‹ Les systèmes socialistes d'échangeChapitre 45 sur 55 · Haristoy, op. cit. t p. aa · texte numérisé non relu

Haristoy, op. cit. t p. aa

a. V. de Foville, La monnaie, p. aa3 et suiv.

Gette facon de payer supprime les transports d'argent interna tionaux, elle ne supprime pas la necessity d'acheter avec de la monnaie dans le pays les creances a expedier.

LE GOMPTABILISME SOCIAL 295

banque de Londres 1 . Et des ^changes pourfaient se faire sans remise effective par simple mandat t^legraphique. Lestransferts telegraphiques entre banquiers sont devenus courants : ils constituent de veritables cheques internationaux, utilises surtout dans les operations d'arbitrage qui sont des ordres d'achat pour lesquels la plusgrande promptitude est indispensable. Ges ordres s'enchev^trent si bien qu'il est possible de les regler pour la plus grande part par compensation. Le transfert tel£graphique se fait, m6me a decouvert, mais c'est une operation qui se restreint a des banques offrant une grande surface.

L'etablissement d'un Clearing house international a donne lieu a des propositions precises et des calculs de M. Muhleman ont permis de determiner « Teconomie mon^taire qui en resulterait». Actuellement, les liquidations internationales hecessitent l'usage d'un dollar pour chaque 17 dollars d'echanges commerciaux : les clearings nationaux ont reduit cette proportion a 1 pour 3o ;

I. L'indemnitS de guerre de 1870 (5 3oo millions) fut pay6e de la facon suivante :

5oo millions en especes ;

398 — en billets de banque de France, Prusse, Belgique ; 3a5 — en compensation de l'indemnitS due pour les chemins

de fer de l'Est ; 4 177 — en lettres de change tirees sur les dSbiteurs Strangers de la France.

De Greef, p. i46. — Gf. de Foyille, p. 220 (donne des clriffres un peu diffe>ents).

296 LES SYSTfiMES SOGIALISTES D'ECHANGE *

la mfeme economie serait r6alisee international lenient 1 .

Voila indiquee Timportance du mouvement

ctuel des compensations. Rappelons qu'il n'eii

resulte point que la proportion des ^changes

effectu^s sans monnaiese soit accrue. Hen r6sulte

seulement qu'elle est extr^mement consid6rable

II. — Mais il est des institutions sur lesquellesle comptabilisme s'appuie avec plus de complaisance encore, parce qu'elles constituent comme des experiences, et qu'elles semblent lui donner, outre cette premiere base, historique et evolutive,, la base indefectible de la methode experimental .

G'est ainsi que la 1 Caisse d'epargne postale d'Autriche* estfrequemment citee paries cdmptabilistes : Elle ne se contente pas seulement de rendre au public le service de conserver et de faire fructifier son epargne ; elle s'est fait Tagent tr6s efficace de l'extinction des creances et des dettes par compensation. Adhere-t-on a son service de cheques etde comptescourants: contre dtpdt effectu6 ou compte ouvert sur d6pot, elle delivre un titre qui en est la constatation et qui, envoye a un non-adherent, lui donnera le droit de se faire payer au guichet du bureau de poste dans

i. De Greef, op. cit., p. a4-

a. V. Annates de VInst. des sc. soc, 1896, p. 207 (Hector Denis).

LE GOMPTABILISME SOCIAL 297

le voisinage duquel il habite. Rien jusque-la de bien original ! II en est de mime en sorame chez nous quand nous envoyons un mandat-poste, sauf l'existence prealable du compte. Mais si Toperation se fait entre adherents — et la caisse d'epargne de Vienne s'efforce de multiplier ces relations entre adherents a son service de comptes coilrants en publiant leurs noms 1 , — un ordre de paiement se traduit par une double operation : inscription au debitde Tun d'entre eux, inscription au credit du ben^ficiaire.

