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Expression de M. Souchon, a propos de la crise agricole

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c) On nous donne l'intermediaire des echanges comme un instrument indepreciable. II ne peut manquer, nous dit-on, d'y avoir une exacte correspondance entre le total des credits alloues en bons de travail et le total des produits. Le billet de papier qui est un bon de produit, d6nue par lui-m£me de toute valeur, n'en a que par les realites qu'il repr^sente. Mais la realisation est certaine.

Elle Test moins qu'on ne dit. Elle suppose des conditions d'infaillibilite qui nous semblent 6tre au-dessusdesfacult6s humaines. Elle suppose que Ton a calcule tres exactement les besoins les plus divers et qu'on y proportionne tres exactement la production. Mais qu'une erreur de calcul ait ete faite, que les provisions n'aient pas ete exactement reparties dans toutes les localites, qu'il n'y ait pas de quoi satisfaire certaines demandes, et les proprietaires de bons restent, avec du papier dans leur poche, dans Trmpossibilite d'en tirer profit. D'oii depreciation des bons dont on est dispose a se d6barrasser, a n'importe quelles conditions, pour obtenir ce dont on a besoin. Y a-t-il au contraire, non plus insufflsance de production, mais exageration de production (et les deux peuvent aller de pair si Ton envisage divers genres de produits) il y a une Amission de billets qui depasse les besoins ; des billets restent en suspens et se d6precient.

Ge sont la deux causes tr6s reelles de d6precia-

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tion : insuffisance et surabondance de production.

La depreciation ne peut 6tre evitee que par des procedes qui suppriment m4me la libertd de consommation, dont les socialistes se flattaient d'assurer le maintien parmi la ruine de toutes les autres libertes. Pour eviter la depreciation des billets par insuffisance des produits ou par surabondance, on devra ne produire que ce qui est destine a satisfaire les besoins essentiels, les seuls dont on puisse determiner avec assez d'exactitude T^tendue, par la statistique.On retranchera de la vie tout ce qui parait une superfluity, ce qui correspond a un caprice, a une mode. Ce sera au detriment de la productivity gen6rale ; car les besoins essentiels sont limites et $i le travail de tous n'est destine qu'a les satisfaire, une quantity enorme de travail se trouvera inemployee.

Les loisirs crottront peut-6tre, mais ils seront sans joie puisqu'ils ne seront conciliables avec aucune consommation de jouissance.

M£me en ce qui concerne les besoins essentiels, les inconv6nients enormes d'une erreur de calcul am&neront vraisemblablement l'administration a pratiquer le rationnement. On imposera a chacun la nature et l'6tendue de sa consommation. Quelle philosophic progressive ! dira Proudhon du communisme. N'en pourrait-on pas dire autant du collectivism^ ? II n'y a pas la moindre exageration dans ces hypotheses. Comment connaitre la con-

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sommation si on ne la determine, si on ne la fixe ! II n'est d'adaptation possible de la production a la consommation en regime collectiviste que par le rationnement.

On nous assure que chacun, en s'abstenant de consommer ses acquisitions ou d'echanger ses bons, pourra conslituer une epargne. Mais, outre que cette epargne constituerait un effort m6ritoire, qu'elle serait m6me absolument condamnable puisqu'elle s'exercerait sur la satisfaction legitime des besoins essentiels et indispensables, personne ne serait tente d'epargner puisqu'il n'en peut r^sulter aucun profit. Le pr6t ne pourrait 6tre que clandestin, mais il est bien certain que si le pr£t subsistait ce ne serait qu'avec sa condition, Pint6r6t.

En somme, nous voyons que Tapplication du principe de determination de la valeureconomique en travail est injuste puisqu'elle reconstitue la rente — sterilisante, puisqu'elle supprime Tinitiative, et decourage Teffort — regressive, puisqu'elle fait disparaitre toutes les libertds.

d) A ces critiques, peut en 6tre ajoutee une, d'ordre technique, qui implique aussi la depreciation du bon de travail. Le bon de travail n'est pas indispensable en regime collectiviste puisqu'on peut proceder par comptabilite. Mais si, pour supprimer les complications extremes du compte individuel, on prefere, comme il est fait generalement, recourir au bon de travail, on con-

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stitue par la un intermediate monetaire denu6 de valeur intrinseque,un pur signe. Or, l'absence de valeur intrinseque dans un signe mon6taire est quelque chose de souverainement criticable. C'esl la une observation que nous pourrions reproduire a chacun des chapitres de cette etude.

