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I. Theorie de la propriete, Edition Flammarion, p

vie en concurrence pour entrer dans le monopole, dans la reglementation, dans le mecanisme. La valeur prend un caractere artificiel, comme en regime collectiviste. C'est pourquoi le systeme de Proudhon trouvait sa place apr&s le regime collectiviste. avec lequel le but de cette etude 6tait de Fidentifier, pour la demonstration de cette idee, clairement mise en lumiere par Marx, a savoir : que Ton ne peut pas commencer par reformer l'echange, ou que, du moins, on ne peut le faire sans agir en m6me temps sur les conditions de la production.

Nous croyons avoir fait cette demonstration, en respectant toute la pensee de Proudhon.

Experiences pratiques d'echange direct.

La critique theorique que nous avons faite du systeme developpe par Proudhon, en 1848-49, et qu'a confirmee, selon nous, le projet de i855, tirera une force particuliere de l'examen de deux experiences pratiques: Tune est, en son fonds, differente de celle de Proudhon, mais elle met en lumiere les dangers du systeme; Tautre est dircctement inspiree de Tceuvre de Proudhon.

A. — La Banque Bonnard.

La premiere est la Banque Bonnard qui fonc-

PROUDHON m

tionne encore de nos jours sous le nom de Comptoir central du Credit et dont le siege est a Paris, 3i, rue de Mogador. Son directeur, M. J. Naud, est le petit- fils de Bonnard.

La Banque Bonnard fut fondle a Marseille le 10 Janvier i84q avec un capital de 7825 francs. Elle n'avait d'une banque que le nom. Elle etait l'entreprise d'un courtier. Bonnard s'adressait aux commercants chez eux. II allait trouver par exemple un boulanger et lui tenait le langage suivant : « Vous avez besoin, me dites-vous, de souliers et vous n'avez pas d'argent pour en acheter. Mes recherches m'ont fait connaitre un cordonnier qui a precisement besoih de pain. Je vais vous mettre en rapport Tun avec Tautre, mais je vous procure un service en favorisant le debouche de vos produits, vous me devez done une remuneration. »

Ce qu'il y avait dans ce systeme de commun avec le systeme de Proudhon : e'etait Tid6e d'eliminer la monnaie.

Mais il y avait d&s Fabord cette difference que l'intermediaire favorisant l'echange direct des produits etait un intermediate interess6*.

1. Proudhon, en i855, parlait de Bonnard dans les termes suivants : « Le sieur Bonnard, dont le comptoir etabli a Paris a acquis en quelques mois une vogue extraordinaire, si toutefois on doit s'en rapporter aux jactances d'un homme connu par ses hableries autant que par son ignorance et ses plagiats, Bonnard, disons-nous, prend jusqu'a 33 et 5o pour 100 de commission... Sa maxime est' que, m£me en faisant vendre le produit au prix de revient, il rend service et que

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Le proc6de technique auquel recourait Bonnard pour favoriser Techange des produits 6tait de m6me nature que celui de Proudhon : de sa visite chez le boulanger, Bonnard rapportait un billet ainsi concu: « A vue, je paierai au porteur la somme de 20 francs, en pain de ma fabrication, au cours. » C'6tait la le contenu essentiel du billet qui avait d'autres caracteres sur lesquels nous reviendrons. Bonnard laissait au boulanger une promesse de m6me nature du cordonnier, a lui delivree pr6c6demment au cours de ses recherches et qui donnait au boulanger le droit d'aller se fournir de souliers chez le cordonnier.

Nous pouvons supposer que celui-ci n'a pas bcsoin de pain, pour introduire un element nouveau dans le probleme. La dette en marchandises du boulanger reste done dans la circulation. II faut lui trouver un placement. C'est l'office de Bonnard de la placer en ^change d'une promesse de m6me nature.

Bonnard, non seulement tire du service qu'il rend une remuneration, mais il ne court aucun risque.

Le billet de cr6dit que nous avons eu sous les yeux est de i855 ; il est ainsi concu dans son integrality :

toute commission si elev£e qu'elle soit est legitime. » Thiorie de la Proprieti, p. 266. V. sur la Banque Bonnard, Journal des Economistes, avril 1 853 ; mais la plup art des indications que nousdonnons provientient d'une enqu£te penramelle aqpres de M. J. Naud.

Comptoir central V. C. Bonnard et C ie

Billet de credit

Paris, le 21 aout i855.

