‹ Les systèmes socialistes d'échangeChapitre 16 sur 55 · V. Ed. Doll6ans, op, cit., p · texte numérisé non relu

V. Ed. Doll6ans, op, cit., p

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sure, declare-t-il, que le machinisme se developpera, la baisse de la valeur marchande du travail humain s'accentuera » et ses inconvenients s'aggraveront. II semble a Owen que la monnaie sera en quantity de plus en plus insuffisante eu egard a Faccroissement prodigieux des produits a faire circuler, et que, par suite, elle vaudra a ses detenteurs un privilege de plus en plus exorbitant : « Chaque jour, ecrit-il, des milliers d'individua dans les diff&rentes industries se levent le matin sans savoir oil ils pourront se procurer un emploi... Ils ne peuvent ordinairement se procurer le produit des autres qu'en transformant leurs marchandises en argent, en les livrant au capitaliste ou a Tintermediaire... Mais, si la monnaie est rare, si l'intermediaire n'est pas dispose a prendre le produit offert, le producteur doit faire un sacrifice considerable 1 .))

Ainsi, a cette epoque d'introduction du machinisme, les maux dont souffre Touvrier paraissent 6tre le r6sultat du mode d'echange et non du mode nouveau de production.

Le remade consiste a transformer le regime des echanges, en donnant a la valeur une determination en travail. On mettra ainsi a la disposition de tous les travailleurs un pouvoir d'acquisition direct. Ce pouvoir s'accroitra en proportion du travail, c'est-a-dire que toujours la production

l. Ed. Doll£ans, op. cit., p. 274.

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fera naitre un droit de consommation capable de Tabsorber tout entifcre. Une quantite de travail donnee choisie comme unite est d'autre part une grandeur invariable.

Or, il convient, selon Owen, d'etablir immediatement, pour l'application de ces principes, des banques d'echange dans toutes les parties de l'Empire britannique. Par elles, se trouvera introduit,dans le milieu m&me de la concurrence libre, le principe de revaluation des marchandises en travail.

Nous ferons, imm£diatement apr&s cette courte esquisse, ressortir les imprecisions de la theorie qui, en principe, devait servir de base a la constitution des banques d'echange.

Owen n'etait pas parvenu a une determination precise de l'unile de valeur. Ce devait &tre une certaine quantite constante de travail. Mais, a raison des differences qualitatives qu'elle rev&l avec les individus, a raison des differences d'intensite dans le travail, une certaine quantite de travail ne peut 6tre qu 1 ^idialement concue et ne peut devenir une grandeur homogene connue.

D'autre part, l'entreprise d'Owen etait une entreprise priv6e, c'est-a-dire qu'elle devait, pour la sauvegarde et le triomphe de ses principes, vivre et lutter. Mais les exigences de la vie en con-

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currence ne seraient-elles pa* inconciliables avec le maintien des principes directeurs ?

L'application des principes exigeait que chaque travailleur fut r6muner6 d'aprfes le travail effectivement et personnellement fourni par lui, independamment de toute utilite du produit. Elle ne permettait de faire aucune difference entre les travaux dont les produits s'offraient a elle ; tout travail s'equivaut. La mesure du travail ne pouvant se faire directement en quantity, c'est sa mesure indirecte par la dur6e que la pratique devait n6cessairement degager. Mais la dur6e du travail peut-elle 6tre prise seule en consideration ? Mesure-t-elle l'intensite du travail, en mesure-t-elle la qualite ? Rien de plus ais6 que de prolonger la dur6e du travail au detriment de la productivity . La mesure par la duree, telle qu'elle s'imposait, 6tait done bien imparfaite etne paraissait pas pouvoir assurer le succ6s de la banque dans un regime de libre concurrence.

II y avait au fonctionnement du syst&me, outre ce vice d'impr£cision dans la determination de l'unite de valeur, un autre vice essentiel, absolu, redhibitoire : chaque particulier, d£gage de la responsabilit£ des realisations, peut apporter a la banque une manifestation quelconque d'un travail, m6me inutile, et se faire delivrer un bon de consommation qui ne s'exercera 6videmment que sur les produits d'un travail utile.

