V. Chatelain, Revue d'econ. polity 1905, p
Charles Gide, Principes d'econ. polity id e Edition, chap. Le capital,, p. 116;
Aupetit, Essai sur la thiorie generate de la monnaie, these, Paris, 1901 ;
Renard, Regime socialiste, p. 5o. (Gf. Proudhon, « La force seule maintient l'intlrdt », 7 e lettre a Bastiat ) ;
Assoc, cathol. du i5 septembre 1906, p. 269.
30 LES SYSTfiMES SOC1ALISTES D'EGHANGE
b) Ce qui condamne, aux yeux des socialistes, d'une fagon absolue le syst&me qui s'est spontaniment constitue, c'est qu'ilne peutfonctionner sans une autre institution qui en fait ressortir, plus que le pr6t, toute la perversity : C'est la monnaie en effet qui a engendre la Banque d'escompte et demission. C'est la n6cessit6 de recourir a Targent qui a fait naitre le commerce de Banque...
Les banques jouent un role important dans le mecanisme de Xichange a credit. C'est sous cet aspect que nous les envisagerons, laissant de cote les operations multiples et deriv^es auxquelles elles peuvent se livrer et qui jettent comme un voile sur leur fonction essentielle : l'escompte des effets de commerce.
Les banques primitives avaient un caractere absolument prive. En Grece, a Rome 1 , aux, foires du moyen age il y eut des banquiers, il n'y eut pas de banques. Ces banquiers etaient des changeurs : ils faisaient cette operation, d'une utility extreme a une 6poque d'extr£me diversite des monnaies, quiconsiste a transformer, en monnaie ayant cours dans la localite, celle qui etait apportee des seigneuries voisines.
I . Sur l'histoire des banques ath6nieimes, romaines, voir Haristoy, Virements en banques et chambres de compensation, Rousseau, Idit. 1906, p. 38 et suiv.
Les changeurs devinrent par une evolution naturelle dipositaires et gardiens. Le d6pot chez le banquier avait 3 avantages : i° il mettait a Tabri des pertes et des vols ; 2° il assurait le propriataire de monnaie contre le risque plus redoutable des alterations monetaires, car le banquier recevait la monnaie pour sa valeur au poids du metal fin; Texprimait en unites de comptes conventionnelles 4 , etrestituait, sauf le pr6levement de sa commission, le mdme poids de metal fin ; 3° le depot permettait au banquier de solder les dettes reciproques de ses clients par des virements.
A raison du service rendu par lui, il etait paye au banquier un droit de garde.
Le d6pot 6tait constate par un ricipissi qui avait les caracteres juridiques suivants: il representait la totalite de la somme depos6e et non pas une somme ronde ; il etait nominatif, il etait prescriptible, il necessitait a presentation un calcul des frais de garde dont le montant reduisait celui du billet. II devint assez vite transmissible par endossement.
Le rec6piss£ fut transforme dans la suite, notamment par la banque de Stockolm fond6e en i656 2 : elle introduisit Tusage de delivrer, au lieu
I. Florin banco (Banque d' Amsterdam, fondee le 3 1 Janvier 1609); Marc banco (Banque de Hambourg, fondee en 1619), en usage jusqu'en 1873.
2 V. de Greef, Le credit commercial et la banque nationale de Belgique (1899), p. 76 et suiv.
32 LES SYSTfiMES SOGIALISTES D'feCHANGE
(Tun seul titre qui fut du montant m6me de la dette, des coupures uniforrnes representant chacune une somme ronde. Le billet fut d'autre part imprescriptible, impersonnel, et ne fut soumis a aucune deduction. Dans ces conditions, il devenait une veritable monnaie : il avait son gage monetaire precis et sur. Aussi circula-t-il dans toute la Sufede comme argent comptant : il eut force acquisitive et liberatoire.
Le billet de banque etait trouve.
Entre temps se developpait dans les relations commerciales Techange a credit, c'est-a-dire Fechange d'une realite contre une promesse. La constatation de cette promesse devint au xvn e si6cle transmissible par endossement, c'est-a-dire qu'elle put 6tre remise par son titulaire a ses propres cr^anciers. La realisation de la promesse le liberait.
Mais le titre de credit ainsi presente pouvait trouver difficilement preneur ; le signataire en etait le plus souvent inconnu.
