‹ Les systèmes socialistes et l'évolution économiqueChapitre 37 sur 143 · Idem, p. 149-2, 199-2 et · texte numérisé non relu

Idem, p. 149-2, 199-2 et

3. Voir, sur ces diverses origines, Uavsindustrie und Heimarbeit in Deutschland

Quant à la destinée de cette forme de la production, il est également vrai que beaucoup d'industries à domicile ont déjà succombé ou sont appelées à disparaître devant les progrès du machinisme. Fileurs de lin et tisseurs d'étoffes unies ne sont plus qu'un souvenir dans les campagnes ; et si l'on rencontre encore quelques vestiges archaïques du tissage à domicile des étoffes unies dans les régions écartées de la Silésie, de la Bohême et de la Forêt Noire, la lutte ne saurait se prolonger bien longtemps. En Allemagne, les exploitations à domicile de l'industrie textile ont diminué d'un tiers en nombre et en personnel entre 1882 et 1895. En France, les canuts de Lj'on cèdent progressivement devant l'extension des fabriques pourvues de métiers mécaniques; les métiers à bras ne subsistent guère que dans les campagnes pour le tissage des étoffes façonnées. En Belgique, plus de 100 000 fileurs et fileuses de lin ont disparu des Flandres dans l'espace d'un demi-siècle. Les dentellières à la main, si nombreuses jadis dans certaines provinces de France et de Belgique, décroissent avec rapidité depuis que la fabrication mécanique inonde le marché de tulles et dentelles à bon marché '.

Sommes-nous donc fondés à accepter la conclusion générale de Marx, et devons-nous prévoir une disparition totale plus ou moins prochaine des industries à domicile?

Si nous nous en rapportons aux statistiques les plus récentes, il ne semble pas que cette conclusion soit autorisée. Non seulement certaines industries à domicile menacées par la machine prolongent la résistance en se consacrant à des opérations spécialisées, mais dans d'autres branches, principalement dans l'industrie du vêtement, moins exposée jusqu'ici à la concurrence du machinisme, le travail à domicile a pris de nos jours une extension considérable. Tailleurs, couturières, modistes, chemisières et lingères, ouvriers en fourrures, coupeurs et couseuses de gants, brodeuses et autres ouvriers travaillant à domicile pour le compte d'un négociant ou d'un grand magasin, sont plus nombreux que jamais.

Il y a plus; quelques industries à domicile reprennent l'offensive, font reculer la grande industrie et s'établissent sur les ruines de la fabrique. Ce singulier phénomène de régression a été constaté notamment dans certaines parties de l'ébénisterie à Paris et à Londres,

und Ôsterreicfi, 4 vol. in-8°, Schrift. d. Ver. f. Soc. pol., t. LXXXIV à LXXXVII, Leipzig, Duncker, 1899. — Gew. u. IJand. im D. R. 1895, p. 37, col. 2. — Office du travail belge, Les industries à domicile e« Ce/^/V/î/e, 6 vol., Bruxelles, 1899-1905. 1. Voir Annexe III, 1°. — Mantoux, La révolution industrielle au XVIW siècle en Angleterre, S>é nouv. de libr., 1905.

dans la broderie, la fabrication des cigares en Allemagne '. De même, dans la couture et la lingerie, le grand atelier s'est souvent dissous pour faire place aux petits ateliers et au travail en chambre; le fait ne s'est pas observé seulement à Paris; à Chicago et à New-York, les grandes fabriques de confection ont disparu devant les ateliers des sîceaters, depuis que les Juifs de Russie et de Bohême sont venus déprimer les conditions du travail dans l'industrie du vêtement.

Ces mouvements en sens inverse dans les diverses industries à domicile sont exactement notés par certaines statistiques professionnelles. Nous y voyons, pour l'Allemagne et la Belgique, que la diminution du nombre total des travailleurs à domicile, d'ailleurs très faible en Allemagne (4 p. 100 seulement de 1882 à 1895), doit être attribuée presque exclusivement à l'industrie textile, et que, dans les autres métiers au contraire, le personnel des ouvriers à domicile s'accroît rapidement et couvre une grande partie des pertes subies dans la catégorie précédente. Actuellement, l'industrie à domicile occupe encore I/o environ des ouvriers industriels en Belgique et en Suisse, 1/8 en Autriche, 1/8 en France (1901), si l'on s'en tient au chiffre de 632 000 ouvriers à domicile isolés, qui ne forment qu'une partie du personnel de l'industrie à domicile. Dans notre pays, les inspecteurs du travail signalent tous les ans la progression des ateliers de famille sur différents points du territoire ^

C'est qu'en effet les causes économiques qui expliquent la persistance de cette forme d'industrie entre la grande fabrique et le petit métier sont loin de disparaître à notre époque.

En distribuant l'ouvrage en dehors, l'entrepreneur épargne les dépenses d'installation d'un grand atelier, les charges de l'outillage, les frais de loyer, d'impôts, assurances-, combustible et éclairage; toutes ces charges, dont le poids augmente constamment avec la cherté des loyers et l'extension du capital fixe, retombent sur l'ouvrier soit directement, soit sous forme de retenues sur son salaire pour la location et l'amortissement des outils et des métiers.

L'entrepreneur se dispense également des frais de surveillance. Contre les malfaçons, d'ailleurs nombreuses, il est protégé par le contrôle des intermédiaires chargés de recevoir les produits.

L'industrie à domicile semble même n'être pas inférieure à l'industrie

1. Du Maroiissem, La question ouvrière, t. II, Ébénistes du faubourç/ Saint- Antoine, p. 205 à 211, Rousseau, 1892, in-8°. — Fifl/i Report from tlie sélect Comrnitlee of tke lloiise of Lords on Ihe So-ealinr/ Si/iten2, p. xxdi, Londres, Eyre, l'JOO. — Sc'nifl. d. Ver. f. Soc. pol., t. LXXXVI, p. 20i, 285, 303 et s.

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