A vue, je paierai au porteur la somme de quinze francs,

en pains de toute sorte de ma fabrication, au cours,

valeur regue en marchandise de MM. V. C. Bonnard et C ie , lesquels en aucun cas ne seront garants du present titre. Je m'oblige a payer en espfeces, si je n'etais en mesure de remplir mon engagement.

Ayant pris connaissance des conditions stipulees d'autre part, j'y adhfere sans restriction *.

Moreau.

(5o, Faubourg Saint-Denis.)

A cette analogie dans les proced6s techniques avec les premiers systemes de Proudhon s'en joignait une, du moins a 1'origine, avec le projet d'exposition perpetuelle. Au d6but, les commer-

i . Ges conditions, inscrites au dos, sont relatives : au paiement de la commission qui, primitivement payable en nature, est en 1 855 stipulee payable en argent. Elles portent egalement qu'il ne pourra etre demande d'intlrdt pour le temps ou le billet restera en portefeuille, que le billet doit 6tre satisfait a toute demande et a vue, puisqu'il est la constatation d'une dette, que le billet ne peut 6tre donne* en paiement ou en compensation pour une affaire anterieure a sa souscription, etc...

192 LES SYSTfiMES SOGIALISTES D'fiGHANGE

cants qui delivraient un billet de credit consignaient le produit m6me dans un vaste bazar que dirigeait Bonnard. Les objets les plus divers s'y trouvaient reunis. Mais Fentrepositaire ne prenait pas en charge les produits ; il se bornaitau role de commissionnaire. A defaut d'eeoulement de son produit, le credite devenait debiteur de la somme en argent qu'enoncait le billet.

Dans ces conditions, la banque prospera. Ent i853, le capital ayant ete eleve a 98 4oo francs, la banque donnait le benefice enorme de.n5o2& francs 1 .

L'entreprise avait en effet le caractere d'un etablissement capitaliste, dirige dans sa recherche du debouche par le souci de l'interet personnel, operant d'ailleurs sans risque, choisissant ses producteurs et le genre de produits le plus facile a ecouler.

Or malgre ces caracteres favorables a son sueces, la banque Bonnard se heurta, apr&s la disparition de la crise monetaire, a des difficultes dont nous pouvons trouver la preuve dans les trans-

I. On peut se demander quelle e"tait dans ce system e Putilite d'un? capital ardent, puisque i'intermediaire se bornait a mettre en presence des producteurs. Mais quand pour la premiere fois Bonnard alia trouver un commercant, il n'avait pas de billet de credit signe par un autre et qu'il put ^changer. Il avait done achete lui-m£me des p rod u itsdivers dont l'6coulement lui paraissait facile. Les vendeurs s'etaient engages a livrer en produits, au fur et a mesure des placements, l'6quivalent des sommes d'argent qu'ils avaient recues. Il en fut ainsi par la suite pour les extensions a donner a l'entreprise.

formations qu'elle a subies et qu'on peut, semblet-il, ramener a trois. C'est la qu'estTenseignement.-

i° Disparition des succursales : la maison de Marseille avait eu trois succursales: Tune a Rouen, l'autre a Paris, la troisi^me a Strasbourg. La succursale de Paris, fondee en i853, prit bientot une extension considerable. Bonnard la dirigea personnellement et d6s lors disparurent les deux autres maisons et la maison-mere elle-m6me, « parce cfu'en cessant d'etre sous Foeil et sous la direction du maitre, elles avaient cesse de faire de bonnes affaires » (expression de M. J. Naud) ;

2° Disparition de Fentrepdt. « II avait des inconvenients multiples » (J. Naud) et necessitait une importante installation. Actuellement la banque, devenue societe d'actionnaires, a son gerant, ses courtiers qui vont chez les commercants, dressent la liste des adherents, la publient, centralisent les demandes de produits, mettent ces demandes en rapport avec les offres constitutes par billets signes. Un seul risque est encouru : la solvability du signataire du billet n'est pas garantie, mais le banquier s'expose cependant a voir les billets lui rester pour compte : i° s'il n'en trouve pas T6coulement; 2° et si, se retournant contre le signataire pour lui demander de payer en argent, celui-ci est devenu insolvable ;

3° C' 'est sur constatation de ce risque reel qu'il a fallu prendre deux sortes de mesures :

a) On a d'abord introduit dans le billet souscrit Aucuy. i3

. 194 LES SYSTfeMES SOCIAUSTES DȣCHANGE

par le commercant Vindication d'un delai au bout vduquel, le produit n'etant pas ecoule, le montant du billet est recouvrable en argent. Voici comment se complete la nouvelle formule du billet :