L'habitude s'introduisit d'aller chez le banquier, deposer son titre. Si celui-ci Tacceptait, il s'operait entre lui et le client un veritable echange : il devenait le proprietaire du titre et le titulaire de la promesse. En ^change il remettait de Targent ; il remettait moins qu'il ne lui 6tait du a l'echeance : il se faisait payer Pinterusurium et les risques. Get argent lui etait en realite laisse en depot, et il n'en delivrait qu'une reconnaissance, sous forme de billet de banque.
Titre de depot et non plus de credit, le billet de banque payable a vue en especes, emanant d'une banque connue, circulait plus facilement que la lettre de change ou le billet a ordre.
Au banquier, il faut done n6cessairement le montant en monnaie du chiffre total de ses billets; sinon, il est expose a ne pouvoir satisfaire au payable a vue.
Mais avec quoi done achete-t-il les titres de credit ? L'operation est pour lui fructueuse. S'il parvient a payer immediatement un titre dont il retirera plus qu'il ne donne, il fait un benefice. Mais encore faut-il qu'il puisse acheter. Le fera-t-il avec son capital ? Le plus souvent, ce serait insuffisant. Le fera-t-il avec ses depots ? On le croirait, a le voir desormais solliciter a son tour, par Poctroi d'un petit int6r6t, ces depots qui, jadis, lui payaient un droit de garde. Cependant, il ne peut les utiliser, semble-t-il, sans risquer de ne pouvoir les restituera i re demande.
En fait, le banquier escompte en billets ; on ne lui demandera pas la garantie metallique que supposent ces billets. II y a la une question dans laquelle la confiance joue un role essentiel. II suffit que le banquier, d'une part debiteur de ses depots, d'autre part debiteur du montant de ses billets, puisse toujours faire face aux demandes de restitution qui lui sont faites, qu'il utilise a cet effet les depots ou les rentrees des effets de commerce 6chus.
Aucuy. 3
34 LES SYSTEMES SOGIALISTES D'tiGHANGE
Parmi les auteurs, les uns 1 font du d6pot le gage des billets de banque, et de l'escompte la seule operation productive qui soit conciliable avec la n6cessit6 du remboursement a vue. Cette opinion n'est pas inexacte.
Mais ne Test pas davantage cette autre opinion 2 , d'aprfes laquelle les billets de banque ont pour substratum les effets de commerce.
D6positaire et escompteur, le banquier fait face a ses dettes comme il peut: soit avec les depots, soit avec les rentrees, bref avec l'argent qu'il a. La theorie du billet de banque n'en est pas le moins du monde compromise : il n'en reste pas moins que le billet de banque a le caractere d'un titre remboursable a vue. C'est la condition de sa bonne circulation. Et, sans doute, le banquier peut assurer ce remboursement sans avoir a tout moment, entre les mains, Tequivalent exact en monnaie de ses depots et de ses escomptes. Le delai qui separe le moment oil Feffet de commerce lui est presents de celui oil il est echu est assez court pour qu'eji p6riode normale, le banquier puiss-e affecter au paiement de ses billets des depots, au remboursement des depots les rentrees des effets escomptes.
Udvolulion qui s'est faite dans Thistoire des banques, depuis que le billet de banque est entr6
i. Gide, Principes d'icon. pol. } chapitre : Role des Banques. 2. Cauwes, Cours d'econ. pol. f 3° id., t. II, p. 296 etsuiv.
dans la circulation corame « bon de monnaie* », peut &tre esquissee en quelques lignes.
On constate d'une part une extension considerable des entreprises de banque devenues presque partout collectives.
On constate d'autre part une tendance croissante de la part de l'Etat a intervenir dans les affaire des Banques qui « imettent » des billets.
Au premier point de vue, la formation des society par actions a permis aux banques de donner a leurs affaires une plus large extension. Ce n'est pas que leur capital soit effectivement employ^ a des operations d'escompte : le plus souvent il ne constitue qu'une garantie supplementaire — qu'il n'y a aucun inconvenient a faire considerable par ce qu'il n'est pas improductif — que Ton peut faire considerable, parce que la responsabilite de chacun se trouve limitee au chiffre de son action et qu'ainsi les adhesions abondent; quipermetd'6tendre les operations, par suite d'abaisser le taux de Tescompte, par consequent d'entamer une lutte victorieuse contre les petites banques et le plus souvent de les faire disparaltre 2 .
En m&me temps qu'il y avait la un avantage, il y avait aussi un danger : L'int6r6t personnel du banquier, a ne pas depasser dans ses emissions le montant des garanties qu'il possede, se trouvait