Jcnks, The Trust Problem, p. C
2. De Uoiisiers, Les induslries monopolisées aux États-Unis, Colin, 1808, in-Ti. - Ely, Monopolies and Trusts, chap. iv, New-York, Macmillan, 1900, in-12.
tioii que les trusts doivent leur existence au protectionnisme, depuis que nous sommes renseignés sur leur croissance en Angleterre. Et les trusts anglais, qu'on le remarque bien, ne sont pas seulement de grandes combinaisons d'entreprises fusionnées qui opèrent en concurrence avec d'autres entreprises; plusieurs d'entre eux contrôlent 80 à 98 p. 100 de la production dans leur spécialité, et possèdent par conséquent un véritable monopole sur le marché national, avec une influence qui s'étend, pour quelques uns, sur le marché universel. C'est la maison Coats, alliée à ïFnglish Sewing Cotlon C° et à V American Thread C"; c'est encore la Fine Cotton Spinners and Doublers' Association, la Calice Printers' Association, la British Cotton and Wool Dyers' Association alliée à la Bradford Dy ers' Association, YEnglish Velvet and Wool Dyers' Association, la Yorkshire Indigo, S carlet and Color Dyers' Association, la société des Wall Paper Manufacturers ; dans une moindre mesure, les British OU and Cake Mills, etc. ^ Ces industries ne sont pas monopolisées par l'accaparement des sources naturelles de là production; ce sont des filatures et fîleteries, des teintureries, des maisons d'impressions sur étoffe, des fabriques de papiers peints, etc. Elles ont donc un monopole d'origine capitaliste, attaché à la puissance de leurs capitaux et à la supériorité do leur organisation.
Néanmoins, il serait téméraire de généraliser ces exemples, et de conclure pour l'avenir au triomphe du monopole sur tout le champ de la production. Que le monopole s'établisse par la seule force des capitaux, en dehors de toute restriction naturelle et de tout privilège artificiel, dans les entreprises de chemins de fer là où elles sont libres, dans la navigation transatlantique, dans la grande industrie métallurgique, dans la raffinerie du sucre et du pétrole, dans les grandes industries chimiques, et en général dans la production des moyens de production, rien de plus facilement explicable; il s'agit là d'industries nécessairement concentrées, dans lesquelles les concurrents sont peu nombreux et doivent être tôt ou tard amenés à l'unité. Mais que la même unité doive se réaliser dans des branches d'industrie et de commerce où l'exploitation peut être entreprise avec de faibles capitaux, où les produits, parvenus au dernier degré de fabrication, présentent une grande variété, où la gestion ne comporte pas de règles communes applicables à de nombreux établissements, mais doit varier suivant les conditions locales et les relations personnelles, voilà qui est beaucoup plus douteux, j'ajoute même infi-
i. Report of ihe Induslrial Commission, t. XVIII. p. 34 et .35.
niment peu probable; nous le verrons de façon plus précise à propos de la petite industrie et du petit commerce. On oublie surtout, lorsqu'on affirme pour l'avenir la généralisation du monopole, l'énorme importance et la force de croissance des entreprises de dimension moyenne, trop puissantes pour se laisser absorber, trop nombreuses pour s'amalgamer.
Un économiste anglais, M. Hobson, a dit avec beaucoup d'à-propos que partout où les canaux de la production et de la circulation sont resserrés, il se trouve des monopoleurs qui lèvent des taxes sur le public comme jadis les barons du Rhin ' ; encore faut-il, pour que le péage puisse être prélevé, que la voie soit étroite.
Quoi qu'il en soit, on conviendra volontiers qu'un monopole à base simplement capitaliste, là où il réussit à s'établir, reste néanmoins beaucoup plus précaire et exposé à la concurrence qu'un monopole fondé sur un accaparement des produits naturels ou sur un privilège légal; il ne peut tourner à l'abus, par des prix poussés sensiblement au delà du taux de concurrence, sans provoquer des compétitions victorieuses et s'effondrer sous ses propres excès, comme il arrive à la concurrence elle même. Les faits observés jusqu'à présent justifient suffisamment cette proposition^.
1. Hobson, The Evolution of modem Capitalism, p. 142, Londres, W. Scott, 1894, pet. in-8°.