C. — Analyse des projets de la periode
i. — Le projet de la Banque d'Echange parut dans le Beprisentant du Peuple du 8 mai i848. Cetait un projet theorique encore, mais formule on articles precis, et susceptible de servir de statut fondamental a une societe se constituant suv ses bases.
2. — L'acte constitutif de la Banque du Peuple fut passe devant notaire, le 3i Janvier 18/19. Online a devenir pratique, les circonstances le firent rester a l'etat de projet. Proudhon, gerant et directeur de l'entreprise, fut en effet condamne a Pemprisonnement le 12 avril 1849.
Avant d'examiner cesdeux projets, il en est un qui les esquisse, precis par sa simplicity, qu'il faut indiquer d'un mot parce qu'il servait a Proudhon a la fois de proced6 critique justificatif et de projet d'amelioration partielle.
Proudhon proposait de faire fonctionner la Banque de France sans capital, de ne donner par suite aux effets de commerce d'autre garantie que -celle d'une realisation en argent a Pecheance, les besoins 6tant satisfaits dans Pintervalle par remission de billets a cours force.
L'idee est celle que reprennent sur la question des banques demission tous les socialistes depuis Proudhon. Nous la retrouverons exposee par
Aucuy. II
162 LES SYSTtiMES SOCIALISTES D'feCHANGE
Vidal. Elle l'a ete plus recemment 1 en France par M. Millerand en 1892, par M. Viviani en 1897; en Belgique, par MM. Hector Denis et de Greef en 1899-1900.
On doit supprimer l'encaisse m'etallique qui n'a aucune espece d'utilite. Les billets circuleront comme maintenant et il n'est pas besoin que l'Etat intervienne pour imposer le cours force, personne ne fera rembourser ses billets. Mais de la suppression d'une encaisse immobile, r^sultera la reduction du taux de Tescompte, a 1 pour 100 dira Proudhon 2 , a 1/2 pour 100 dira M. de Greef.
1. Voir notre introduction, -a. En 1849 (neuvieme lettre a Bastiat, Bastiat, QEuvres completes, £d. Guillaumin, i854, t. V, p. ao5), Proudhon 6crit : « Les inte>els dus par la Banque a ses actionnaires £tant de 4 pour ioo sur un capital de 90 millions, les Prais d'administration, risques compris de 1/2 pour 100..., je dis que la Banque de France peut, que si elle peut, elle doit, a peine de concussion et de vol, require le taux de ses escomptes a 1 pour 100 et organiser le credit foncier en meme temps que le credit commercial. »
GP. Voix du Peuple, 9 Janvier i85o : Dans un systeme qui confiait 1 'administration des banques aux Chambres de commerce, Proudhon proposait d'elablir le taux de l'escompte de o Pr. a5 a 1 Pranc.
GP. Idee generate de la Revolution au xix e siecle (1 85 1), 5 e etude : a La Banque de France a ete fondle avec privilege du gouvernement par une Compagnie d'actionnaires au capital de 90 millions. Le numeraire actuellement enPoui dans ses caves s'eleve a 600 millions environ. Or ce numeraire qui s'est accumule" dans les caves de la Banque, par suite de la substitution du papier au metal dans la circulation g£n6rale, est pour les 5/6 la propri£t6 des citoyens. » D'ou la Banque doit 6tre ger6e comme une cooperative et Pinter^t profiter aux v^rtables preteurs qui sont les depositaires a la Banque.
Nous retrouverons ces id£es avec Vidal et Haeck. Ce qui leur don . nait alors une force particuliere, c'etait l'apparence d'un antagonisme
La reforme que nous venons d'indiquer avait un autre int6r6t. Elle dessinait par avance le fonds m6me du projet de Banque d'echange ainsi que Proudhon le reconnait lui-m6me. Un negociant, G. Madol, dont la lettre a Proudhon ' est importante a bien d'autres egards, lui ecrivait : « Le billet de banque affranchi de la condition du remboursement en esp^ces est parfaitement analogue a votre billet de credit ». Proudhon repondait : « II ne s'agit en effet que de cela : affranchir le billel de banque de la condition du remboursement en esp&ces » (t. VI, p. 248).
i° Banque dechange.
La Banque d'echange a le m6me caractere autonome que la Banque de France ; plus independante encore, elle fonctionne en dehors de tout controle d'Etat; elle est administree, surveillee par des representants de ses membres qui sont tous ses clients. Elle est constitute par adhesion aux statuts, par libre contrat.
Ainsi constitute par convention, formee sans capital (art. 4), la Banque recoit de ses mernbres, entre autre mission, celle qui est fondamentale et caracteristique : la mission d'escompter.
Proudhon nous dit qu'elle ouvre le compte de
absolu entre l'inte're't de la Banque et l'inte're't general. L'ann^e 18^7, annee de pleine crise industrielle, commerciale, agricole, avait, par elevation du taux de l'escompte, procure des benefices exceptionnels aux actionnaires. Le dividende distribue avait ete de 17 pour 100. 1. Proudhon, OEuvres completes, t. VI, p. 243.