Gette idee de faire ainsi de la caisse d'epargne postale le centre des operations de virements est une idee que favorise particulierement la multiplicity des bureaux de poste auxquels ont l'occasion de s'adresser les moins fortunes, c'est-a-dire ceux qui ont le plus grand besoin de ce mode economique de liquidation. Aussi s'est-elle r6pandue rapidement. Hector Denis, en Belgique, proposa recemment l'organisation d'un service de cheques et de virements de compte a la caisse d'epargne et de retraites, analogue a celui qui fonctionne en Autriche. Gette proposition ne fut pas adoptee parce que, le 12 aout 1901, devancant cette proposition, un arr6te du roi Leopold avait stipule l'application d'une reforme analogue par l'administration des postes : L'article 1 de cet arrets est ainsi concu : « La liquidation par Tadministration

1. Le nombre des affiles au service des cheques et virements de la Caisse d'epargne d'Autriche 6tait en 1903 de 57038.

298 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'fiCHANGE

des postes des sommes recouvrees du chef d'effets de commerce, de quittances simples ou d'envois avec encaissement dont le bordereau de depot s'el^ve a i ooo francs au mbins, peut, a la demande des ayants-droit, 6tre operee au moyen de versements faits a la banque nationale de Belgique, au credit de tout titulaire d'un compte courant a cet etablissement financier ou dans ses succursales et agences, soit le deposant lui-m6me ou un tiers expressement designe au bordereau. » Ge texte, un peu obscur, s'eclairera par un exemple : Un commercant ayant un compte courant a la banque nationale depose a la poste un bordereau de sommes a recouvrer dans 200 bureaux de poste du pays par exemple, et s'elevant a 10 000 francs. Le bureau de Bruxelles transmettra ces quittances en recouvrement et les bureaux encaisseurs Faviseront des recouvrements faits. La poste transmet alors a la banque nationale un avis la priant d'augmenter le compte courant de ce commercant de la somme de 10 000 francs et de retrancher par un jeu d'ecriture ces 10 000 francs du compte courant simple de Tadministration des postes 1 .

1. Pour bien comprendre la portle de cette re" forme, il faut savoir qu'en Belgique le recouvrement par le service des postes a une importance considerable.

La poste beige a fait (d'apres les statistiques du service postal du Bureau international de Berne) : ,

En t8g8, pour 766 454 708 francs de recouyrement.

Poste allemande, 600 289 437 —

Poste francaise, a49 36o 5o3 —

Poste suisse, 48 87 1 808 —

LE GOMPTABILISME SOCIAL 299

En Allemagne, la loi des finances du 3o mars 1900 avait pr6vu la creation pour le i er avril 1906 d'un service de cheques postaux.

En France, une commission constitute par le minist&re Millerand fut charg6e d'etudier la r6forme du mandat-poste et se prononca pour 1' adoption du cheque : contre depot d'une somme quelconque, la poste remettrait un carnet de cheques gr&ce auquel il suffirait, pour faire un envoi d'argent d'expedier au destinataire un de ces cheques que le bureau de poste devrait faire payer a vue.

Enfin en Suisse, la loi federate du 3 avril 1894 sur la regale des postes vient de recevoir l'adjonction d'un article qui organise un service du m6me genre. II est cree a la direction generale des postes une nouvelle division chargee du service des cheques et virements. Le monde 6conomique du i er Janvier 1906 signale les avantages de la reforme en ces termes : A a Berne veut payer un tailleur G a Genfeve. S'ila au bureau postal de Berne uncompte ouvert de plus de 100 francs et supirieur & la somme qu'il envoie, il d6tache un cheque de son carnet et Penvoie a B (cout de o fr. o5 a o fr. 10 par ioofr.). Mais si B a un compte de cheques a la poste, Tadministration op6rera, moyennant une taxe reduite, un simple virement sur compte.

Nous touchons avec ces dernieres indications a Tavantage de ce mode de liquidation. G'est une question d'6conomie. On a parl6 d'une economie

300 LES SYSTtMES SOCIALISTES D'feCHANGE

de metal. On a pretendu que par la on pouvait suppleer a son insufBsance ; a l'accroissement des echanges peut ne pas correspondre, dans une proportion suffisante, l'accroissement du stock m6tallique, m^me complete par un accroissement de la vitesse de sa circulation : l'usage plus important que Ton faitalors du proced6 de la compensation peut emp^cher une hausse de la valeur du metalmonnaie.

