‹ Les systèmes socialistes d'échangeChapitre 23 sur 55 · Le Capital, t. I (trad. Roy, 1873), vol. I, chap · texte numérisé non relu

Le Capital, t. I (trad. Roy, 1873), vol. I, chap

cation plus precise. Karl Marx cependant elimine Futility specifique, qui donne aux choses leur valeur d'usage nonleur valeur d'6change, « car il est evident qu'on fait abstraction de la valeur d'usage des marchandises quand on les echange et que tout rapport d'echange est m6me determine par cette abstraction ».

En fait, chacun n'envisage evidemment pas l'ytilite de la chose qu'il donne, mais celle de la chose qu'il recoit; et c'estl'6gale utilite qu'ont deux objetspour deujd personnes differentes qui determine le point ou l'6change se fait. — Mais Karl Marx poursuit sa demonstration :

« Le quelque chose du commun ne peut &tre une propriety naturelle quelconque, geometrique,. physique, chimique des marchandises. Ces qualites naturelles n'entrent en consideration qu'autant qu'elles leur donnent une utilite qui en fait des valeurs d'usage » (dont on sait qu'il est fait abstraction).

Karl Marx conclut alors : « II ne reste plus qu'une qualite commune, celle d'6tre des produits du travail. »

M. Deschamps a qualifie d'escamotage une pareille demonstration, et c'est bien le mot qui convient. En fait, il faut admettre que Karl Marx n'a employe cette methode de demonstration que pour rendre douloureusement sensible aux travailleurs le prelevement capitaliste.

C'est sur elle, en effet, que s'6difie toute la theo-

OWENISME ET GOLLEGT1VISME 85

rie de la plus-value a laquelle Karl Marx, dans son analyse du proces de circulation l , a donn6 l'expression suivante. Le proces naturel de la circulation des produits est qu'ils aillent du producteur au consommateur par l'intermediaire de la monnaie, suivant laformule M. A. M. La marchandise achete l'argent, a quantite de travail egal incorpore dans le produit et dans le metal. L'argent achete ensuite la marchandise a consommer. — Mais en fait il n'en est pas ainsi; c'est l'argent qui achete la marchandise pour la convertir en airgent. C'est l'argent qui devient le moyen et la fin. Dans le proces naturel oil la marchandise M se sert de l'argent pour se procurer un produit, on ne se sert de A que comme d'un intermediate utile : mais lorsque l'argent est le point de depart et que sa recherche est poursuivie comme une fin (operation A. M. A.), on se sert de M non pour retrouver A tout pur, mais un A accru. Ce n'estpasA mais A' que Ton retrouve. Gette figure est applicable a l'operation du patron qui avec de l'argent (representant une certaine quantite de travail) achete la force de travail de ses ouvriers. II l'ach6te ce qu'elle coute sur le marche, a sa valeur d'echange. Cette valeur d'echange est donnee, conformement a la theorie que nous avons indiquee, par ce qu'il faut de travail pour entretenir cette force. Cette valeur d'echange ne

I. Capital, t. II, Paris 1900. Trad. J. Borchard et H. Vanderrylt.

varie pas ; elle est maintenue a son niveau le plus bas par la concurrence d'une armee de reserve de travailleurs qui ofFrent leurs services. Mais, de cette force de travail, le capitaliste tire, grdce a ses machines, comme du sol le proprietaire, un produit qui, dans sa transformation en argent, lui donne un A'd6mesurementaccru. Ainsi le travailleur ne profite nullement de l'accroissement de productivity qui r6sulte de la collaboration des machines. II travaillait par exemple i5 heures au debut du siecle, et mettait i4 heures a produire une valeur equivalente a son salaire. Le patron n'avait qu'un heure de benefice. Le m&me ouvrier continuant a travailler i5 heures peut, grdce a la participation du capital approprie par son patron, produire en 6 heures ce qui correspond a son salaire. Le patron a done a son profit 8 heures d'un travail plus productif. Sarichessevacroissante, tandis que la misere de Touvrier demeure constants G'est la ce qui prepare et rend legitime la confiscation future des moyens de production.

La theorie de la determination de la valeur en travail est trop evidemment fausse quand elle se donne comme une expression de la r£alite, pour que nous insistions. II suffit de constater que nombre d'objets peuvent avoir une valeur d'echange * sans coiiter aucun travail. Mais cette theorie a inspire, et elle devaitinspirer,l'organisation du regime de l'echange dans un milieu collectiviste. Elle contient d'ailleurs, comme expres-

OWENISME ET GOLLEGTIVISME 87

sion th6orique de ce qui doit 6tre, deux precisions :

i° Si Adam Smith i avait jadis consid£r6 le travail comme pouvant 6tre l'etalon r&vi des valeurs, il n'avait jamais pense qu'on en put faire un etalon pratique. C'est que le travail manque de la qualite indispensable a tout etalon : l'hompg^neite et l'uniformite qualitative. Ricardo avait seulement indique que la superiority du talent, l'intensite de l'efforl etaient r£solubles en quantite de travail, sans preciser davantage.

Karl Marx nous dit : « Avec les caracteres utiles particuliers des produits du travail, disparaissent en m&me temps le caractere utile des travaux qui y sont contenus et les formes concretes diverses qui distinguent une esp^ce de travail d'une autre esp&ce. II ne reste done plus que le caractere commun de ces travaux ; ils sont tous ramenes a un mSme travail fiumain, a une depense de force humaine de travail sans egard a la forme particultere sous laquelle cette force a ete depensee, les produits du travail ont tous une realite fantdmatique , ils sont metamorphoses en sublimes identiques, echantillons du m6me travail indistinct... En tant que cristaux de cette substance sociale commune, ils sont reputes valeurs... » D'une facon plus claire Karl Marx ajoute : « Le travail qui forme la substance de la valeur est du travail egal et indistinct, moyen.»

Page 1