164 LES SYSTEMES S0GIAL1STES D'tiCHANGE
chacun parlacategorie des traites et remises (p. 216). A prendre ces mots dans leur expression absolue, on pourrait croire que la Banque dresse le compte de ses clients sur ses registres. L'actif individuel, lorsqu'il consiste en produits (ou en promesses) dont la valeur est faite par un accord precis, puisqu'elle constitue la contre-valeuracce/?te£ d'un produit livre, figurerait au compte. La consommation donnerait ensuite lieu sur les registres de la Banque a l'inscription d'un passif auquel correspondrait une incription d'actif au compte du fournisseur. Les echanges se regleraient ainsi par virement d'icritures.
Nous nous sommes cru autorise a formuler cette vue, parce qu'elle laisse entrevoir quelquesuns des rapprochements que nous aurons a faire entre le systeme de Proudhon et le comptabilisme social. Elle est d'ailleurs en son fonds conforme a la r^alite du m6canisme adopte par la Banque d'6change. En effet, quand la Banque escompte, elle remet un bon d'echange qui correspond a Tinscription d'actif. Ce bon passe a un nouveau titulaire en echange d'un produit, c'est-a-dire que le compte de credit se vire de liii-m£me par simple remise du titre. C'est la ce qu'exprime Proudhon dans sa reponse a Madol. Madol lui 6crivait : » L'idee de se passer du numeraire n'est pasaussi nouvelle que vous semblez le penser... Pour ma part, je concois une soci^te ou tout se reglerait par des virements de compte. » Proudhon r6pond :
« Et nous aussi nous concevons cela. Mais, reflexion faite, il nous semble que ce serait trop d'ecritures, et qu'il est infiniment plus simple, dans l'immense majorite des cas, d'employer le billet d'echange, qui offre, comme la monnaie, l'avantage d'etre un compte tout vire 1 . »
L'escompte a la Banque d'6change se fait au tarif de i pour ioo (art. 23) representant simplement les frais de fonctionnement.
II n'est preleve aucune prime de risques comme mesure de precaution contre la fraude, Particle 25 stipule : « Elle escompte a 2 signatures ». Mais voila qui necessite Intervention prealable d'un banquier ou d'une caution ; en effet, il n'est pas prevu d'etablissement de m6me nature que la Banque elle-m6me, mais plus rapproche de celui qui s'engage et pouvant lui accorder une signature, comme les sous-comptoirs le faisaient alors a l'egard des comptoirs. L'intervention indispensable du banquier ne se fera pas gratuitement et il y a par la, dans le systeme, une fissure par oil disparaissent tous les pretendus avantages enumeres. L'avantage n'est que pour le banquier qui reescomptera gratuitement ce qu'il aura escompte cher 2 .
i. Proudhon, OEuvres completes, t. VI, p. 2^7.
2. V. Part. 53 : La Banque d'echange a & Paris son principal etablissement.
Elle a dans chaque arrondissement une succursale et dans chaque percepteur un correspondent.
La succursale escompte, comme la Banque elle-m&me, sur 2 signatures.
Elle n'est pas un etablissement de ga ran tie independant.
D'apres ce qui vient d^tre dit, et conformement aux principes poses, la Banque monetiserait les produits settlement, et seulement les produits vendus, ou du moins promts et acceptes a un prix determine. Mais l'organisation speciale de l'echange se compliquait en fait d'une organisation du Credit proprement dit. En rialiti la Banque d'echange fait trois autres operations de monetisation :
i° Sur les produits non vendus, comme dans le systeme d'Owen ;
2° Sur les immeubles ;
3° Sur garantie personnelle.
G'est ce qu'il nous faut d^montrer en y insistant, car ce point est generalement laisse de cote et cependant il est, comme nous Tetablirons plus tard, la preuve de l'identite presque complete qui existe a nos yeux entre le systeme de Proudhon et le comptabilisme social. Proudhon, comme le* fera M. Solvay, monitise. en fait tout V avoir individuel.
* i° II monetise les produits non vendus, par suite, de valeur incertaine, d'utilit6 contestable. C'est bien en effet d'une monetisation qu'il s'agit a l'article 3i, d'une monetisation partielle il est vrai : « La banque achete a moitie, a deux tiers, a trois quarts, ou a quatre cinquiemesdu prix derevient* selon les circonstances et la nature, les marchandises des soci6taires et les leur consigne par un acte de d6pot privil^gie (Art. 1932 du G. C.) ».
Pour se couvrir contre les risques eventuels de baisse de leur valeur, la banque ne prend a son compte, x\achete les produits que pour une portion de leur valeur.
Elle s'interdit par ailleurs des benefices sur la valeur ult6rieure de ces produits consignes.
