Cent ans après, trad. Rey, p. 203 et
Pour Liebknecht, la société nouvelle n'aura plus besoin de casernes, de prisons, de tribunaux et de Codes, parce que le vice, le crime et la misère auront disparu '. Même foi chez M. Bebel; l'alcoolisme lui même, cette plaie des sociétés modernes, sera inconnu dans l'ordre nouveau. L'harmonie doit régner dans un milieu social où chacun se porte garant de tous et tous de chacun -.
M. Jaurès nous promet aussi d'admirables transformations morales. Les vaines agitations seront moins à craindre dans ce milieu qu'une sorte de réserve fière, et de désintéressement un peu hautain pour tout ce qui ressemblerait à une dignité extérieure. Le fonctionnarisme n'engendrera plus ni servilité, ni tyrannie. Le progrès sera passionnément aimé pour lui-même, et pour le surcroit de bien-être qu'il répandra sur chacun en le répandant sur tous '\
M. Georges Renard se rapproche encore plus de Rousseau. Même nature d'esprit, même méthode abstraite et constructive, même tendance à l'absolu, même conception de l'homme en soi et de l'unité réalisée par l'Etat souverain. 11 pose ses problèmes sociaux à la manière de Rousseau, dans des termes semblables; il a le même idéal d'organisation politique, et se propose de préparer les matériaux pour une nouvelle déclaration des droits politiques et économiques de l'homme et du citoyen. Ses procédés sont ceux du rationalisme déductif. Il commence par poser les principes généraux, axiomes d'ordre moral et postulats énoncés au nom de la justice, tels que l'égalité des points de départ pour tous, ou la formule : A chacun suivant son travail et ses besoins. De ces concepts idéalistes, il conclut que le système régnant, en opposition avec eux, doit être aboli, et que le régime socialiste, en conformité avec eux, doit être établi; il construit donc sur ces bases la constitution politique et économique de la société nouvelle telle qu'elle lui paraît découler des prémisses posées. Son œuvre présente le type le plus accompli de la méthode purement déductive, opérant sur des principes a priori conçus par la raison *.
Certes, il y a quelque chose de noble dans cette foi rationaliste qui anime Rousseau et ses successeurs. Mais il ne suffit pas qu'une doctrine flatte nos désirs pour qu'elle soit vraie et conforme aux lois de la vie. Déclarer que la critique dirigée contre les plans de