La ne reside pas a notre sens T6conomie. Rappelons-nous en effet que ce mode d'extinction des dettes n'augmente qu'indirectement la quanlite de numeraire, en augmentant la vitesse avec laquelle il peut circuler ; qu'il a sa base dans l'existence de la monnaie, que Techange des cheques ou les virements d'ecritures ne s'edifient que sur la base du d6pot.

L'6conomie veritable est double l : i° Le cheque tend a rendre inutile le billet de banque qu'il remplace sans lui 6tre inferieur. Ylimission d'un carnet de cheques a cet avantage de n'6tre pas soumise a toutes les conditions restrictives de remission des billets de banque ; elle n'est soumise a aucun impot tandis que les banques d'emission de plus en plus sont atteintes par la fiscalit6» Le cheque, de plus, peut dans une certaine mesure 6tre remplace par Finscription au compte qui peut donner lieu, a moins de frais encore, a un ordre

I. V. F.-S. Nitti, Essai sur les variations du taux de Vescompte. Revue d'icon. polit., 1899, p. 3i8.

LE GOMPTABILISME SOCIAL 301

de virement, et qui a les m6mes caracteres que le billet de banque ou le cheque : « L'escompte des effets de commerce n'a plus pour suite necessaire, 6crit Paul Loubet, remission des billets puisque I'inseription a l'actif d'un compte courant suffit— a -transformer en une creance exigible la creance a terme que le porteur du billet ou de la lettre de change a c6dee a la banque f . »

2° L'autre economie est une economie de d£placement qui peut se decomposer en une economie de temps, et en une economie de frais. Aux allies et venues desgarcons de recetles, necessairement multiples, se substitue Tall6e et venue d'un representant unique au Clearing ou m&me, sans aucun deplacement, une simple ligne d'6criture. Aux precautions de l'envoi de numeraire, aux frais de port, aux frais d'assurances contre les risques, chances d'erreur, se substitue la securite la plus complete a meilleur marche.

Le compte, comme une plaque photographique d'une extreme sensibilite, enregistre toutes les operations faites pour le compte du client. II est le reflet fidele de la vie economique de chacun de nous.

Etendre le compte, en faire le reflet de la vie 6conomique generate, lui donner comme base T6tendue de notre patrimoine, en faire la page, emouvante dans son abstraction, de toute notre vie, la nomenclature evalu6e de tous nos actes,tel

i. Paul Loubet, op. cit., p. 59.

302 LES SYSTfiMES SOGIAL1STES D'feCHANGE

est le resultat que le systeme comptabiliste se propose d'atteindre. Voila pourquoi ce long expose pr£liminaire, r6duit a ses proportions necessaires, etait indispensable et faisait en quelq'ue sorte partie dela description du comptabilisme luim£me. Mais le comptabilisme est autre chose qu'une simple systematisation du procede du virement.

Les trois caracteres du Comptabilisme social.

Nous avons vu quelles conditions il y avait a la liquidation des creances par les dettes qu'on Ieur oppose. Chacun de nous est tour a tour creancier et debiteur mais il n'est que rarementdebiteur de celui dont il est pr^cisement creancier. II luiafallu domicilier en quelque sorte tous ses fonds disponibles, pour que, se substituant alui comme il se substitue a une foule d'autres, le banquier put eteindre les creances par les dettes. Gette premiere condition, a savoir la centralisation chez le banquier, les comptabilistes la veulent obligatoire. Et ce n'est pas la centralisation chez un banquier quelconque qu'ils veulent instituer. Non, leur ideal est la constitution du compte courant et le reglement par virement. Mais nous savons qu'il suppose une banque unique « plongeant par le noinbre de ses succursales dans le torrent des

LE COMPTABILISME SOCIAL 303

echanges » (Hector Denis) et c'est cette banque unique, sup^rieure, commune, qu'il leur faut. Le comptabilisme de plus introduit, dans le mecanisme des paiements, des perfectionnements (?) techniques dont l'examen formera la premiere partie de notre expose.