L'article 34 stipule en effet : L'excedent de prix obtenu par la vente sur le prix fixe par la consignation, apparliendra au proprietaire de la marchandise, sous deduction d'une commission au profit de la banque, de 5 pour ioo sur ledit excedent.
Par cette operation, la banque d'echange se rattache 6troitement a la banque- d'Owen 1 , et malgre les precautions prises ici, il est a redouter qu'elle n'encoure des risques graves; incertitude de placement et de la vente, baisse possible,
2° La banque monetise les immenbles, comme les objets mobiliers, et de la m&me facon : pour une partie de leur valeur.
L'operation est dite : Credits sur hypotheques.
i. Hector Denis : « L'experience du Labour Exchange differe essentiellement de 1'entreprise de Proudhon, car la Banque d'e* change de Proudbon avait pour principe de ne socialiser par l'escompte que les valeurs faites, c'est-a-dire de n'attribuer le pouvoir acquisitif general et illimite qu'aux valeurs constitutes par 1'eckange m^me, oper6 entre les individus. » Si dans cette citation, on souligne les mots : pour principe et pouvoir acquisitif general et Mi mite, 1 'affirmation est exacte, ma is elle ne doit pas £tre produite sans les restrictions que nous faisons ici.
168 LES SYSTtiMES SOGIALISTES D'feCHANGE
Mais il ne s'agit pas en realite de credit ou tout an moins il s'agit de credit gratuit 1 .
L'article 44 determine la nature de l'operation : « La banque achhte a terme la propri6t6 aux trois quarts de sa valeur et la consigne au proprietaire qui en devient gerant et administrateur responsable, bien qu'il fasse toils les fruits siens. »
Que doit-il arriver a l'£cheance du terme ? Ou bien le propri6taire remboursera le montant des bons d'echange qu'il a recus, et son titre de propriety lui sera restitue. Ou bien il ne remboursera pas. Que fera la banque des lors?Devra-t-elle vendre ? Operation qui ne peut lui fdurnir Foccasion d'aucun benefice, puisqu'elle restituerait Texcedent du prix de vente sur Tavance consentie par elle, mais qui peut lui reserver des deconvenues, au cas de baisse.
L'article 45 apporte a cette derniere question une solution differente, peut-etre plus defavorable encore, il decide que la banque prendra livraison de la propriete et pourvoira a son exploitation.
3° La banque fait des avances sur garantie personnels. Par la, nous entendons les operations
I. Le caractere de l'operation se trouve encore accentu£ par la critique qu'a feite Proudhon d'une proposition de banque hypoth^caire. La proposition avait £te finite a Passerablee nationale par M. Turk et Proudhon en disait : « Pour prix de la faculte de battre monnaie avec un immeuble, le proprietaire paie a l'Etat pendant toute la duree du pret et nonobstant le remboursement qui y met fin un interdt de 3, 4, 5 pour ioo... La Banque d'echange credite sur hypotheque, sans interSt et moyennant annuites. » Proudhon, VI, 221.
enumerees sous la rubrique : Credits a decouvert
sur caution. Ony pourrait comprendre aussicelles qui figurent au titre de la commandite.
Les articles 37 et 38 donnent a la banque l'autorisation « d'ouvrir des credits a decouvert » (37) en exigeant « pour unique garantie la presentation de deux ou plusieurs cautions, suivant que la banque le juge prudent et utile ». Les cautions sont solidaires, mais la banque s'interdit de traiter avec elles autrement qu'a l'amiable (art. 4i) au cas de non-paiement de la part du societaire cr6dite.
Au titre de la commandite, Proudhon donne pour mission a la banque de « provoquer, susciter... commanditer, de son influence, ... de ses lumieres, de ses avances, £oi/teentreprise...» qu'elle aura jugee conforme a certains principes (art. 49- 62).
Telles sont les attributions de la banque d'echange.
Par l'analyse que nous venons d'en faire, nous voyons que s'aggravent toutes les critiques que nous avons adressees au principe du systeme :
i° II y a aggravation du d6faut d'equilibre entre la production et la consommation, parce que des valeurs incertaines, ihutiles peut-etre, peuvent conferer a leurs detenteurs un pouvoir reel de consommation.
2 II y a aggravation du vice <X inflation, puisque, sans en 6tre detourn6 par la necessite de pftyer un
interet, chacun peut mobiliser son avoir, par la augmenter d'une facon enorme et indefinie la masse des bons d'acquisition qui, dans ce regime, jouentlerole de monnaie.
II doit en resulter une hausse considerable des prix de toutes les marchandises. La theorie quantitative des prix devient vraie, dans le cas d'une pareille augmentation du stock monetaire.
II y a la par suite aggravation du risque de depreciation.
3° Mais ce risque de depreciation s'accroitra encore de toute l'incertitude du gage, non plus incertitude de realite du gage, mais incertitude de valeur et perte possible a la realisation.