Une monnaie de papier, un simple bon sur lequel aura et6 inscrit unchiffre, ne peut pas inspirer le m6me degr6 de confiance a celui qui le recoit que ne ferait une monnaie portant avec soi son gage, et presentafnt, de par ses qualites physiques et chimiques, des garanties de solidite, de duree, de surete. Une monnaie est bonne quand, appropriee a l'imperfection humaine, elle met autant qu'il est possible la fraude dans Timpossibilite de s'exercer.

Sans doute, en regime collectiviste, TEtat emettra seul des bons et, T6change entre particuliers devant peu se produire, on ne sera expose a recevoir de bons que de la main des fonctionnaires de TEtat. II y a la peut-6tre un moyen de maintenir la confiance. Gependant les fonctionnaires collectivistes peuvent ne pas presenter toutes les garanties voulues de probite et de delicatesse. Tout le monde sera fonctionnaire ! Mais c'est d'une facon plus profonde qu'il faut critiquer le signe d'echange, depourvu de valeur intrins^que. Nos billets de banque ne sont-ils pas frequemment contrefaits, malgre les precautions prises pour rendre la fraude impossible, lis sont

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devenus des vignettes extr^mement couteuses et « l'entretien d'un milliard en billets, ecrit M. de Foville, arrive a 6tre plus on6reux que l'entretien d'un milliard en pieces de 20 francs »*. Or les billets de banque ne sont emis, relativement a remission de bons d'echange auxquels donnerait lieu le regime collectiviste, qu'en tres petite quantite. lis n'existent pas en coupures inferieuresa 5o francs, et dans ces conditions, au 25 Janvier 1906, la circulation des billets n'etait que d'unp valeur de 4 721 millions.

Par sa multiplicity la monnaie collectiviste rendrait les precautions centre la fraude impossibles et extr^mement onereuses. II faut condamner le principe theorique, artificiel de la monnaie signe et sa substitution a la realite historique d'une monnaie « qui repond aux exigences de la mentalite humaine » (de Foville).

e) Mais Tobservation essentielle qu'en terminant nous voulons adresser au collectivisme, e'est que la notion de valeur se trouve par ce syst^me transformee, comme le dit M. Bourguin, dans son essence mSme.

II ne s'agit pas de considerer la theorie marxiste comme une theorie r^aliste de la valeur. Personne ne maintient plus cette theorie comme

1. V. de Foville, La monnaie, p. ao4 et suiv. Gf. p. io4 J la piece de ao fr. qu'il faut refiaire environ au bout de 75 ans, coute o fr. 3o a remettre en bon 6tat.

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une interpretation scientifique des faits 1 . Mais elle est du moins le tableau figure de Tavenir, elle reste Yideal des transformations futures 2 , essentiellement orientees vers la repartition. Or com me telle, nous la considerons comme une violation absolue et arbitraire de la nature des choses. Elle est une determination objective de la

i. Elle ne rend plus de service qu'en periode electorate quand elle permet a M. Guesde d'6crire : « Marx a demontr£ que le capital 6tait du travail non pay£ et que le travailleur £tait par suite l'6ternel vote. » En fait, les disciples de Karl Marx ont abandonn^ cette th£orie etinterpretent dans un sens particulier la port£e que lui donnait le maitre. Pour Bernstein, elle est « un simple moyen d'analyse et de raise en Evidence, c'est une clef, une image id£ologique qui sert a expliquer les pltenomenes ^conomiques comme la consideration de Patome sert a expliquer des pltenomenes chimiques. C'est un moyen d'analyse et d'investigation ». Pour G. Sorel, disciple plus ferme de Marx : « 11 n'y a pas dans Marx, de veritable tlteorie de la valeur au sens que 1'on attache communlment a ce terme, mais une tlteorie de l'6quilibre Iconomique reduit au cas d'une soctete prodigieusement simplified... » C'est-a-dire que Karl Marx raisonnait comme Smith surl'hypothese ancienne d'un&at de choses dans lequel le travail seul intervenait pour la repartition, les capitaux n'6tant pas appropries. Mais il a des lors commis la faute de presenter l'application de cette tlteorie aux pltenomenes de la realitl actuelle. Il en a tir£ de mauvaise fbi toute la tlteorie de la plus-value. Karl Marx, lui-meme, dans le 3 e tome du Capital indique que le prix de production 6quivaut au prix de revient, augmente* du profit moyen et que « le profit moyen passe dans la formation des prix, de telle sorte que les marchandises sont £changees, en realite, non proportionnellement a. la quantity de travail socialement necessaire qui y est contenu, mais en raison des capitaux necessaires & lear production. » Cf. Alfred de Tarde, I'Idee da juste prix,, 1906, p. 226 et suivantes.

