‹ Les systèmes socialistes et l'évolution économiqueChapitre 41 sur 143 · Twelflh Census of the U. S. 1900, t. V, p. xxi · texte numérisé non relu

Twelflh Census of the U. S. 1900, t. V, p. xxi

3. Ofllce du travail, .Métin, Législation ouvrière et sociale en Australie et Nouvelle-Zélande, p. 25 et 26, Imp. nat., 1901, in-8°.

aux dépens de la grande culture. Gomment donc expliquer une différence aussi tranchée avec le commerce et l'industrie?

On peut dire, non sans raison, que les exploitations rurales ne peuvent s'agrandir avec la même facilité que les entreprises industrielles et commerciales. Il n'est pas possible de créer de toutes pièces une vaste exploitation agricole comme on crée une grande usine ou un grand magasin ; la grande culture ne peut se substituer à la petite que par des agrandissements territoriaux, par des usurpations sur un sol déjà occupé et exploité en petits lots; or des obstacles de tout genre, tenant à la nature des lieux, à l'espèce des cultures, à l'état historique de la propriété et aux difficultés des transmissions, entravent à la fois les modifications de l'exploitation agricole et celles de la propriété, qui ont entre elles des liens étroits.

Toutefois ces difficultés, capables de retarder le mouvement de concentration, ne seraient pas assez fortes pour l'arrêter indéfiniment, si la grande culture était décidément plus lucrative que la petite. Nous sommes donc ramenés finalement, dans notre recherche des causes, à la question^ très ancienne, mais toujours débattue, de la grande et de la petite culture : l'une d'elles est-elle économiquement supérieure à l'autre?

§ II. — Les conditions économiques de la grande et de la petite culture.

Ce n'est pas que la question puisse être discutée m abstraclo et en thèse absolue, comme elle l'a été trop souvent. Il est de toute évidence que la petite exploitation s'impose pour certaines cultures exigeant des soins minutieux, comme la culture maraîchère, tandis que la grande exploitation convient mieux à la sylviculture. Or, l'exploitant n'a pas toujours le libre choix de sa culture ; la nature du sol et du sous-sol, le climat, la distribution des eaux, la distance des marchés, l'état des prix, bien d'autres conditions physiques ou économiques, déterminent généralement le genre de culture qui doit être adopté dans une exploitation, et, par là-môme, l'étendue que comporte l'entreprise. Mais les cultures les plus importantes, celles des céréales, de la betterave à sucre et à alcool, des plantes fourragères, de la vigne, des herbages pour l'élevage et la production du lait, se prêtent indifféremment à la grande et à la petite entreprise, à moins de circonstances particulières tenant à la nature du sol et au régime des eaux. C'est alors que l'on peut discuter les mérites respectifs de la grande et de la petite culture; et, bien que la question

puisse être considérée à peu près comme épuisée par une discussion plus que séculaire, il n'est pas inutile d'en rappeler les éléments au point de vue de l'agriculture moderne, pour en dégager quelques indices sur l'avenir de la petite culture.

On s'accorde généralement à reconnaître qu'au point de vue de la production, la culture parcellaire est très défectueuse, à moins qu'il ne s'agisse de jardinage ou de culture maraîchère. La pulvérisation du sol et l'enchevêtrement des parcelles, tels qu'on les rencontre dans certaines contrées de la France et de l'Allemagne, font obstacle à une agriculture progressive. Mais toutes les cultures parcellaires ne se trouvent pas dans ces conditions ; il en est d'autres, au contraire, qui présentent de sérieux avantages économiques et sociaux. L'enclos qui entoure la maison d'habitation ou le petit champ qui y attient permet au journalier agricole, à l'ouvrier mineur, à l'ouvrier de fabrique, au travailleur à domicile, au petit commerçant de village ou à l'employé urbain de se procurer des légumes et des fruits et d'entretenir quelques animaux. Ces cultures naines contribuent au bien-être d'une nombreuse population ; elles peuvent être très fécondes en produits maraîchers; et lors même que des lopins de terre cultivés par des ouvriers à leurs moments perdus ne seraient pas l'objet d'une exploitation très soigneuse et très productive, il faudrait encore se féliciter de leur multiplication K Mais les cultures parcellaires, quelles qu'elles soient, restent en dehors de notre question, qui concerne les exploitations paysannes dont l'étendue, variable suivant l'état de la technique agricole, suffît à la subsistance d'une famille.

En principe, la grande exploitation présente en agriculture certains avantages du même genre que dans les autres branches de la production : économie de frais, s'appliquant aux bâtiments, clôtures et chemins d'accès, à l'emploi des instruments de culture, des ustensiles et des animaux de travail; usage des machines, application rationnelle de la division du travail, direction intelligente sachant utiliser les procédés scientifiques; capitaux en quantité suffisante pour permettre la culture intensive et conserver à l'entreprise son indépendance commerciale; avantages multiples dans les achats de matières, les ventes de produits, les transports, les conditions du crédit, etc. Néanmoins, ces avantages de la grande entreprise n'ont

1. Les petites cultures domestiques forment vraisemblablement une très large part des exploitations parcellaires, dont la multiplication est un fait général attesté par les statistiques de tous les pays. La Belgi(iue seule fait exception. En Angleterre, il y a augmentation, comme ailleurs, des très petites exploitations, si l'on lient compte des uUotmenls.

pas, à beaucoup près, la même importance en agriculture que dans l'industrie.