Les erreurs devaluation sont probables pour trois raisons :
La premiere c'est qu'on ne dispose pas des elements d'information n6cessaires et que la Banque est trop eloignee du credits pour se rassurer sur son compte avec exactitude ;
La deuxieme c'est que devaluation suppose des competences diverses et que Proudhon charge le m6me etablissement d'organiser a la fois, par une confusion dangereuse, le credit mobilier, le credit immobilier, le credit personnel ;
La troisi6me raison. c'est Tabsence d'interet personnel bien serieusement et directement ressenti dans une entreprise aussi vaste, dont les pertes retombent bien sur tous, mais de facon assez lointaine.
On pourrait ajouter une quatrieme raison : l'absence de prelevement et d'escompte. Nous avons dit de l'interdt qu'il etait indispensable a la formation du capital. II est egalement indispensable au fonctionnement d'une banque, et cela a deux egards :
a) D'abord parce qu'il sert a defendre la reserve, l'encaisse, et que la reserve est indispensable a une banque pour faire face, avant l^cheance de ses rentrees, aux demandes de remboursement de billets qui peuvent se produire.
V) Erisuite parce qu'il est un instrument de defense contre Taccroissement trop considerable des capitaux circulants et contre l'envahissement des mauvaises valeurs. II est une garantie de security, comme le jeu de TinterGt personnel dans revaluation.
20 Banque da peuple.
La banque du peuple est dans l'ensemble un projet de m6me nature et qui n'envisage T6limination des metaux pr6cieux que comme intermediaire des ^changes.
Signalons cependant qu'elle se constituait, par suite des exigences de la loi, avec un capital monetaire. Ce capital devait 6tre de 5 millions de francs et etait divise en un million d'actions de 5 francs.
Pour les m6mes raisons d'ordre legal 1 , la banque se constituait sous la forme d'une societe en commandite, dont Proudhon personnellement £tait le directeur commandite.
La banque du peuple emettait des bons de circulation representant a Torigine les especes en caisse, puis elle etendait son emission, comme precedemment, a la representation des effets de commerce, des produits non vendus, des immeubles, etc.
Nous ne retiendrons de ce projet que deux dispositions : Tune qui rev&le et accentue une inquietude d£ja apparente dans le projet precedent ; l'autre qui prevoit un organisme particulier a cote de la banque.
i. — En ce qui concerne le papier individuel admis a Tescompte, il doit, dans tous les cas, comporter deux signatures, mais cette condition n'est pas par elle-m&me et a elle seule suffisante, si Ton en juge par les articles 3i et 3s qui n'accordent a la Banque la faculte d'escompte que stir « bonnes valeurs » et « sous les precautions ordinairement prises par les banquiers ». Nous disions precedemment que seuls les banquiers profiteraient de Tinstitution du credit gratuit. Voila qui se trouve
i. Rappelons qu'a cette date de legislation rigoureuse contre les soci£tes anonymes par actions, la formation des soci£tes en com man dite par actions etait libre. Ce n'est que la loi du 24 juillet 1867 C L UI etablit un certain minimum pour le montant des actions ; le minimum a £t£ abaisse a s5 francs par la loi du i er aout 1893/ lorsque le capital n'excede pas 200000 francs.
confirme. Ce sont aussi les riches, ceux dont la solvability est incontestable. Pour les autres, on refusera leur papier, par necessite de ne courir •aucun risque. Comme le fait remarquer M. A. Menger, ce sont seulement les classes poss6dantes qui verront par la leur puissance economique accrue i . Pour les autres, il n'y aura rien de change, et la banque du Peuple ne « sera fermee qu'au peuple ».
2. — Nous avons deja dit que la banque Prou- •dhonienne serait impuissante a assurer une adaptation suffisante de la production a la consommation. Par le jeu de ses principes, elle donne des droits de consommation qui faussent a chaque instant le mecanisme des prix, et les indications qui en r^sultent ; elle sert de debouche a ce qui peut &tre invendable, a ce qui peut cesser d'avoir une utilite.
D'autrepart, ellelibere insuffisammentrouvrier; elle ne le lib^re qu'a la condition qu'il soit maitre du produit, et degag6 du joug du capital. La Banque semblait permettre a chacun de se constituer le capital necessaire et Toutil de sa production. Nous avons dit qu'il n'en pouvait 6tre ainsi, -car il est des capitaux dont la valeur depasse les facultes dacquisition du travail de Touvrier. La ■disparition de l'atelier independant le prouve suffisamment, et les necessites de la production,
i. A. Menger, Droit au produit integral da travail, trad. Alfred Bonnet, 1900, p. iti.
174 LES SYSTfeMES S0C1ALISTES D'feCHANGE
son 6tendue, sa masse ne peuvent s'accommoder d'un retour a Fetat d'independance.