2. C'est le point de vue de Proudhon qui l'emporte : la conception rationaliste ou de justice qu'au nom du fatalisme economique Marx a declare non scientifique.

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valeur, phenom£ne par essence subjectif. Elle est une fixation de la valeur, ph£nomene essentiellement variable.

On est g6neralement d'accord aujourd'hui pour reconnaitre, d'abord que la valeur est un ph£nomene subjectif, une appreciation ; ensuite pour reconnaitre qu'elle est rapport.

Elle est un ph£nomene subjectif, c'est-a-dire une appreciation dans laquelle entrentcomme elements la consideration des besoins ou des d£sirs

et celle des « obstacles » (Pareto).

Elle est un rapport, c'est-a-dire que la notion m6me de valeur, et non seulement son expression, suppose une comparaison, deux termes entre lesquels notre appreciation etablit une egalite ou des differences. II n'est point besoin de recourir aux details de la demonstration fournie sur ce point par les economistes de Tecole autrichienne 1 .

lis ont tente de determiner le point oil se fixe sur le marche la valeur d'un produit, et, dans la mesure ou ils ont essayede pr£ciser,ils ontdonne parfois trop de rigueur mathematique a leur theorie. I/idee generale nous suffit ; nous avons le sentiment que la valeur d'un objet n'est pas quelque chose qui puisse se faire, se determiner en

i. V. Karl Menger en 1871 (Grundsdtze der volkwirthschaftslehre), Stanley Jevons en 1874 (Theory of political economy), Walras (Elements d'economie politique, 1874), et d'une fa con plus nette, Bohm Bawerk et W. Smart.

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dehors de nous, de nos appreciations. Nous sentons qu'elle doit rester en relation avec nos besoins, nos desirs, qu'elle depend de leur degr6 d'intensite relative et des obstacles subjectivement apprecies que nous trouvons a leur donner satisfaction.

Nous definirons lavaleur economique, ainsi que le fait le professeur Schmoller : « la connaissance par comparaison et estimation de Timportance plus ou moins grande qu'a un bien particulier ou un service particulier, par suite de la facilite qu'il y a a se le procurer et de son application a la realisation des buts economiques de 1'homme 1 .))

L'analyse realiste de la valeur nous permet de rejeterd6liber6mentrapplication,dans le domaine de Tart economique, d'une theorie fondee sur la meconnaissance absolue de la nature humaine.

Le collectivisme, regime d'oppression individuelle, d'automatisme etde paralysie economique est, au point de vue de son organisation de l'6change, un regime de faillite financiere, endemique et permanente ; il ne parvient pas, malgre Tintolerable g&ne dont il enserre toutes les relations sociales, a assurer l'equilibre de la production et de la consommation; il rente les faineants au depens descourageux etlaisse subsister

i. Schmoller, Principes d'economie politique, traduction Platon, 1906, t. Ill, p. 2^9.

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Tinegale repartition qui provient de l'inegale fecondite des instruments de travail.

Le collectivisme est inacceptable. Or c'est a lui que se ramenent fatalement toutes les organisations socialistes de l'echange. Nous F avons montre une i re fois en analysant le systfcme d'Owen qui, th6oriquement, etait un systeme d'elimination de la monnaie metallique & la fois comme intermediaire des echanges et comme etalon des valeurs ; qui, pratiquement fut un systeme d'organisation de la monnaie signe. La tentative theorique comme la tentative pratique presupposaient une organisation collectiviste de la production. C'est la m&me conclusion qui doit resulter, avec une nettete infinimeut plus grande, de l'analyse des systemes de Proudhon, comme elle se degagera de l'analyse des systemes theoriques de Vidal et de Haeck, comme elle se degagera enfin de l'analyse du comptabilisme social.

