I. Voir Loria, op. cit
de jouissance de ce produit : 5oo grammes de beurre, i hectolitre de charbon sont par exemple les unites de jouissance du beurre et du charbon. On additionnerait ensuite les unites de jouissance ainsi consomm6es dans une annee. En divisant le total de ces unites de jouissance par le total des sommes d'argent qui ont £te employees a les acquerir, on aurait la valeur en francs de l'unite de jouissance moyenne.
Et comme on suppose que se sont neutralisees les variations de valeur propres a ux divers prod uits, on a, par comparaison faite de la valeur en francs de l'unite de jouissance moyenne d'une annee a une autre, la mesure des variations de valeur de la monnaie.
Ce calcul, eri pratique, est trop complique et trop peu sur pour 6tre utilise.
D'ailleurs, il est inutile d'insister sur aucun de ces deux procedes, car nous retrouvons I'erreur theorique qui leur sert de base en examinant un troisifcme procedS : celui des Index numbers.
On sait comment les Index numbers sont dresses. On considere les prix, a un moment d6termin£, d'un grand nombre de produits (toujours Thypothese des compensations). On additionne ces prix et on exprime le r^sultat par un chiffre conventionnel : ioo par ex. M&me operation est faile sur les prix des m&mes marchandises ioansplus tard. On obtient un resultat dont la proportion au i er s'exprime par exemple par le chiffre 75. On conclut en
26 LES SYSTfiMES SOGIALISTES D*CHAlf6E
disant qu'il y a hausse de la valeur de la monnaie de 25 pour ioo.
II a 6te fait diverses critiques k l'emploi des Index numbers. On les a volontiefs opposes les uns aux autres pour montrer qu'ils ne qoincidaient pas les uns avec les autres. On a pretfcndu qu'ils ne pouvaient gufere fournir que Vindication d'une tendance approximative tt non les elements precis d'un calcul de rectification. lis portent en effet sur un nombre restreint de marchandises : la serie Sauerbeck, pour FAngleterre, porte sur 45 prix seulement ; les Soetber, pour l'Allemagne, sur n4 articles. Si m^me, comme dans les Index dresses par M. de Foville, il est fait etat de toutes les marchandises importees et exportees, les calculs
se faisant sur les evaluations annuelles de la
douane, il reste le grief fondamental et commun, non plus seulement de forme, mais de fonds. Le proc6de, ainsi que les deux precedents, repose sur cette premisse non d6montr6e que le cout total d'une masse de marchandises ne peut jamais varier pour des raisons propres a l'ensemble de ces marchandises. Parce qu'il est un mouvement collectif, le mouvement de hausse ou de baisse des prix est attribuable a la monnaie. G'est une erreur de croire qu'il en soit ainsi, necessairement: « Les variations du pouvoir d'achat des m6tauxprecieux r 6crit M. Arnaune, tie sont pas la seule cause desfluctuations du niveau general des prix. II en est d'autres dont Taction s'exerce egalement sur Yen-
semble des cours. Certaines sont durables, telles les modifications dans les debouches ou dans les frais de production (creation et developpement des cheniins de fer, application des moteurs mecaniques, perfectionnement de l'organisation postale). D'autres sont accidentelles et temporaires : on citera Tacceleration des affaires, leur expansion plus grande a Tapogee des p6riodes prosperes, leur stagnation, leur r6tr6cissement, pendant la periode de liquidation des crises commerciales. Une hausse ou une baisse de prix, m6me generate, n'est done pas le signe infaillible d'une reduction ou d'un accroissement de la valeur du metal eta- Ion 1 .»
Voila demontr6es, d'unepart rinsuffisante fixite de F6talon monetaire, — d'autre part, l'impossibilit6 de rectifier ses indications.
Ajoutons qu'a l'heure actuelle, les variations de valeur de l'6talon monetaire se sont accrues du fait de V appreciation croissante de Tor. De 1870 a 1905, l'Allemagne, les Etats Scandinaves, TAutriche-Hongrie, les Etats-Unisd'Amerique^oi du i4 mars 1900), la Russie, le Japon (Loi du 8 mars 1897), ^ e Pcrou, le Siam, le Mexique, PInde sont passes en droit du regime de T6talon d'argent au regime de Fetalon d'or. En fait, e'est uniquement Fetalon d'or qui fonctionne a Fint6rieur de l'Union latine. L'or est devenu la seule monnaie recue dans
1. Arnaun6, La monnaie, le credit et le change, 3 e 6dit., p. 26 (Paris, F. Alcan).
28 LES SYSTEMES SOCIALISTES D'feCHANGE
les echanges internationaux. II en resulte qu'elle subit avec line sensibilite plus grande les fluctuations de valeur qui peuvent affecter une nappe cir- •culatoire retrecie. Les crues ne passent plus en faisant seulement quelques rides, ce sont des vagues qu'elles dechainent ; le niveau baisse dfes que le volume de I'unique affluent diminue. La security des rapports coinmerciaux en est d'autant plus compromise.
B. — La monnaie, intermediaire des ^changes.
II faut voir maintenant quelles sont les imperfections de la monnaie comme intermediaire des echanges.
Al'origine, nous Tavons vu, c'estsans circuit et directement que le producteur 6changeait son produit contre celui dont il avait besoin. La puissance de consommer du producteur etait exactement proportionnee a sa puissance productive. Aujourd'hui, il faut subir cette n6cessite de transformer d'abord son produit en argent pour pouvoir ensuite acquerir le- produit qui se consomme.
Pourquoi, disent les socialistes, cette premiere vente, qui doit 6tre suivie d'un achat? Pourquoi cette n6cessite d'une transformation en argent dans laquelle, comme dans tout contrat « d' adhesion », le producteur subit la loi du detenteur de Tunique moyen d'echange ? Ne faudrait-il pas, en effet, pour que la monnaie flit un intermediaire satisfaisant,
qu'elle fut a la disposition de tous ceux qui ont besoin de se procurer un produit? Pourquoi Tar* gent se fait-il payer pour apparaitre? Pourquoi conffere t-il un monopole a ses detenteurs ? Quelques-uns le poss&dent et tous en ont besoin ; quelle cause profonde d'exploitation, d'agiotageet d'usure !
a) L'argent en a rev^tu comme une nouvelle et: troisifeme fonction : il est devenu un instrument de thesaurisation, de capitalisation, la forme sous laquelle la richesse aime le plus a se symboliser 1 . 11 a servi a accumuler la valeur, au lieu de servir a la faire circuler. II s'est immobilise au lieu de se transporter. II est devenu ainsi le capital juridique, auquel, plus qu'a tout autre, les socialistes contestent le caractere 6conomique. Improductif par lui-m6me, il ne doit qu'a son appropriation juridique, de devenir lucratif pour celui qui le possede, en exercant un droit de p6age analogue a celui que pr6levaient sur les routes, au moyen &ge r les feodaux 2 .
1. « L'or est un objet merveilleux ; celui qui le possede est le maitre de tout ce qu'il desire. Avec l'or, on peut me'me faire entrer des ames dans le Paradis. »
(Chr. Colomb, i5o3.)