David, Socialismus und Landvoirtschaft, § 07 et 6S
pas à présumer que la concurrence exotique modifie sensiblement les positions respectives de la grande et de la petite culture en Europe.
Si le petit cultivateur obtient, au point de vue de la production, des résultats sensiblement égaux et parfois supérieurs à ceux de la grande culture, il semble qu'au point de vue commercial, dans les achats et les ventes, son infériorité soit plus nettement marquée.
Aussi insiste-on particulièrement sur ce point, pour peindre la situation du paysan sous les couleurs les plus sombres. On le montre dépouillé de ses anciennes industries domestiques, obligé de renoncer à l'économie en nature et de convertir ses produits en argent pour acquitter les impôts, le fermage ou les intérêts d'une dette hypothécaire, pour payer quelques auxiliaires et acheter les objets indispensables à son existence et à sa culture. Forcé de se plier aux conditions nouvelles de l'agriculture spécialisée et intensifiée, il lui faut multiplier ses achats d'instruments et d'engrais et produire pour le marché. Mais dès lors qu'il aborde le marché, il se trouve soumis à toutes les conjonctures économiques; il subit la loi des vendeurs et des usuriers, et tombe de plus en plus sous la dépendance des industriels et des commerçants capitalistes auxquels il doit vendre ses produits : négociants en vins ou en céréales, minotiers, brasseurs, distillateurs, fabricants de sucre, de beurre ou de fromage, marchands de chevaux et de bestiaux, facteurs des halles, etc.
Ce tableau si vigoureusement poussé au noir suppose accompHe, sans les correctifs qui l'accompagnent, une évolution capitaliste simplement commencée en agriculture. Le paysan tend à entrer de plus en plus dans la sphère de l'économie des échanges, c'est incontestable; mais le mouvement est loin d'atteindre le monde rural dans toute sa profondeur; l'économie en nature subsiste encore sur une large étendue du territoire européen, dans les pays de métayage, dans les régions montagneuses ou éloignées des voies de communication; et là même où le paysan, profitant des nouveaux débouchés, a changé les bases de son existence, il continue à consommer une partie des produits de son fonds. On lui reproche même, en France, de s'obstiner à cultiver du blé pour sa consommation personnelle sur des terres qui seraient mieux appropriées à d'autres productions; s'il le fait, c'est moins par ignorance que par souci traditionnel de son indépendance économique.
Il est fort possible, au reste, que les vestiges de cet ancien régime de l'économie en nature, malgré l'importance qu'ils conservent
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encore, soient destinés à disparaître. Mais à mesure que le paysan s'engage plus avant dans la voie des échanges, il apprend aussi à fortifier sa situation commerciale par Tassociation, soit comme acheteur, soit comme emprunteur, soit même comme vendeur. Ce point est capital; les progrès de la coopération agricole, si surprenants dans ces dernières années, sont un aspect essentiel de l'évolution contemporaine au même titre que le développement capitahste; ils l'accompagnent et en tempèrent les effets. Celui qui les négligerait pour ne tenir compte que des envahissements du capitalisme en agriculture se ferait donc une idée fausse de la petite culture et de son avenir. Mais la coopération agricole présente une telle importance, que nous devrons lui consacrer une étude particulière.
Il faut encore observer que le petit cultivateur, s'il est propriétaire du sol qu'il exploite sans être grevé d'une dette hypothécaire, ou s'il est simplement métayer, peut supporter des baisses de prix qui sont ruineuses pour le grand fermier capitaliste. N'ayant à payer ni fermage, ni intérêts, ni salaires, il est capable de résister à la crise agricole, sinon sans souffrances, du moins sans expropriation. Au Danemark, où rien ne le protège contre la concurrence extérieure, le petit propriétaire exploitant maintient ses positions et prospère en améliorant sans cesse ses procédés de culture et de vente en commun.
Ainsi s'expliquent les statistiques. Si la petite exploitation ne recule pas devant la grande en agriculture, c'est qu'à la différence du métier industriel, la petite culture supporte la concurrence sans désavantage. Nous sommes donc loin, en réalité, de cette vision d'avenir qui hante l'esprit de certains publicistes tant libéraux que socialistes, de ces latifundia destinés soi-disant à couvrir le sol des pays civihsés, qui seraient exploités par des compagnies ou des collectivités avec toutes les ressources d'une savante organisation, services spécialisés, charrues à vapeur, usines d'élaboration pour les produits, voies ferrées intérieures, laboratoires et bureaux de comptabilité, etc. *. C'est un fait d'expérience que les grandes exploitations entreprises par des collectivités, comme celles des Wholesales anglaises, A^égètent ou échouent complètement, parce que rien ne remplace l'intérêt per,
1. De Alolinari, L'évolution économique du XIX" siècle, p. 321. — Kautsky, La question agraire, trad. Milliaud et Polack, p. 2-31 et s., Giard, 1900, in-S". — Voir ■aussi dans GaUi, Le socialisme et Va'jriculluve, p. 197 et s., de nombreux exeni[)les de grandes exploitations capitalistes en Angleterre, en AUeniagn*; et en Italie. Au reste, l'auteur ne cherche pas à montrer qu'il existe une tendance à l'agrandissement des entreprises agricoles; il reconnaît la force de résistance de la petite culture.