L'autre condition, nous la connaissons 6galement : c'est la centralisation des fonds, c'est le depot. Nous avpns vu quelles conditions legales £taient mises chez nous a remission des ch&ques, et qu'en tout lieu l'inter£t personnel des banquiers s'opposait a une ouverture de credit a decouvert. Le comptabilisme supprime le depot et nous verrons, dans la deuxieme partie de l'expose, ce qu'il mel a la place. La se trouvent les innovations les plus graves et les plus contestables. C'est par Ik aussi que se rattache essentiellement aux systemes socialistes prec6demment envisages, le comptabilisme social.

Enfin nous examinerons son troisieme caractere qui est l'adoption de 1'etalon psychologique de la valeur.

A. — Le premier caractdre.

N*envisageons tout d'abord le comptabilisme qu'au point de vue des transformations qu'il introduit dans le mecanisme des paiements i .

I . A ce point de vue, se r6fe>er aux notes VII et V11I du Recueil, qui sont des lettres adress£es au S6nat et a la Chambre des representants en mars 1899.

304 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'fiGHANGE

Ghacun, dans l'usage courant, re§oit un carnet de cheques qu'il peut remplir au dela des sommes qu'il a deposees a la banque. Le banquier dans ce cas refusera de payer. Deslors la remise du cheque ne constitue pas entreles mains de celui qui le recoit, une valeur sure (ce raisonnement, rappelons-le, ne vaut pas pour la legislation francaise). II faudrait, pour que le cr6ancier fut eclaire, qu'il put connaitre a chaque moment le montant de Tactif de celui qui remet le cheque. II saurait ainsi s'il pourra 6tre paye. Mais l'actif se trouve engage dans des ecritures de compte courant qui ne sont pas sous les yeux des creanciers.

A New-York, un perfectionnement a ce systeme a et6 introduit : le cheque est poingonni ; il enonce le montant du depot jusqu'a concurrence duquel credit est ouvert. Mais il manque ici que Ton puisse connaitre les sommes dont il a ete deja dispose sur cet actif. II faudrait que la trace des paiements anterieurs fut conservee sur talon par exemple. C'est a ce probleme que M. Solvay apporte la solution suivante que nous donnons d'abord sousuneforme approximative, que nous pr6ciserons ensuite par la description qu'en a faite l'auteur.

Le banquier, au lieu d'un carnet de cheques, remet au d6posant un livret qu'on peut supposer par exemple divise en deux parties : la premiere partie compos^e de feuilles blanches, ladeuxieme de feuilles rouges.

A la premiere page du carnet, a cotedunom, de

LE COMPTABILISME SOCIAL 305

tousles caracteres propres a identifier le titulaire, de sa photographie par exemple, se trouve inscrit par la banque le chiffre du depot — ainsi qu'elle le fait quand elle ouvre un compte courant.

Les pages blanches et les pages rouges sont divisGes en petits casiers. On peut pour le moment se contenterde considerer qu'il y a ainsi des casiers dans lesquels il est simplement ecrit : bon de 10 francs, bon de 20 francs, bon de 5o francs. Les feuilles blanches sont destinees a recevoir les inscriptions d'actif, les feuilles rouges les inscriptions de passif. Le carnet a done d'une part un import fixe et d'autre part une entree et une sortie a chiffres mobiles.

Examinonsdeslorslemecanisme d'un paiement.

Le titulaire A d'un de ces carnets veut faire un paiement de 100 francs a B. II se presente chez B, muni de son carnet de caisse. B en le feuilletant se rend compte du credit exact de A : Timport est par exemple de 1 000 ; 10 casiers de 10 francs ont 6te obliteres au passif, un easier de 5o francs a l'actif. On sait par suite que A dispose de 1000 + 5o — 100 comme credit. Le compte courant se trouve transport^ de la poche du banquier dans celle du client. Des lors B, renseigne exactement, inscrit au passif du carnet de A, dans un easier de 100 francs : « je certifie qu'il est sorti 100 francs de votre carnet pour entrer dans le mien ». II date et signe. A, de m6me, inscrit a l'actif du carnet de B : « je certifie qu'il est entre 100 francs

Aucuy. ao

306 LES SYSTfiMES SOCIALISTES D'ECHANGE

dans votre carnet venant du mien ». II date et signe.

