I. Kautsky, Le marxisme et son critique Bernstein, p
modernes, sous le voile du réalisme historique, ne font que suivre la méthode de Rousseau, dont ils sont les disciples sans le dire. Comme les doctrinaires du laisser faire, ils rentrent eux-mêmes dans la catégorie des métaphysiciens qui appliquent la méthode déductive aux problèmes de la vie sociale.
Ils se rattachent encore à l'auteur du Contrat social et du Discours sur l'origine de iinégalité par leur foi dans la puissance delà volonté au service de la raison, c"est-à dire dans la puissance de l'État au service d'un système, pour dompter les forces hostiles qui font obstacle à la réalisation d'un idéal rationnel dans les sociétés humaines. Ils croient, eux aussi, à la bonté originelle de l'homme; ils sont convaincus que le mal social vient du vice des institutions humaines, et qu'il suffirait de procéder à une organisation rationnelle de la société pour faire régner la vertu, la paix et le bonheur parmi les hommes. Car ces philosophes déterministes, ces « calvinistes sans Dieu », qui font si grand état des lois dynamiques auxquelles les sociétés ne sauraient se soustraire, nous présentent en môme temps le collectivisme comme l'avènement du règne de la volonté libre, et comme le triomphe de la liberté humaine sur la nécessité. Pour eux, il appartient également à l'homme décarter, en ce qui le concerne, la loi de la concurrence vitale qui gouverne les espèces animales et végétales; la lutte pour l'existence individuelle doit disparaître dans un état social transformé où l'homme dominera la nature*.
La philosophie de Rousseau inspire naturellement les romanciers utopistes. ISI. Bellamy fait parler au révérend Barton la langue de Jean-Jacques : « Maintenant que les conditions de la vie sont organisées, pour la première fois, de manière à ne pas développer chez l'homme ses plus mauvais instincts..., on est enfin à même de voir ce qu'est réellement la nature humaine, affranchie des influences pervertissantes... Nous assistons à cette révélation que ni les théologiens, ni les philosophes des temps 'anciens n'avaient voulu admettre, à savoir que la nature humaine, dans ses qualités essentielles, est bonne, que les hommes, par leurs penchants naturels, sont généreux, compatissants et aimants, animés d'élans divins vers la tendresse et le sacrifice, puisqu'ils sont l'image du Créateur et non sa caricature. » -
1. Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, p. 33. — Comparer Loria, Problèmes sociaux contemporains, p. 130 et 131, Giard, 1807, in-8. — Enrico Ferri, Socialisme et science positive, p. 30, 202 et suiv. (dans le sens d'une simple atténuation), Giard, 1897, in-8.