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LES SYSTÈMES S0CI.VLISTE

sonnel du producteur dans un genre de production où le contrôle est particulièrement difficile à exercer.

Mais, dit-on, si le paysan parvient encore à conserver sa petite exploitation, c'est qu'il travaille comme une bête de somme, s'exténuant lui-même et exténuant les siens par un labeur excessif; s'il continue à vivre, c'est à force de privations et de jeûnes, dans une indigence sordide et dégradante qui le maintient à l'état de barbare au sein de la société civilisée.

Lorsqu'on a exposé sur ce ton l'état de subordination et de misère auquel le paysan se trouve réduit par les progrès du capitalisme, on en vient à conclure qu'il renoncera de lui-même un jour à un semblant de propriété et d'indépendance, ou au moins qu'il subira docilement l'impulsion des forces révolutionnaires de l'industrie. La grande exploitation socialiste « l'arrachera à l'enfer auquel l'enchaîne aujourd'hui sa propriété privée ».

Mais la thèse se détruit par sa propre exagération. Il est toujours possible, dans un monde aussi vaste que celui des populations rurales, de fournir des exemples tirés de certaines régions où la situation du paysan est en efïet difficile ou désespérée. Mais verrait-on la petite culture se défendre, et mêipe progresser dans certains pays, si la condition générale des paysans était aussi misérable? Les petits propriétaires ruraux de France, de Belgique, du Danemark, de Suisse ou de Bavière sont-ils donc des êtres faméliques et dégradés, enchaînés par leur propriété à un enfer de barbarie? Il ne faudrait pourtant pas nous dépeindre le paysan moderne, dans les pays de petite propriété et de régime démocratique, sous les mêmes traits que le paysan français à la fin du règne de Louis XIV ou le paysan macédonien de nos jours. Une cause ne gagne rien à ces excès de zèle '.

§ III. — Mouvements de la propriété rurale.

La question des exploitations agricoles soulève incidemment celle de la répartition de la propriété rurale, qui lui touche de près. La

i. Kautsky, La question agraire, trad. Milhaud et Polack,p. 1-38 et s. — Issaieff^ Der Sozialismus und das ô/jfenllichn Lehen, p. 104 à 126, StuUgard, Dietz, 1903, in-8°. — La tliêse de M. Kautsky sur rinfériorité de la petite culture a été vivement combattue par des socialistes comme M. Edouard David, dans l'ouvrage capital cité précédemment, et M. Otto Hertz, Die agrarischen Fragen im Verhnllnis ziim Socialismus, passim, et surtout p. GO et s., Vienne, Rosner, 1800, brochure. — Voir aussi Souchon, La propriété' paysanne, p. 33 et s., Larose, 18119, in-8\ — Buchenberg-er, Agrarwe.^en und Agrarpolitik, t. I, p. 386 et s., Lehr. u» Handb. d. pol. OEk. d'Ad. Wagner, Leipzig, Winter, 1802, 2 vol. in-8°.

propriété rurale est- elle entrée en agonie, comme on l'a quelquefois affirmé? S'il n'existe pas de tendance appréciable à la concentration des entreprises en agriculture, il serait assez singulier qu'il y eût une tendance à la constitution de vastes domaines territoriaux par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste. Bien que l'existence de la grande propriété soit compatible arec le morcellement des fermes, il est difficile de voir, dans la stabilité des petites exploitations rurales, une circonstance favorable à l'extension de la grande propriété.

En fait, il ne semble pas que la grande propriété fasse des progrès ^ Les renseignements dont nous pouvons disposer à cet égard sont très insuffisants; à défaut de statistiques directes delà propriété, qui sont rares et incertaines, il faut généralement se contenter des indices fournis par les cotes foncières, qui sont plus nombreuses que les propriétaires, et qui s'appliquent au sol des propriétés bâties comme aux propriétés rurales. Ces indices, en général, ne confirment pas l'hypothèse d'une concentration de la propriété.

En Belgique, le chiffre des cotes foncières s'accroît régulièrement. Au Danemark, les petites propriétés se multiplient, tandis que le nombre des grandes propriétés reste à peu près stationnaire. En Autriche, le nombre total des propriétaires augmente sensiblement, de sorte que la surface moyenne des possessions individuelles est en décroissance. En Prusse, où l'importance respective des différentes classes de propriétés reste assez stable, le changement le plus appréciable, depuis 1878, consiste dans un accroissement de la petite propriété (revenu inférieur à 100 thalers), en nombre et en surface occupée (augmentation de 500 000 hect., soit de 11 p. 100). Il n'y a guère que la France où l'on puisse, à divers signes, reconnaître un certain recul de la petite propriété. Encore la diminution semblet-elle porter sur la propriété parcellaire plutôt que sur la propriété paysanne proprement dite; et la grande propriété, si elle en profite partiellement, ne paraît cependant pas faire de notables progrès'-.

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