Ainsi de suite pour chaque paiement. A un moment donne, A se presentera a Foffice pour avoir un nouveau carnet. On y inscrira comme import ce qui reste de la balance resultant : iMel'import primitif accru des entries, 2° des sorties.

Nous ne croyons pas avoir defigure le fonctionnement d'un mecanisme 1 dorit M. Solvay a donn6 la description suivante : On peut, dit-il, s'acheminervers le type du carnet comptabiliste, en parcourant 3 etapes :

La premiere etape est dite du carnet-compte a cheques ordinaires. Dans ce systeme, les cheques ou parties dechirables du carnet sont en blanc. Quand il s'agit de payer, le debiteur inscrit le montant de sa dette sur le cheque en blanc, met la date et signe. Le talon, signe du creancier, reste comme une preuve de cette diminution d'avoir. Gelui qui recoitle cheque et dont Tavoirse trouve accru d'autant, le fixe au contraire a son carnet d'une facon provisoire. C'est seulement la banque quidonnera a cet element actif un caractere d'authenticite a la verification.

La deuxieme phase est dite du carnet-compte a cheques timbres. Dans ce system e, le travail d'ecriture est en quelque sorte faitd'avance. Destimbres

i. Voir la note VIII de M. Solvay : Deuxieme lettre aux membres du S6nat etde la Ghambre des repr£sentants. Annates, 1899; Recueil, p. 93. On y trouve des figures.

LE GOMPTABILISME SOCIAL 307

d'une valeur determin6e : 10, 20 francs occupent les cases du carnet. Le travail de signature se fait par poinconnage : poinconnage des timbres-talons parcelui qui regoit un timbre detache, poinconnages des timbres detaches par celui qui les donne. Adherence de ces timbres d6tach6s au carnet cr6diteur.

L'oblit6ration se fait au moyen d'une empreinte particultere a chacun, d6livr£e par 1'office comptabiliste, et portant toutes les indications de nature a le personnaliser en quelque sorte.

La troisieme phase est dite du carnet-comptabi- Uste. On ne detache plus rien. A un systeme d'obliteration actif et mecanique sur le carnet crediteur correspond un systeme d'oblit6ration passtf sur Tautre.

Cette description analytique, faitepar M. Solvay au Parlement beige, n'est destinee qu'a manager ies transitions et a faire comprendre comment le carnet comptabiliste derive du carnet de cheques. 11 ne differe de celui que nous indiquions que par un degr6 de mecanisation plus grand, si Ton peut dire.

Une observation nous est imm^diatement suggeree par ce proc6d6. II semble ne permettre de paiement qu'entre deux personnes qui se trouvent •en presence Tune de l'autre. M. Solvay n'a pas parl6 de la facon dont se feraient les paiements a distance. Est-ce trahir sa pensee que d'en concevoir Tid6e suivante, en utilisant les principes

poses et le mecanisme postal auquel nous verrons M. Solvay faire volontiers appel ? Supposons que Toffice comptabiliste ait une convention avec la poste. A s^journant k Paris veut payer B qui est a Marseille. A se pr6sente a son bureau de poste et presente son carnet a Femploy^ ; l'employe Toblitere, date et signe, apres avoir verifie Factif comme l'eut fait le creancier lui-m6me. Un message telegraphique informe le facteur du domicile de B de faire lam£me operation sur le carnet de celui-ci, en 1'obliterant a tacttf pour le montant de la rentree qui s'op^re ainsi. Le service de la poste dont les^ bureaux sont extr&mement dissemines et relies entre eux offre ainsi le maximum de rapidite et de commodite au mecanisme des paiements.

Tel est, a n'envisager le comptabilisme que comme une simplification de mecanisme des paiements, le sens de la reforme qu'il opere.