G'est pour les deux raisons que nous venons d'indiquer que Proudhon, comme l'avait fait Owen, prevoit Torganisation de la production et celle de la consommation, a cote de Forganisation de l'echangc.
Gette organisation doit se faire, d'apres Proudhon, par le moyen de syndicats librement constitues.
Chacun de ces syndicats recoit en theorie la forme d'une association centrale.
« Sous ce nom de syndicats, Proudhon a concu deux grandes societ6s charg6es de centraliser les fonctions de la production et de la consommation, de telle sorte que toutes les diverses operations de detail qui venaient a la Banque du Peuple comme au grand agent de la circulation eiissent a passer pr6alablement par une de ces deux societes, independantes de la banque... 1 .))
reorganisation de ces syndicats est tr6s imprecise. II est seulement dit du syndicat de production qu'il est compose des del6gues naturels des diverses branches de la production, proposition peu explicite, et il n'est rien dit de la composition du syndicat de consommation.
i. V. Rapport de la Commission des de)egu£s du Luxembourg. Proudhon, OEuvres completes, 1. VI. p. 2q5. Un. certain no in b re d'ouvriers d£legu£s avaient ete appeles a se prononcer sur le projet de Banque du Peuple.
Nous ne passerons pas en revue leurs attributions, elles sont illimitees et incoherentes. A travers le vague du projet, on entrevoit le d6sir de constituer un mecanisme dans lequel la consommation commanderait la production, en determinerait l'etendue et la vari6te — d'autre part lui fournirait ses instruments de travail ct ses mattered premieres, les lui avancerait, en se creditant sur le produit.
Mais une question prealable se posait qui n'a ete ni envisagee ni tranchee. Comment le syndicat de consommation se procurerait-il ces instruments de la production ? En offrant, par l'interm6diaire de la banque, des bons d'echange aux capitalistes. Mais il y a la une question de rachat qui, vraisemblablement, devra prendre le caractere d'une expropriation forcee. On n'aborda pas le probleme.
Gette tentative en fait n'a d'autre importance que celle d'un aveu ; elle demontre Timpuissance oil Ton se sentait enfin de concilier avec le maintien de la production en concurrence, un regime oii T du fait seul de la disparition de la monnaie commeinterm^diaire des echanges, le mecanisme des prix serait corrompu et brise, impuissant a assurer l'adaptation de la production a la consommation. II fallait en outre une organisation de la production qui mft aux mains des ouvriers leurs instruments de travail et leur assur&t la propriete du produit a echanger. Proudhon le reconnait.
176 LES SYSTEMES S0CIAL1STES D'^GHANGE
Pensait-il sauver la liberty parce qu'il faisait appel a des organismes librement constitues ? Tout d'abord il y avait dans l'organisation libre qu'il r&vait une erreur evidente de processus ; son organisation de production, il la determine d'en haut et d'un bloc, il etablit l'autorite d'une association unique a la place de celle de l'Etat. En sera-t-elle differente? Non.
Mais cette erreur est un enseignement utile a recueillir. Par la, Proudhon a pris a rebours le probl^me que s'efforcent a resoudre aujourd'hui les cooperateurs, organisant par en bas, echelon par echelon, des cooperatives libres, destinees a se fondre plus tard dans une federation unitaire, oil la consommation dirigerait tout le mScanisme de la production. Du moins, il aura contribue a montrer que, l'id6al atteint, la constitution entierement cooperatiste de la societe se confond avec la constitution collectiviste ellem^me. Laliberte nesubsiste, en regime d'organisation cooperative que tant que l'organisation ne sera pas generalisee, constitute. Elle n'existe que dans le moyen choisi pour aboutir. Mais a sa limite de realisation, le choix de la profession devra cesser d'etre libre, de m6me l'etendue de la production individuelle ; la consommation, enfin, aura le m6me caractere lignite dans sa variete qu'en regime collectiviste.
II restait a Proudhon un pas a franchir pour se confondre avec le collectivisme. La monnaie me-
tallique, depouillee de celle de ses fonctions qui assure la stabilite relative de sa valeur, ne constituait plus qu'une sorte d'etalon ideal. Maisl'6talon id6al, nous le verrons plus specialement a propos du comptabilisme social, ne se concoit pas. Aussi la monnaie disparait-elle completement, avec la production libre, dans le dernier effort que fit Proudhon pour organiser Techange.
Troisieme etape : Le projet d'Exposition
PERPETUELLE DE l855.
Les circonstances qui donnerent lieu a Telabo ration de ce projet en expliquent certains caracteres,
II fut ecrit pendant l'Exposition universelle de Paris, et adresse par Proudhon a Tempereur Napoleon. Celui-ci desirait donner une affectation utile au Palais de PIndustrie qui venait de servir de lieu d'exposition passagere aux commercants. -
Proudhon demande que la m6me affectation soit conservee, d'une facon permanente et definitive, au Palais de Tlndustrie. II demande pour tous les commercants, constitues en societe, la faculte d'y etablir un comptoir general d'echantillons de tous leurs produits. Les produits eux-m&mes pourraient 6tre reunis et deposes dans les magasins communs, docks, halles.