En condamnant le collectivisme \ c'est done tous ces systemes qui se trouvent condamn6s.

i. Nous faisons de la valeur-travail l'ideal moral du marxisme. C'est la, croyons-nous, un point de vue qui reste exact, me me dans une toute autre interpretation du marxisme que celle que nous avons donnee. Engels, dans Pavant-propos de la Misere de la philosophie, declare que jamais Marx n'a base sur cette theorie ses idles communistes « mais sur l'ineluctable ecoulement de la production capitalist e a laquelle nous assistons.» Mais nous n'avions pas a nous demander comment s'opererait la revolution economique (et les theories deterministes de Marx ne visent que cette question) ; nous avons suppose cette revolution economique realised, et nous ne voyons pas qu'en dehors des diversites de tactique les socialistes different sur le

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but a atteindre. Sur la question de tactique, il est trois interpretations qui s'appuient avec plus ou moins de titres, surl'autoritede Marx. La premiere est negative de toute action : elle attend de la pression meme des fa its la realisation de l'ideal social. Mais c'est la un point de vue auquel ne s'attardent pas les socialistes depuis que les statists ques ont cruellement dementi les provisions de Marx. La deuxieme «st la tactique parlementaire ou rSformiste pratiquee par les partis socialistes depuis qu'ils existent ; elle appuie sa collaboration a l'oeuvre legislative sur l'autorite de certains textes marxistes (notamment sur certain es phrases de la critique du programme de Gotha (1875) comme celle ou Marx denonce l'erreur deLassalle, d'apresqui, vis-a-vis dela masse proletarienne, tous les partis socialistes seraient une mime masse reactionnaire). On donne parfois comme le premier theoricien de cette tactique reformiste, Bernstein (Socialisme thiorique et socialdemocratie pratique, 1898, trad. 1900) qui soumit le marxisme a une « revision » retentissante. (Ce point de vue comporterait biendes reserves.)

La troisieme tactique est celle des syndicalistes. Elle est proprement rOvolutionnaire. Le grand effort de ses theoriciens est de montrer qu'elle est aussi proprement marxiste. Pour le demontrer, ils s'appuient: i° sur ce fa it que la tactique parlementaire a eu besoin pour se justifier de soumettre a une revision les theories de Marx ; 2° sur les Merits politiques de Marx (le 18 brumaire, la Commune de Paris) ; 3° sur ce fait aussi, atteste par la critique meme du programme de Gotha, que la fusion operee en 1895 au congres de Gotha entre les Lassaliens, d'une part, Bebel et Liebknecht, de Pautre, et d'ou sortit la social-democratie allemande, ne se fit pas sur un programme marxiste. (La critique de Marx, en fait, ne fut pas connue lors du congres de Gotha ; elle avait ete envoyee de Londres par Marx sous forme de lettre a son ami Bracke ; elle ne fut publiee qu'a la veille du congres d'Erfurt en 1891.) Les syndicalistes considerent que Marx a to uj ours fait de la force le moteur fondamental de la Revolution. Pour Marx, toutes les realisations sont subordonnees a 1' effort propre de la classe ouvriere. C'est le mouvement de cette classe, replied sur elle-meme, qui pourra faire naitre toute une efflorescence destitutions socialistes [Voir Hubert Lagardelle, Mouvement socialiste 7 novembre 1906]. Seul, le mouvement cree la vie, une vie riche et complexe dont on ne peut prevoir les formes. Des lors, il faut s'abstenir de toute prophetie ! [Voir Georges Sorel, Introduction a VEconomie moderne, preface, p. 3 ; Pouvrage tout entier plein de vuessi jus-

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tes, notamment sur le developpem en tdu system e de l'6change,est 6crit dans un esprit marxiste d'interpretation objective].

Quelle que soit la valeur de ces interpretations, nous pretendons qu'elles ne sont relatives qu'aux moyens d'atteindre le but. Le but est fondamentalement unique chez tous. Par quelque moyen qu'il soit realist : cooperatives, bourses du travail, federations, c'est a quelque chose d'analogue au collect] visme que l'on doit aboutir, a une federation corporative unitaire qui aura tous les defauts du collectivism c Les syndicalistes veulent « vider l'Etat de toutes ses functions utiles pour les transporter dans le monde ouvrier » mais c'est la jouer sur les mots, de la m^me facon qu'en opposant l'Etat, administration des c hoses, a l'Etat, gouvernement des personnes (Voir Emile Faguet, le Socialisme en igoy, p. aoo) ; les syndicalistes ne nous paraissent done point echapper, malgre l'absence chez eux de systemes positirs, aux critiques que nous venons de faire du collectivisme, forme superieure du socialisme, a laquelle Seramenent toutes les formes du socialisme de l'echange.

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