M6me a ce simple point de vue, le comptabilisme suscite certaines critiques : II semble bien que le fonctionnement g6n6rald\i systeme doive se heurter a la defiance d'un grand nonrbre de personnes. Toutd'abordil est inapplicable aux illetris. Mais c'est la une objection dont on ne manquerait pas de nous dire qu'elle s^inspire d'un lamentable esprit retrograde, puisqu'elle revile la preoccupation d'adapter au besoin de tous nos institutions. On peut de plus ajouter que l'inter&t deviendrait qn stimulant a l'etude. Soit ! Observons toutefois que le mecanisme d'un paiement.

LE GOMPTABILISME SOCIAL 309

pourra exiger des connaissances multiples, s'il intervient par exemple entre personnes de nationalites differentes ; qu'il exigera le plus souvent descalculs prealables, longs, delicats, source d'erreurs nombreuses. Dans quel ordre obliterera-t-on les billets ? II suffirait de ne pas les obliterer a la suite pour que l'examen du carnet put donner lieu a des erreurs de calculs.

L* incertitude a Pigard des entrees. — La mauvaise foi ne peut-elle d'autre part trouver dans l'usage du carnet comptabiliste, un moyen de s'exercer ■commodement ? Gelui qui va recevoir un paiement aussi immateriel, va-t-il m£me pouvoir s'en referer aveuglement aux indications que lui presente un carnet? N'a-t-il pas 6t6 possible a son titulaire de remplir lui-m6me, de signer ou de faire signer par un complice, les cases de son carnet qui viennent accroitre son actif. Sans doute a ces inscriptions d'actif devront correspondre des inscriptions passives sur le carnet du signataire mais ce carnet n'est pas sous les yeux de celui qui recoit un paiement.

Aussi M. Solvay indique-t-il * qu'il devra n'Gtre tenu compte que de Timport officiellement inscrit par la banque a la premiere page du carnet. Les inscriptions d'actif ne sont que des imports provisoires, dont il sera tenu compte au renouvel-

i. Voir notamment Annates, 1900 : Discours au S^nat du aa mars > ia e note du Recueil, p. i38.

310 LES SYSTfiMES SOCIALISTES D'feCHANGE

lement du carnet, s'ils coincident avec leur Equivalent passif sur le carnet du d6biteur: ils donneront alors lieu a l'inscription officielle d'un import.

Mais de la sorte disparait la superiority du systeme sur le recours au livret de cheques, et Ton voit m6me apparaitre un inconvenient tres r6el. Une pareille necessite de recourir a l'office pour les inscriptions et renouvellements d'import peut se renouveler assez frequemment ; elle entraine Timmobilisation du carnet, la n6cessite de controler tous les carnets dont les titulaires ont £crit leur nom sur celui qui est presents, de faire ainsi venir pour verifier le carnet de A qui habite Paris* celui de B qui habite Marseille, de C qui habite Bordeaux ; il en r6sulte une g6ne considerable en somme, des attentes, des retards, des pertes, des erreurs.

M. Solvay pense que ces inconvGnients seront tres reduits en recourant, pour Torganisation du systeme, a l'intermediaire du service des postes* II y a des bureaux de poste dans toutes les localites et leur nombre pourrait fetre augments C'est le bureau local qui d£livre le carnet, qui authentique les imports. Mais en qudi les pertes de temps, si elles se trouvent par la r£duites, se trouvent-elles supprimees ? En quoi, si la verification d'import exige l'examen d'une multitude d'autres carnets, y aura-t-il moins de g6ne pour la multitude de ceux a qui on demandera d'avoir

LE COMPTABILISME SOCIAL s 3ii

a presenter leurs carnets. Sait-on mfeme oil les prendre, ces carnets? lis voyagent dans la poche de leur propri6taire.

