Idem, liv. II, p
tes SYSTÈMES SOCIALISTES. ^^
ne sont toujours que des ruptures d'équilibre partielles, des désaccords accidentels entre la production dans certaines de ses branches, et les besoins actuels de la société soit en objets de consommation personnelle, soit en moyens de production nécessaires à l'emploi de la plus-value capitalisée. Ces ruptures, Marx nous montre bien qu'elles ont mille chances de se produire, surtout avec le mécanisme actuel du crédit; mais il ne résulte nullement de son exposé quelles soient inévitables, comme tenant à l'essence de l'organisation capitaliste.
Marx le reconnaît d'ailleurs implicitement lui même, par cela seul qu'il décrit, dans le schéma de la reproduction progressive, comment les échanges entre les différentes classes peuvent s'effectuer normalement pendant une durée indéfinie, sans que la capitalisation croissante d'une partie du revenu capitaliste fasse obstacle, à un moment quelconque, à l'écoulement normal de la production tout entière, si cette production est convenablement dirigée '. Les crises ne seraient donc, suivant ce thème, que des surproductions partielles et accidentelles, résultant d'erreurs que les producteurs pourraient éviter. Or, J.-B. Say n'a pas dit autre chose.
Nous n'avons donc aperçu nulle part, ni chez Marx, ni chez Engels, une cause inhérente à l'organisation sociale qui doive fatalement entraîner une série de crises de surproduction générale jusqu'à l'effondrement total du régime capitaliste.
Malgré tout, l'école marxiste n'a pas perdu sa confiance dans la crise finale. Engels, dans une note ajoutée par lui au livre III du Capital, en 1892 ou 1893, écarte bien la thèse ancienne de Marx d'après laquelle les cycles périodiques des crises générales, à peu près décennaux jusqu'ici, seraient destinés à se raccourcir graduellement^. Il reconnaît que le procès est de plus longue durée, et qu'au lieu d"ètrc universel et uniforme, il se morcelle en périodes différentes dans les différents pays. Mais Engels ne renonce pas à la traditionnelle prophétie sur la catastrophe finale. Pour lui, chacun des éléments qui agissent à rencontre de la reproduction des anciennes crises (élargissement du marché devenu universel, fin du monopole industriel de l'Angleterre, éparpillement des capitaux à travers le monde, trusts, droits protecteurs) porte en lui le germe d'une crise future beaucoup plus violente que toutes les autres; et plus d'un symptôme semble annoncer que nous sommes aujourd'hui dans la
1. Karl Marx, Le capital, trad. Borcljardt, liv. H, chap. xxi.