AUCUY. 12
178 LES SYSTEMES S0C1ALISTES D'fiCHANGE
Le Palais des echantillons deviendrait ainsi le lieu de rendez-vous des producteurs et des consommateurs. Ceux-ci y feraient leurs choix et leurs commandes ; sans changer de place, ils pourraient se procurer les objets les plus divers.
A cet avantage, auquel les grands ma gas ins doivent une partie de leur succ^s, s'en joindrait un autre : celui du bon marche. Les frais du commerce se trouveraient en effet notablement diminues gr&ce a I'organisation en commun d'une sorte de Boutique centrale. Proudhon indique que par la les commergants se trouveraient dispenses d'avoir leur propre boutique, dispenses d'habiter sur la rue et pourraient m&ine abandonner la ville pour la campagne. Mieux que cela, les commercants deviendraient inutiles, et la circulation des produits serait assuree par les producteurs euxm6mes.
Ils auraient alors dans leur comptoir de vente un etablissement de commission qui ferait disparaitre les prelevements de 25 ou 3o pour ioo operes par les commissionnaires. Ainsi disparaitrait l'arm6e des interm6diaires parasites.
De cette economie dans les frais de circulation, qu'accentuerait une economie de personnel, de frais gen6raux et notamment de reclame, il r6sulterait inevitablement une reduction de prix au profit du consommateur.
II n'y a pas lieu d'insister ici sur cette reforme qui ne souleve aucune critique. On peut souscrire de
tout point au principe de cette tentative, d'ailleurs reprise par les cooperatistes, realisee par certaines corporations 1 et qui trouve, bien loin du camp socialiste ou cooperateur, des adeptes convaincus, comme M. Domergue par exemple, le directeur de la Reforme economique 2 .
Le premier caractere de la Soci6te d'exposition perpetuelle formee entre producteurs etait done de servir de commissionnaire general et de constituer un comptoir de vente.
Mais l'etablissement central, recevant dans l'esp&ce les produits a vendre, intermediate desinteress6 entre producteurs et consommateurs, servant de comptoir aux producteurs les plus divers, eux-m6mes consommateurs de ce qu'ils ne produisent pas, pouvait organiser en m6me temps
I . Les ebenistes, a Munich et a Vienne, se sont a in si constitues un comptoir central, ou un service de voitures conduit les clients a uxquels il n'a pu etre donne satisfaction dans l'etroite boutique de chaque adherent. Le cartell est quelque chose d'un peu different. II n'a pas pour but de vendre directement au consommateur, mais simplement de maintenir les prix de vente, fftt-ce au commerce, a un certain niveau.
a. V. J. Domergue, Comment et pourquoi les affaires vont mat en France (1906), notamment p. 44, 53, 60. M. Domergue analyse les causes du mal dont souffre la production. II elimine comme cause la surproduction. Et il considere que la mauvaise organisation de la vente, la sujetioh a 1'egard du grand magasin est la cause essentielle. D'ou le remede : organisation de la vente en commun. II propose notamment le procede de F exposition, utilise dans 1'industrie automobile ou dans les arts, pratique a certains jours par les grands magasins : exposition qui devrait elre non pas permanente, mais bi-annuelle. Il est vrai que M. Domergue se propose surtout de favoriser la lutte contre les grands magasins et non de les englober dans une organisation generale de la vente sur le principe cooperatif.
l'echange direct, sans intermediate monetaire. Proudhon reprit en effet ses anciens projets en proposant de faire de l'etablissement, en m£me temps qu'une maison de commission:
i° Une banque d'echange ;
2° Une banque de credit.
i. — Sur produits deposes, de valeur determinee par expertise d'une part; sur valeurs faites, c*est-a-dire sur produits promis, non deposes mais vendus, la Societe delivrait des bons d'echange a valoir pour leur valeur sur les produits deposes ou sur ceux qui se trouvaient chez les adherents.
La banque fait aussi Tescompte des effets de commerce en argent, mais, constitute sans capital monetaire suffisant, il lui faut alors pouvoir reescompter immediatement a la Banque de France. Elle preleve des lors un inter&t de 4 pour 100, tandis qu'elle nen preleve aucun, ou ne preleve que 1/2 pour 100, quand elle escompte en bons d'echange. C'est interesser tous les producteurs et consommateurs a adherer aux statuts de la Societe et a en faire partie.
Remarquons que les billets d'echange sont ici stipules payables a un ou plusieurs jours de vue.
2. — Sous forme d'emission de billets ou d'avances de produits, la Society fait egalement et, dans les m6mes conditions que les etablissements precedents, des operations de credit gratuit sur gage immobilier, mobilier ou sur cautions, personnelles.