Falsifications. — Vols. — En ce qui concerne la fraude, les falsifications, M. Solvay nous dit qu'elles s^ront impossibles parce que son syst6me permet infailliblement de retrouver le fraudeur. Tout paiement est personnalisL Le cheque est moins sur parce qu'il est transmissible ; le carnet-coinpte ne Test pas. La monnaie metal-, lique elle-m^me est moins sure parce qu'elle est impersonnelle. i Mais voila bien qui constitue sa superiority. La monnaie dispense le payeur de donner son nom parce qu'elle est une richesse par elle-m6me. Quand quelqu'un recoit une piece de monnaie, il lui suffit de s'assurer d'une chose : que la piece n'est pas fausse ; a cette condition, il est assure d'avoir une valeur. II en est, croyons-nous, si serieuses que soient les garanties prises, moins sur s'il ne recoit qu'une ligne d'ecriture. Est-elle authentique ? le carnet n'a-t-il pas ite fabrique de toutes pieces ? est-on jamais sur des signes caract6ristiques de l'authenticit6! Quelle n^cessite desurveiller depres toutes les operations effectuees, et quelle faible consolation que de pouvoir retrouver un jour le voleur quand il aura eu le temps de se mettre a Tabri.

i. V. Recueil de notes, p. 90, p. r4i (Ann., 1900).

3i2 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'feCHANGE

Comme le syst&me nous semble devoir eveiller la defiance, quand au lieu d'une piece d'or ou d'argent, impersonnelle certes, mais ayantunson, une couleur, un poids, on ne recevra sur son carnet qu'une inscription d'actif froide, abstraite. Donnera-t-elle I'impression d'une richesse sure, fournira-t-elle les garanties essentielles, cette pauvre ligne d'ecritures, c'est ce dont nous demandons a M. Solvay la permission de douter.

La methode de M. Solvay. — Ces considerations peuvent paraltre a M. Solvay denuees d'importance. II nous ecrit : « Les difficultes de detail d'une solution qui n'est que fondamentalement donnee ne prouvent pas necessairement contre sa valeur, mais peuvent temoigner seulement du manque d'imagination de celui qui Tinterpr^te. » Et il ajoute : « Le comptabilisme social est vrai ; sa notion est thioriquement exacte. » Cet acte de foi est par ailleurs fortement motive par M. Solvay ; qu'il nous permette cependant de n'appr6cier, en mati&re sociale, que la verity pratique. Qu'il ne nous dise pas que nous tablons sur l'ignorance de la foule, sur la mauvaise foi, sur la defiance. La mauvaise foi des uns, l'ignorance des autres est malheureusement trop certaine , et c'est manquer de psychologie que d'edifier un syst^me quelconque sur la vertu. L'interpr&te d'un systeme est-il tenu d'avoir de Timagination ? Est-il charge de meubler pour eux les palais de Tavenir,

LE C0MPTAB1LISME SOCIAL 3i3

dont il suffit aux « inventeurs » d'esquisser vaguement les contours ? Peut-on inventer, en matiere sociale ? Opere-t-on sur des elements passifs que la fantaisie ou Tart du savant combine a son gre ? Ne doit-on pas tenir compte de ceux par qui un systeme peut prendre vie ?

Quelle que soit la portee de ces observations, elle ne font que contester la possibility d'une application immediate et ginirale du systeme. Elles peuvent paraitre negligeables. Mais la n'est pas tout le comptabilisme et nous n'en avons donne qu'une premiere approximation. Voici le second caractere du comptabilisme.

B. — Le 2 e caracthre de comptabilisme.

Nous pouvons le resumer dans les t\ points suivants :

i° Le depot d'espdces, origine actuelle de l'ouverture d'un compte ou de la delivrance d'un carnet de cheques, disparait ;

2° II est remplac6 par un gage sans dessaisissement ;

3° Ce gage est immobilier et mobilier ;

4° 11 peut 6tre delivr6 des « unites comptabilistes » sur simple capacity. »

La premifere chose a montrer est que Ton se d^gage de l'obligation du depot. G'est ce qui resulte tout d'abord des citations suivantes emprun-

314 LES SYSTfiMES S0G1ALISTES D'feCHANGE

tees a l'oeuvre de M. Solvay ou a celle de ses collaborateurs.