A partirdu mil neuf cent Represent

billet cessera d'etre exigible et payable en travaux ou marchandises, et je m'oblige a en payer au porteur le montant en esp^ces, sans inter&t a quatre-vingt-dix jours de vue.

b) C'est de plus en plus sur des immeubles et sur des terrains que la Soci6te opere. Elle achete des maisons dans Paris, des terrains dans la banlieue parisienne : a Billancourt, Issy-les-Moulineaux t Maisons-Laffite, Viroflay, Saint-Germain-en-Laye. Elle vend ensuite ces terrains, ou les billets de credit delivres par leurs anciens proprietaires, a des commercants qui paient, partie en especes, partie en billets de credit a valoir sur leurs produits. Ainsi la banque retrouvera toujours son fonds si le billet ne peut &tre ecoule ; elle s'est assure le privilege du vendeur d'immeubles.

Mais de plus, elle opere la sur une matiere indepreciable : la terre de banlieue parisienne ; elle est certaine d'avance de trouver preneur.

Telles sont aujourd'hui les conditions dans lesquelles fonctionne la banque J. Naud et C ie sous le nom de Comptoir central de credit. Ses actions sont cotees a la Bourse sous la rubrique des soci6t6s immobilieres, ce qui desfinit le caractere de

PROUDHON i95

ses principales operations. Elle publie un catalogue des adherents entre lesquels les affaires se soldent par billets de credit. Son catalogue de 1906 en enum&re environ 1 200. II eontient, en outre, des feuilles de reclame pour chaque adherant et c'est ce catalogue que remettent partout les courtiers, en sollicitant les adhesions. « En adherent, ditle catalogue, lesindustriels etles commercants peuvent s'assurer une vente certaine de marchandises, un accroissement d'affaires, une augmentation de clientele et une publicite utile. »

Au i er Janvier igo5,le portefeuille des billets de credit etait de 1 3 9 8 o55 fr. 58. Les entries de billets de credit ont ete durant Tann6e igo5 de 888 564 fr. 4o. Au bilan de l'annee, il en restaiten portefeuille pour une valeur de 1 3i5 992 fr. 61. On voir par la que l'6coulement n'en est pas extrGmement rapide.

Ces details n'auront pas ete, croyons-nous, sans interSt. lis montrent qu'une entreprise conduite dans des conditions infiniment superieures aux conditions de l'entreprise de Proudhon : localisation de l'entreprise, jeu de 1'interSt personnel, prelevement d'escompte, risque extrSmemenl r6duit, a du, pour pouvoir vivre, et non pas triompher avec eclat f , s'assurer de nouvelles garanties et limiterde plus en plus ses entreprises de placement aux terrains de la banlieue parisienne.

I. En 1906, elle a delivre - a ses actionnaires un dividende de 7 fr. 5o par action (sous deduction d'impot).

196 LES SYSTEMES S0GIAL1STES D'tiCHANGE

II n'est pas de preuve plus demonstrative de la rialiti des dangers infiniment plus graves qui eussent vou6 Fentreprise de Proudhon a la ruine

B. — La Warenbank de Harxheim ZelL

On aurait cependant tort de croire que les idees de Proudhon relativement a l'organisation du credit et les principes directeurs qu'il en avait traces fussent depourvus de tout interSt actuel et pratique . Certains socialistes contemporains, historiens mal avises, negligent cette partie de Toeuvre de Proudhon et Tont depuis longtemps declaree sans port£e. C'est au contraire la partie essentiellement vivante de Toeuvre de Proudhon, d'abord, parce qu'a cote des erreurs de theorie certaines, ont ete formulees par lui bien des verites incidentes ; ensuite, parce qu'on peut considerer comme derivant de lui tout Teffort de mutualite dans l'organisation du credit qui a trouve en Haeck un si admirable theoricien et qui a donne de veritables r^sultats. L'ecole de Proudhon n'est pas morte : elle revit tout entiere avec Tecrivain allemand Michel Flurscheim, originaire de Bade, qui a fond6 en 1894 a Harxheim Zell (Palatinat rhenan) une banque d'echange proudhonienne, et, quelques ann£es plus tard, est alle en fonder une autre en Nouvelle- Zelande. Les ouvrages de Flurscheim posent en outre le probl^me d'une adaptation de banque d'echange a Torganisme, parfaitement constitue de

nos jours, des societes cooperatives de consommation et de production 1 .