Qu'arrive-t-il dans ces conditions ? Proudhon nous dit que la Societe d'Exposition perpetuelle ne gardera pas longtemps le caract&re d'un etablissement de commission, n'operant pas pour son compte et par suite ne courant aucun risque.
Bientot, elle ach&tera ferme ; elle assurera la production contre tout risque de baisse. Get achat se fera a des prix debattus entre producteurs et expertiseurs.
Voila la Societe proprietaire du produit et le vendant a ses risques et perils comme faisait la Banque d'Owen.
L'evaluation du produit qui resulte de l'expertise et qui donne lieu a remission d'un bon d'echange 6nonciatif de sa valeur represente, dit Proudhon, le pair du change. La valeur du produit varie autour de ce point fixe qu'est le pair ; il n'est pas directement question de la fixer. Elle derive d'un rapport d'offre et de demande et ce sont les variations de ce rapport qui determinent les variations du change. Gependant Proudhon nous dit que la Societe prendra en main la direction de ces variations. Le cours du change sera par elle modifie de facon : i° a suivre constamment les variations du rapport de Foffre et de la demande; 2° a compenser les pertes que la Societe est exposee a faire par les gains qu'elle realisera.
II y a, de ce chef, une premiere critique a adresser au systeme : la compensation des pertes parait £tre a Proudhon de tout point conciliable avec la
182 LES SYSTtiMES SOGIALISTES D'^CHANGE
determination du change d'apres les variations du rapport de Toffre et de la demande.
De deux choses Tune cependant: ou la Societe suivra d'une facon absolue ces variations, et alors elle s'exposera a ne voir nullement les gains compenser les pertes, car il peut y avoir des causes de baisse qui s'exercent a la fois sur tous les produits (exemple : perfectionnements techniques generaux dans les modes de production et, plus surement, dans un court intervalle de temps, la diminution generate de la demande telle qu'elle peut se produire a la suite d'une crise).
Ou bien (seconde alternative) la Societe s'efforcera avant tout de compenser les pertes par les gains, c'est-a dire qu'elle pourra etre obligee de hausser demesurement le change de certains produits, ce qui l'expose au risque de les garder pour compte.
En fait, aucun risque ne peut, selon Proudhon, exposer la Societe a de mauvaises affaires. Elle suit les indications du rapport de l'offre et de la demande parce qu'elle est un etablissement modele et desinteresse ; elle pourrait tout aussi bien ne pas les suivre. Elle est maitresse des cours: Elle les dirige, elle ne les subit pas. Elle exerce « la haute police sur toutes les valeurs ».
Cette direction des valeurs suppose I'exercice d'un monopole ou d'un quasi-monopole. La societe d'echange direct agit en vertu de sa masse comme un cartell geant, elle domine tout le marche,
elle fait des conditions, elle n'en subit pas. Elle pourrait imposer des cours exager£s, mais elle n'a pas adopte le role d'une sorte de cooperative se conformant aux conditions generates de la vente, et distribuant, par voie de ristourne a ses membres, les benefices realises sur eux. La Societe englobe par hypoth&se la generality des producteurs et consommateurs ; il n'exisle plus de concurrence. Des lors, la Soci6te doit se contenter de ne pas faire de pertes, les pertes etant destinees a retomber sur tous.
Ainsi Proudhon croit pouvoir concilier le monopole avec la liberte : i° parce que la Society est constitute par de libres adhesions ; 2° parce que la determination des valeurs sera conforme a ce qu'elle serait dans le regime actuel. Dernier refuge etderni&res illusions auxquelles, sansycroire, Proudhon tenait encore.
Nous connaissons une premiere raison pour laquelle revaluation ne sera pas conforme a ce qu'elle serait dans la r£alite de sa determination libre : c'est la preoccupation de ne pas perdre. Gette preoccupation se subordonne toutes les autres.
Mais il y a deux autres raisons du m6me fait : la premiere, c'est qu'il n'est pas certain que les variations de valeur soient dans un rapport de proportionnalite absolue avec les variations du rapport de l'offre et de la demande.
La deuxifeme raison, c'est qu'il est impossible en pratique de connaitre les variations de ce rap-
184 LES SYSTEMES S0C1AL1STES D'tiCHANGE
port ; cela suppose en effet qu'on le connait exactement lors de revaluation primitive et qu'on ne cesse pas un instant d'en pouvoir mesurer les deux termes.
Or cette rnesure ne peut pas se faire a priori. Ge n'est que lorsque la demande s'est exercee qu'on en peut mesurer l'etendue. D'ailleurs la demande depend essentiellement des conditions de l'offre. On ne voit pas comment une determination des cours pourrait se faire sur des donnees qui n'existent pas au moment de cette determination. On ne le concoit que si ces variations etaientala fois determines : dans Toffre, par une organisation de la production; dans la demande, par une organisation de la consommation.