M. Hector Denis termine ainsi son etude sur la Caisse d'epargne postale de Vienne 1 : « Le fondement de Tetablissement est monetaire ; elle ne differe en rien, a cet £gard, de toutes les institutions modernes du credit et de la compensation: mais l'6pargne de monnaie va croissant ; en dedans de la circulation monetaire se d^veloppe une circulation qui, si elle reste encore subordonnee a la circulation monetaire, ne lui est plus in6luctablement enchain^e. Notre effort collectif tend pr6cisement a rompre a jamais ce lieu de subordination. »

Et M. Solvay ecrit 2 : « En regime comptabiliste, YEtat repr^sentant la collectivity accorde des unites acquisitivesen credit sur gage, c'est-a-dire sur biens gag6s et ne provenant pas de la simple authentication d'import provisoire des carnets, aux particuliers qui lui en font la demande, sans qu'il lui en coute quoi que ce soit, en dehors des frais d'administration. Aussi longtemps que le nombre des unitis dilivrees de la sorte ne dipasse pas la valeur comptabiliste du gage, le comptable social pent en dHivrer. »

Ailleurs, M. Solvay ecrit 8 : « Qui rientrevoit que,

i. Hector Denis, loc. cit.

a. Solvay, Recueil de notes.

3. Id., Recueil de notes, p. i5g, cf. p. i53, cf. surtout note de la XV e note, p. i54«

dans I'avenir (mots soulign^s ici par M. Solvay sur notre manuscrit), au grand avantage social, TEtat pourra accorder du credit comptabiliste non seulement au productiviste possesseur de biens, mais encore au productiviste capable non possesseur de biens, sur les simples garanties de sa capacite. » C'est la ce qui fait dire a M. de Foville : « Ce ne sont pas seulement les biens presents du capitalistequipourrontautoriserl'ouverture d'un compte mais aussi les gains futurs du travailleur et, de la sorte, Tenfant m6me, en naissant, trouvera dans son berceau un bon petit carnet, gage par les services qu'attend de lui la collectivite 1 . »

Sans insister pour le moment sur ces extensions futures du syst^me auxquelles M. Solvay attache cependant une importance capitate «parcequ'elles conduisent au but extreme ou philosophique »

qu'il poursuit, n'envisageonsque la substitution au dipdt despeces du gage immobilier et mobilier (en fait de gages mobiliers, M. Solvay ne parle que de valeurs d'Etat).

Chacun peut, sur gage immobilier ou mobilier, se procurer sur les choses un pouvoir /^z/d'acquisition. Lamonnaie metallique est un pouvoir d'acquisition que Ton se procure par Tali^nation. La monnaie comptabiliste est un pouvoir d'acquisition que la loi confere sans alienation, sur simple nantissement.

i. De Foville, Lamonnaie, p. 235.

316 LES SYSTfeMES SOGIALISTES D'fiCHANGE

On pourrait croire qu'il s'agit Ik de credit sur gage, mais il n'en est pas ainsi. Le credit est toujours inegal au gage. Le pr6t d'argent donne lieu au paiement d'un int6r£t. Mais ici l'Etat ne se prive de rien; il se borne a d6gager des objets 1'essence d'eux-m^mes, leur valeur, a monnayerle patrimoine. Chacun se trouve credite du montant m6me de son avoir sans que cette operation ait donne lieu de la part de l'office comptabiliste au prelevement d'aucun escompte. L'office en effetne se separe d'aucun objet materiel ayant une valeur propre, si ce n'est du carnet de compte qui n'a que sa valeur-papier. II ne court aucun risque parce qu'il est garanti par l'hypoth&que. II n'est pas constitu6 par des actionnaires interesses et avides, il est un etablissement national, un service d'Etat.

C'est la ce qu'expose en ces termes M. Solvay * : « L'op^ration comptabiliste correspond au cas actuel d'un particulier qui s'adresseaun capitaliste pour obtenir de lui du credit sur gage, avec cette difference que, dans ce dernier cas, il y a toujours lieu a paiement d'inter^t au capitaliste qui accorde le credit, tandis que, si Ton examine leschoses au point de vue absolu, cela n'a pas lieu en comptabilisme.

« On est sorti en effet du syst^me monetaire, il n'y a done plus de valeur intrins^que attach^e aux

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