affirmer.

En 1936, B. Minz (301) a mis en évidence dans la moelle la libération d’un corps du type de l’acétylcholine.

Nous avons, en collaboration avec lui (289), abordé l'étude pharmacodynamique du réflexe médullaire sous l’angle des « médiateurs chimiques »!, pensant trouver là un argument indirect en faveur de la transmission chimique.

Nous avons commencé ces recherches dans le laboratoire de M. le Professeur Strohl, avec les indications et l’aide précieuses du Dr. Desgrez. Elles nous ont montré l’action considérable de l’ésérine, de l’acétylcholine sur les constantes d’excitabilité du réflexe croisé de la grenouille spinale, Au cours d’une expérience que nous avions tentée avec l’adrénaline nous avions noté une action dans le même sens. Malheureusement, les circonstances ne nous ont pas permis

1. Dès 1931, Haberland parle d’un « Erregungstoff » et en 1935 Rosenblueth mentionne des substances inhibitrices et excitatrices.

de poursuivre notre collaboration, mais B. Minz a pu reprendre les expériences dans le laboratoire de M. le Professeur Lapicque, avec Mile M. Bonvallet (56), (57), (58).

a. Action de l’acétylcholine et de l'adrénaline.

1° La grenouille spinale. — Il existe une synergie paradoxale dans l’action de l’acétylcholine et de l’adrénaline sur le réflexe médullaire croisé de Ja grenouille spinale. Les deux substances appliquées sur la moelle dénudée à la dilution de 1 p. 10.000, déterminent un redressement important de la courbe des intervalles et une augmentation du temps de sommation qui double ou triple. L’acétyicholine et l’adrénaline augmentent donc parallèlement la chronaxie médullaire interposée et diminuent l’excitabilité réflexe.

L'action sur les chronaxies sensitive et motrice est peu nette.

20 La grenouille thalamique. — Chez la grenouille thalamique (58), l’application d’adrénaline et d’acétylcholine sur le thalamus supprime la sommation de l’arc réflexe, aplatissant complètement la courbe des intervalles.

30 Le chien spinal. Sur le réflexe médullaire du

chien spinal, Bonvallet et Minz ont retrouvé cette

action parallèle de l’acétylcholine et de l’adrénaline.

A la dose de 0,5 mgr. pour un animal de 10 kg. les auteurs constatent un redressement immédiat et fugace de la courbe des intervalles. « Il est intéressant de noter que la sommation, qui est toujours si faible chez le chien et n’est nullement modifiée par l’absence ou la présence des centres supérieurs, peut être si facilement et si fortement modifiée par des agents pharmacodynamiques ».

Sur le chien thalamique, l’adrénaline et l’acétylcholine, injectée par voie intraveineuse, déterminent dans un premier temps un redressement de la courbe des intervalles, puis, un aplatissement de cette courbe ; on assiste ensuite au retour à la normale.

Il est à remarquer que la courbe normale trouvée par les auteurs dans ce cas manifeste une importante sommation. Mais surtout elle présente une allure complexe, très redressée pour les petits intervalles, elle s’infléchit brusquement pour les grands intervalles. L'action chimique nous semble dissocier deux courbes d’excitabilité réflexe : dans le premier temps, l’excitabilité correspondant à une courbe d'intervalle aplatie est supprimée, dans le deuxième temps, l’excitabilité correspondant à une coutbe d'intervalle redressée est

supprimée.

b) Action de l’ésérine parasympathomimeétique.

C’est dans le même esprit que nous avions étudié

l’action de l’ésérine. En même temps qu’elle redresse fortement la courbe des intervalles du réflexe médullaire de la grenouille spinale, elle diminue considérablement les chronaxies sensitives et motrices qui sont réduites à 10% de leur valeur. Elle agit donc sur le neurone intramédullaire dans le sens de l’acétylcho-

line.

c. Action de l'atropine parasympatholytique.

L’atropine détermine un léger redressement de la courbe des intervalles. Nous avons eu l’occasion fréquente d'étudier une malade soumise au sulfate d’atropine, à la dose de 40 gouttes à 1%.

Mme M. atteinte d’une maladie de Parkinson posten-

céphalitique à prédominance gauche.

Réflexe cutané Réflexe cutané abdominal droit abdominal gauche Intervalles Voltage Voltage Avant 1 /20 60 volts 75 volts Atropine 1/10 50 — 75 — 1 /6 60 — 110 — excit.

isolée 160 — pas de réponse avec 4mA. 220 volts.

Après 1 /20 40 — 60 — Atropine 1/10 50 — 80 — 1 /4 TES CEE EXCIL isolée 80 — 105 —

On constate donc, sous l’influence de l’atropine,

un aplatissement de la courbe des intervalles.

d. Action de l’ergotamine sympatholytique.

Essayant de déceler par un processus pharmaco-

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dynamique une différence dans le mode d’action de ces substances, M. Bonvallet et B. Minz (57) étudient l’action de l’ergotamine. Ils espèrent inverser sélectivement l’action de l’adrénaline. L’ergotamine en injection produit un redressement de la courbe des intervalles d’une manière progressive. En appliquant, au cours de cette action de l’adrénaline à 1 p. 10.000 ou de l’acétylcholine sur la moelle dénudée, les auteurs ont constaté, avec surprise, un certain aplatissement de la courbe des intervalles. L’ergotamine détermine donc une inversion d’action non seulement de l’adré-

naline, mais aussi de l’acétylcholine.

En résumé, l’acétylcholine et l’adrénaline agissent synergiquement et sans doute par le même processus pharmacodynamique (inversion de leur action par l’ergotamine), sur la moelle, où elles augmentent la chronaxie du neurone intramédullaire, et sur le centre mésencéphalique de subordination chronaxique médullaire, qu’elles excitent. Cependant, M. Bonvallet et B. Minz ont pu récemment dissocier les deux effets en faisant agir sur l’animal mésencéphalique l’ergotamine d’une part, l’acétylcholine d’autre part.

Nous venons de voir :

A. Comment la notion d’intermédiaire chimique

aidait à comprendre le rôle de la sommation dans l’excitabilité itérative.

B. Combien la méthode d'’excitation itérative pouvait rendre de services lors de l'étude pharmacodynamique des systèmes végétatifs et des centres nerveux.

C'est que ces systèmes ont physiologiquement un

fonctionnement « itératif » ou mieux « rythmique ».

L'EXCITABILITÉ ITÉRATIVE EN RAPPORT AVEC LE FONCTIONNEMENT RYTHMIQUE DU SYSTÈME NERVEUX

Le fonctionnement du système nerveux, tel que l’a montré l’étude des phénomènes bioélectriques, est essentiellement rythmique, au moins dans le domaine qui nous occupe. Pour les nerfs sensibles, les nerfs végétatifs, les centres axiaux et ganglionnaires, le comportement rythmique est général : c’est ce que nous verrons en premier lieu.

Ceci nous amènera d’une part à comprendre certaines modalités rythmiques de réponse au courant galvanique, d’autre part à envisager le rôle de la sommation dans la physiologie des sensations, et parti-

culièrement de la douleur.

Les courants d'action

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