C'est-a-dire qu'on 6chapperait au grief de l'immobilisation de la valeur en la faisant varier dans des termes de convention, en disciplinant rigoureusement les conditions qui la determinent, en exercant la « haute police » sur la production et sur la consommation.
Mais c'est la tout le collectivisme enfin alteint, impose par l'organisation que Proudhon souhaitait ne donner qu'a Techange !
A un autre point de vue encore, une r£glemenlation generate s'impose.
Le projet d'Exposition perp6tuelle fait en effet disparaitre le role qui restait dans les projets precedents aux metaux precieux : celui d'etalon des valeurs.
PROUDHON i8o
II y a ici, pour chaque produit, une valeur au pair qui est la valeur d'estimation, valeur variable nous savons dans quelles conditions. A revaluation du produit recu il est delivre au producteur un jiombre correspondant d'unites d'echange.
Pour l'acquisitioii ult6rieure du produit, selon les variations de sa valeur, il est exige plus ou moins de ces unites d'echange. Le tarif du change ■correspond a ce que nous appelons le prix, mais il n'est pas le prix.
La notion de prix disparait, et nous parlons « d'unites d'echange » parce que Proudhon elimine le franc metallique comme unite devaluation.
w Le franc de la Convention, ecrit Proudhon, n'est pas le franc veritable, c'est une fausse mesure, urie fausse monnaie. » Il nous parle ensuite « d'unite ideale dont on est force d'admettre que toute valeur echangeable se compose », unite qu'on degage par le bon d'echange, « unite fixe, ideale, absolue ». Par la Proudhon nous \nontre qu'il considere la valeur comme une qualite intrins^que des choses. La valeur n'est pas consider^e comme une relation, elle est une quantite.
C'est la seule clart6 que Ton puisse d6gager de l'obscure logomachie a laquelle, sur ce point, Proudhon s'est livre 1 .
Le bon general de la Societe mesure le nombre d'unites de valeur qui se trouventintrins^quement en chaque objet : une unite, deux unites de valeur,
i. Theorie de la Propriete. Edit. Flammarion, p. 274 et suiv.
telle est, semble-t-il, la suscription qu'il portera. Mais encore faut-il que Ton se represente exactementl'unitede valeur, ind6pendamment desobjets materiels qui la reproduisent et la multiplient.
M. Solvay nous dira que nous en avons la notion psychologique et mentale, que cette unite n'a pas besoin de se r6aliser materiellement, qu'elle resuite des pes£es psychologiques par lesquelles, constamment, nous mesurons la valeur des choses.
Est-ce aussi d'une unite ideale, d'un 6talon psychologique des valeurs que veut parler Proudhon ? On ne sait. Dans un passage d'une desesperante imprecision, il declare que cette unite correspond a la journ^e moyenne de travail, qu'elle lui correspond nature I lement : « Le franc exprime par le billet de la Societe n'est plus le franc de la Convention, soit 5 grammes d'argent a 9/10* de fin, ou une quantity proportionnelle d'or : c'est le franc de la nature et de l'humanite, le franc de la science que Adam Smith avait entrevu dans la journ£e de travail. En effet, puisque le bon general d'echange est^representatif de toutes les valeurs produites ; que ces valeurs ont toutes pour origine et determination primordiale la quantite de travail qu'elles ont coHiti (rien de tel n'a £te dit par Proudhon anterieurement) ; que, compares entre elles, elles supposent une moyenne autour de laquelle chacune oscille et pivote, il s'ensuit que le bon d'echange, valeur type ou etalon de la Societe,
n'est autre chose que l'expression de cette unite, ou d'un multiple de cette unit6 que nous avons appelee la journee moyenne de travail l ».
Son imprecision rend cette conception incomprehensible. Le bon d'echange est tout d'abord donne comme l'expression d'une unite idiale, ensuite cette unite est donnee comme correspondant a la journee moyenne de travail. Par unite id6ale « fixe, absolue », il ne peut 6tre entendu une unite abstraite y telle que la determination en pourrait 6lre faite par les calculs dont nous avons parl6 au chapitre precedent, que Ton degagerait de la consideration des temps individuellement employes a la production d'objets de m^me nature. On ne voit pas comment une unite fixe pourrait correspondre a la journee de travail moyen qui n'est pas une grandeur indefectible puisqu'elle sort de la realite des travaux et des temps individuels et concrets.
Si c'est en fin de compte d'une Evaluation en temps de travail que Proudhon a voulu parler — et tel nous semble 6tre le fonds de sa pens6e — comment, ainsi qu'il le maintenait jusque-la, les variations du rapport de l'offre et de la demande pouvaient-elles se mesurer en travail, et que resterait-il d'une determination de la valeur, respectueuse des realites ?
On sort done finalement des conditions de la