Nous ne savons quelle a ete la destinee de la Mutual Exchange Bank de Nouvelle-Zelande ; mais on peut juger de ses destinees probables, sinon accomplies, par celles de la Warenbank constitute en 1894 a Harxheim Zell.

1 . Les ouvrages de Michel Fliirscheim ont ete analyses dans une etude tres interessante de M. Hector Denis, pa rue dans les Annales de I'Institut des se. societies et en brochure sous le titre : La cooperation comme fondement de la re" forme monetaire (1900).

Michel Fliirscheim est Pauteur d'un assez grand nombre d'ouvrages, notamment de Wahrung and Weltkrise ein Versuch zur beseitigung des Geldmonopols, de The real history of Money Island (1897).

Ge dernier ouvrage qui est l'histoire d'une ile imaginaire presente un interet particulier. Fliirscheim y rattache les Banques d'echange (dont ailleurs il s'est fait le propagateur) aux societes cooperatives de consommation. II fbnetionne dans File, comme en Angleterre, des societes d'achat en gros ou Wholesale Societies qui approvisionnent des cooperatives. Ges societes, achetant aux seuls producteurs qui acceptent des bons de consommation sur l'ensemble des produits qu' elles emmagasinent, finissent par generaliser le system e d'echange direct de produits deposes contre consommations prelevees. Elles agissent comme des Clearing-house.

On ne peut pas dire qu'il y ait a cette utopie nouvelle une base realiste interessante : a) Au point de vue pratique,, on a invoque la tendance des societes anglaises d'achat en gros a diriger la production. Elles centralisent les demandes de produits, ce qui fait qu'elles connaissent les besoins, par la meme elles y proportionnent P off re ; elles ont parfois leurs ateliers de production et sem blent realiser le reve dont M. Gide est l'eloquent defenseur ; mais il ne semble pas que le systeme ait encore donne des resultats importants, 6) Au point de vue theorique, la generalisation du systeme nous conduirait a Tequivalent d'un regime collectiviste, a un organisme unitaire et bureaucratique, a une limitation de la consommation, a la seule satisfaction des besoins communsgeneraux.

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Cette banque fut fondee d'une facon directe, dans une petite localite de 4ooo habitants environ, par Jacob Schmitt, ancien meunier, puis fabricant d'engrais qui n'avait reussi dans aucune entreprise. II fut encourage moralement par T6crivain Michel Fliirscheim, qui r^digea les statutsde la banque et promit au besoinson concours pecuniaire.

Le but de la Societe etait ainsi defini par Tarticle 2 des statuts : « la Society se propose de remplacer Petalon metallique (?) qui domine aujourd'hui la production entifere, par T6talon marchandise dans une aussi large mesure que possible. »

, LTarticle 3 enonce le principe g6n6ral du proc6de : « elle veut atteindre ce but en donnant Toccasion aux fournisseurs de retirer l'equivalent d'une partie de leurs marchandises en les payant non en argent mais en bons 6manant d'eux qui ne sont plus convertibles en monnaie mais en marchandises...)) 4 .

On reconnait par le simple 6nonce de ces deux articles Tidentite du systfeme avec celui de Proudhon.

La banque se constituait avec un capital de

1. Cette traduction, assez p£nible comme on levoit, est de M. Hector Denis. Les statuts allemands sont introuvables ; il semble meme que la forme sous laquelle ils ont 6t6 communiques a M. Hector Denis n'ait 6t£ que l'expression scientifique d'une tentative pour laquelle Paccord entire quelques adherents s'e*tait fait verbalement, ou tout au moins avec le minimum de conventions £crites.

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s5oooo marks (art. 5). Elle eut beaucoup de peine a en rassembler une partie.

Dans ces conditions, elleavait pour reussir deux a vantages qui manquaient a la banque proudhonienne :

i° La premifere c'est qu'elle etait constitute dans une petite ville, qu'elle avait un nombre restreint d'adherents pouvant d&s lors surveiller leur reciproque solvability ;

2° La deuxieme, c'est que la Waren Bank semble n'avoir voulu fonctionner que pour le placement et l'echange de certains produits d'un genre determine (von Producten der Landwirtschafte, des Hausbedarfs) (communication du bourgmestre de Harxheim Zell).

