‹ Les systèmes socialistes et l'évolution économiqueChapitre 42 sur 143 · Voir Annexe V · texte numérisé non relu

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pauvres, la grande culture est généralement dépourvue de capitaux au même degré que la petite. En pareilles conditions, la différence de productivité vient surtout du travail; elle est alors tout à l'avantage des petites exploitations, puisque le travail du cultivateur et de sa famille est bien plus productif que celui de la main-d'œuvre salariée. En outre, la terre du paysan est mieux engraissée; le bétail y est plus nombreux par unité de surface, et l'équilibre des pertes et des restitutions s'y trouve maintenu par la consommation sur place de la plupart des produits. Dans ces régions, la grande culture est donc plus extensive que l'autre; le petit cultivateur obtient un produit brut supérieur, et sans doute aussi un produit net plus élevé. L'agriculture des pays neufs, pauvre en capital et en main-d'œuvre, est naturellement une agriculture extensive sur de très grands domaines ; mais on y observe justement que la grande exploitation recule devant la moyenne et la petite, dès que les conditions deviennent favorables à une culture plus intensive.

Dans les pays riches, la situation n'est pas tout à fait la même. Sans doute, la petite exploitation convient particulièrement à la culture des produits fins et coûteux qui réclament des soins particuliers, tabac, légumes, fruits, etc. (à moins qu'ils ne soient traites par des procédés industriels comme dans les forceriesj.Il est possible aussi que, dans les contrées de production laitière, les exploitations soient d'autant plus productives qu'elles sont plus petites '. Mais, en ce qui concerne les céréales, les grandes exploitations de 100 à 300 hectares organisées pour la haute culture intensive, comme elles le sont notamment dans le nord de la France, avec un capital mobilier de 1 000 à 1 200 francs par hectare, donnent en général un produit brut plus considérable que la petite culture, à cause des capitaux dont elles disposent, des engrais commerciaux, machines et procédés scientifiques dont elles font usage. Néanmoins, dans ces contrées favorisées, le petit cultivateur, entraîné par l'exemple, a cessé luimême de pratiquer la culture arriérée. Parmi les procédés de la culture rationnelle, il en est qui sont à sa portée et qu'il a su adopter : sélection des semences et des animaux, précautions ou remèdes contre les maladies des bestiaux et des plantes, emploi d'instruments perfectionnés pour la culture, le battage et les élabora tions élémentaires des produits agricoles, enfin, et surtout, application judicieuse des engrais appropriés au sol. Lorsque l'usage de ces pro-

1. David, Zu Kautskys Kritik meines Agrarv:erks, Socialistische Monatshefte, 1903, p. 604 et s., 7o0 et s.

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cédés dépasse ses moyens ou ne peut s'opérer avantageusement à petites doses, le paysan recourt à l'association, qui corrige l'inégalité de sa situation vis à vis du grand exploitant. Aussi le petit cultivateur, s'il n'obtient pas 3o ou 40 hectolitres de blé à l'hectare comme en grande culture, peut lui-même produire 25 à 30 hectolitres ; avec cette récolte obtenue à moindres frais, avec les produits accessoires de la ferme, volailles, œufs, lait, légumes, fruits, etc., il peut encore, à force de travail et de soin, réaliser un produit net à l'hectare presque aussi élevé que celui du grand cultivateur.

N'est-ce pas d'ailleurs un fait remarquable que les pays dont les rendements à l'hectare sont les plus considérables et les progrès agricoles les plus rapides sont justement, à l'exception de l'Angleterre, les pays où domine la petite culture : Belgique, Hollande et Danemark. Là, comme dans le nord de la France, le paysan sait luimême pratiquer la culture améliorante à base d'engrais, celle qui ne se contente pas de restituer au sol les éléments de fertilité absorbés par la récolte, mais qui l'enrichit encore chaque année par des apports supérieurs.

On n'aperçoit donc pas les raisons techniques qui pourraient déterminer un recul de la petite entreprise agricole. Loin de là, M. David pense que plus s'accroît l'intensité de la culture, plus les conditions deviennent favorables à la petite exploitation ; sous l'action de la concurrence, les productions qui réclament de fortes quantités de capital et de travail ont une tendance à se grouper dans le voisinage des grands marchés, et cette tendance doit naturellement amener une réduction de l'étendue des exploitations dans les pays industriels, si les droits de douane ne font pas obstacle à la transformation des cultures '.

Cette conclusion est peut-être excessive. Le développement de la culture maraîchère et de certaines cultures industrielles favorise sans doute le progrès des petites exploitations. Mais, à moins de supposer que la concurrence des pays neufs bannira un jour d'Europe la production des denrées de grande consommation, celle du blé, de la viande, du vin, du sucre, les grandes exploitations subsisteront, parce qu'elles sont parfaitement capables, au moins autant que les petites, de produire ces denrées d'une façon lucrative en y appliquant les procédés de la culture intensive. Quand à la production du lait, elle n'est pas moins appropriée à la grande entreprise qu'à la petite, et l'on remarque même que ses progrès favorisent l'agrandissement des exploitations dans les États de la Nouvelle-Angleterre. Il n'est donc

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