Chacun sait, en effet, que le machinisme et la division du travail sont loin de jouer le même rôle et de recevoir des applications aussi étendues en agriculture que dans la production industrielle. Les opérations agricoles, subordonnées au procès naturel de la production organique, ont un caractère discontinu et alternatif; elles sont dispersées dans l'espace; elles s'appliquent à des productions complémentaires les unes des autres. Pour ces différentes raisons, l'agriculture ne comporte, en général, ni spécialisation des entreprises dans un seul genre de production, ni division du travail par afTectation du travailleur à un genre de travail unique. Pour les mêmes raisons, le petit moteur mobile est seul utilisable en agriculture, et ne peut fonctionner que par intermittence; aussi le moteur mécanique n'a-t-il pas toujours une rentabilité supérieure à celle des animaux de travail, dont les emplois sont multiples; l'usage de la charrue à vapeur, en particulier, se restreint aux labours profonds sur des sols durs et non accidentés, et ne s'est pas généralisé. Les machines les plus usuelles sont celles qui, comme les semoirs, les moissonneuses et les batteuses mécaniques, régularisent ou accélèrent les opérations agricoles; celles-là sont utilisées par le petit cultivateur lui-même, qui recourt à un entrepreneur ambulant ou à son propre syndicat lorsqu'elles sont trop importantes pour une petite exploitation. D'ailleurs, le progrès agricole dépend bien moins de l'application du machinisme à la culture que de l'améhoration du sol, des plantes et des animaux par des procédés physiques et chimiques '.

La différence des frais, réelle dans bien des cas, s'atténue sensiblement lorsque le cultivateur, travaillant de ses bras, n'emploie comme auxiliaires habituels que les membres de sa famille. On l'a dit bien souvent, et l'on ne saurait trop le répéter : c'est par son travail que le paysan obtient des résultats qui supportent la comparaison avec ceux de la grande culture. Les salariés employés dans une exploitation capitaliste sont loin d'apporter à la culture les mêmes soins que le paysan travaillant pour son propre compte; et bien que le salaire agricole soit resté très bas, le grand exploitant, soumis aux exigences d'un personnel souvent arriéré, instable, et généralement insuffisant à certaines époques de l'année, éprouve de fréquents embarras du côté

1. Ces divers points sont développés avec une consciencieuse précision par Ed. David, Socialismus und LnndvnHschaft, t. I, chap. i à iv, Berlin, Verlag der Socialistischen Monatshefte, 1903. 1 vol. gr. in-8°.

de la main d'œuvre, Les difficultés de la surveillance, aussi bien que celles des transports, imposent aux exploitations agricoles des limites relativement restreintes, qu'elles ne sauraient dépasser sans un accroissement plus que proportionnel des charges et des frais généraux; les opérations agricoles sont trop dispersées pour se prêter avantageusement, en culture intensive, à des entreprises aussi vastes que celles de l'industrie.

La petite culture est-elle inférieure à la grande au point de vue de la productivité? A consulter les statistiques, c'est le contraire qui paraît être la vérité K D'après le Census américain de 1900, la valeur moyenne du sol, des instruments de culture, du bétail, des produits, de la main-d'œuvre et des engrais employés, par unité de surface, est d'autant plus élevée que l'exploitation est plus petite. Il est vrai que les moyennes relatives aux exploitations parcellaires se trouvent influencées par la valeur considérable des cultures maraîchères ! aussi dans les cultures du maïs, du blé et du coton, l'échelle des produits est assez différente; cependant, même dans ces branches les plus importantes, c'est tantôt la petite, tantôt la moyenne culture qui égale la grande en productivité ou qui la dépasse.

Peut-être dira-ton que les États-Unis sont un pays neuf, où la moyenne de productivité des grandes exploitations se trouve abaissée par les ranches, qui renferment de vastes espaces de terres non améliorées. L'observation doit être juste, et il serait préférable, en effet, de recourir à la statistique d'un vieux pays; mais elle nous manque pour cette comparaison. Cependant celle de l'Allemagne nous fournit déjà quelques précieuses indications. Au point de vue de l'emploi des machines agricoles, la petite culture, comme on peut s'y attendre, se trouve sensiblement en retard sur la grande; cependant elle a fait depuis 1882 d'énormes progrès, relativement plus rapides que ceux de la grande culture, dans l'emploi des batteuses mécaniques et même des moissonneuses. Quant à létat du bétail, contrairement à une opinion assez répandue, il est très supérieur en petite culture. Sans doute, le mouton y est inconnu; mais les autres animaux y sont beaucoup plus abondants; leur valeur par hectare, même en faisant abstraction des chevaux qui peuvent être considérés plutôt comme une charge, y est beaucoup plus forte, et elle augmente bien plus vite que dans les grandes exploitations.

Pour serrer la question de plus près, il faut comparer la grande et la petite culture en pays pauvre et en pays riche. Dans les contrées

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