Gependant la Waren Bank n'eut qu'une.vie languissante durant quatre ans. Elle avait cesse d'exister en 1898, quand M. Hector Denis en revelait l'existence.

Les breves conclusions que nous tirerons dy 1' analyse du systeme de Proudhon sont de deux ordres.

1. — En premier lieu, il nous suffira de rappeler que Proudhon, en cherchant a eliminer la monnaie comme intermediate des echanges i° n'aboutissait pas au resultat qu'il esp6rait ; 2 se heurtait a trois ordres de difficultes.

200 LES SYSTEMES SOGIAL1STES D'feCHANGE

II n'atteignait pas son but qui 6tait de liberer le travailleur. C'est de la separation du capital et du travail, c'est-a-dire du mode de production, que derive la suction du travailleur, si elle existe ; c'est le mode de production qui determine le mode de repartition. Les modes d'organisation de Fechange ne peuvent pas ameliorer la situation de Fouvrier. L'echangiste ne peut echanger que ce qui est sa propriete. Or le travailleur n'est pa& propri6taire de son produit.

D'autre part Felimination de la monnaie comme intermediate des echanges soul^ve trois difficulty, qui ne disparaissent partiellement que dansun milieu ou la production et la valeur sont arbitrairement determinees. Ges difficultes sont les suivantes : i° Finsuffisance de garantie inherente a tout regime de monnaie-signe ; 2° le defaut d'adaptation de la production a la consommation ; 3° Fimpossibilite de conserver a la monnaie son role d'etalon.

Nous ne faisons que rassembler ici des resultats acquis par Fanalyse et confirmes par revolution m6me des idees de Proudhon.

2. — Nous pouvons tirer d'autre part de Fexamen critique, auquel nous nous sommes livr6s^ des conclusions relatives a 1'organisation du credit. Proudhon avait identifie Fechange a credit avec Fechange au comptant, puisque Fechange effectue a credit dans les rapports individuels pou- ■vait se transformer en echange au comptant, dans

PROUDHON 20i

les rapports sociaux, et que cette transformation se faisait sans pr6levement d'aucune sorte.

Nous avons £carte cette chim&re. Le credit consiste essentiellement dans Foctroi d'un bien actuel contre un bien futur. II est Fechange d'une r6alite contre une promesse. Par la m^me Foctroi de credit necessite certaines mesures de precaution, parmi lesquelles nous pouvons citer: Fin6galite plus ou moins grande du pr6t a la valeur du gage, Fappr6ciation et la surveillance de la solvability du credite.

De ces deux mesures de precaution indiqu^es parmi tant d'autres, il resulte que, pour 6tre effectives, elles necessitent : i° une forme d'organisation du credit dans laquelle a) le crediteur se trouve aussi rapproche que possible du cr6dite b) Finteret personnel du crediteur entre en jeu ; 2° des conditions speciales d'octroi du credit suivant qu'il s'agit du gage immobilier, mobilier ou de credit personnel.

Nous ajoutons que Fescompte est, comme prime de risques, un element accessoire de garantie, et, comme prix de l'abandon d'un capital sans immediate contre-partie, absolument legitime.

reorganisation du credit reste d'ailleurs un mode d'action indirecte surles conditions de Fechange. Dans la mesure oil le credit se ferait sur garantiespersonnelles, il peut mdme ameliorer le sort desouvriers qui, n'6tant pas proprietaires du produit de leur travail, ne peuvent disposer de ce produit

20i LES SYSTEMES SOCIALISTES D'fiCHANGE

pour se faire octroyer du credit non plus que pour Techanger directement. Ce serait la le seul moyen pratique d'agir sur Pechange sans toucher au mode de production. Mais nous verrons quel role reduit le credit personnel est appel6 a jouer, et que de precautions il suppose.

Avec Vidal et Haeck, nous pourrons envisager l'organisation du credit sous ses formes diverses. Leurs systemes ne sont plus totalement chimeriques comme celui de Proudhon ; mais ils participent de la m6me erreur : celle qui consiste a croire qu'en organisantle credit (et sauf la reserve ci-dessus)on amelioreles conditionsdu travailleur ; de plus, ils sont enveloppes de confusions, d'erreurs theoriques ou pratiques sur la nature de Tinstrument de credit, qui sontd'origine proudhonienne.

Du systeme de Vidal nous pouvons, en outre, dire qu'il reflate encore tres exactement toutes les aspirations socialistes en la matiere. G'est ce qui en fait l'inter^t.

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