Qu'importe Pabsence ulterieure de debouche

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a celui qui doit apporter settlement du travail pour pouvoir recueillir un droit de consommation . Cest alors que Ton a chance de voir sortir des mains des travailleurs les objets les plus het£roelites, les plus fantaisistes, les plus inutiles. A d6couper minutieusement de petits morceaux de papier on pourra avoir fait preuve d'un travail ■considerable, mais combien inutile. N'importe, on aura son bon de produit.

Si la banque agit conformement aux principes simples qui ont 6t6 poses, elle doit done : i° accepter utie manifestation quelconque du travail ; 2° tout evaluer d'apres la dur6e du travail incorpore.

Si la banque accepte tout, m6me les inutilites, elle ne vendra que des objets utiles. 11 y aura d&s lors insuflisance de ceux-ci, par suite depreciation des bons auxquels il ne peut 6tre donne complete satisfaction. Si la banque se procurait, par acquisition dans le commerce, les produits consommables qui lui manquent et qui lui sont demandes, il y aurait pour elle une perte sans compensation, puisque ces produits peuvent &tre consommes par des deposants qui n'ont apport£ aucune utilite. Si la banque essayait de recup6rer celte perte par une elevation des prix de vente, ce ne serait pas seulement porter atteinte aux principes, ce serait ne pouvoir pas vendre ; la banque en effet ne peut triompher, dans un milieu de concurrence libre, que si elle oflPre des avantages aux consommateurs.

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La banque, ainsi acculee a la faillite des principes ou a celle des actionnaires, cedera n£cessaisement a la tentation d'6carter les inutilites. Comment le fera-t-elle ? En refusant de les accepter ou en en offrant une remuneration derisoire. Dans les deux cas, elle sort des principes, puisqu'elle cesse de considerer les quantites de travail et que pour assurer l'adaptation de la production a la consommation, elle est amenee a faire jouer dans un certain sens le mecanisme des evaluations.

Le vice fondamental du syst^me est en effet dans le defaut d'adaptation de la production a la consommation.

Ce defaut d'adaptation peut encore, en l'esp6ce, setrouver aggrave par les manoeuvres de speculalion auxquelles le systfeme ne manquera pas de donner lieu de la part des adversaires de Tentreprise et de la part des producteurs eux-m6mes. Le commerce concurrent n'aura-t-il pas contre la banque des armes efficaces : il lui suffit d'acheter aux producteurs deposants leurs bons en grande quantite et d'exercer sa demande, d'une facon uniforme et immediate, sur le m6me genre de produits, pour mettre la banque dans Timpossibilite de satisfaire le besoin artificiel qui se manifeste soudainement a elle *. Ainsi se trouvera assuree la depreciation du bon d'echange.

i. A supposer meme, en effet, qu'il ne soit d£livr£ de bons que contre 1'apport de produits utiles, il ne suffit pas, pour e>iter tout risque de crise, que les bons aient toujours leur contre-partie en mar-

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Le produeteur, d'autre part, qui cede si facilement a la tentation d'intensifier sa production pour reduire ses frais, s'abandonnera a son penchant, puisqu'il peut lui devenir indifferent de depasser la mesure des besoins et qu'il n'a plus a calculer leurs manifestations.

Ainsi se trouvent serieusement contestees les qualit£s que Ton pr^tait au bon d'echange. II devait ne jamais se deprecier. En effet, remis au produeteur qui depose le resultat d'un certain travail, il a un gage r6el, il est veritablement Tattestation d'un travail produit. Mais gage reel, nous venons de voir qu'il n'est pas gage realisable, qu* il peut 6tre produit inutile, que par suite ce n'est pas sur lui que s'exercera le droit de consommation constate par le bon, mais sur les produits utiles des lors insuffisants a satisfaire la demande. L'elimination des produits inutiles n'exclut pas la depreciation : pour qu'elle se produise, il suflit qu'a un moment donne la demande grossie par la speculation ne puisse £tre satisfaite tout entiere par l'offre. La banque peut, sans doute, par une nouvelle atteinte aux principes, diminuer la demande en 6levant le prix du produit, en exigeant plus de bons d'heures de travail a la vente qu'elle n'en a delivre elle-m6me a l'achat. Mais s'il n'y a sous l'6largissement de la demande

chandises ; il fa ud rait encore que chaque produeteur consommat l'espece de raarchandises qu'il produit, ce qui n'est 6videmment pas le cas.

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