IJ
TOTAt,.
lis
Le Census contient en outre un tableau détaillé qui donne la nomenclature de 199 trusts, leur siège, la date de leur organisation, le montant
ANxNEXES : II, 2° 405
de la capitalisation et les dividendes payés en 1900. Voici ceux dont le capital déjà émis, actions et obligations, dépasse ou atteint à peu près 50 millions de dollars — en dehors des trusts du fer et de l'acier, qui ont été absorbés dans TU. S. Steel Corporation.
Principaux trusts en 1900.
Établis- Capital ëmis
Années scmcnts (en milliers
Industries. de fonJation. Raison sociale. en activité, de dollars).
Denrées alimentaires.. . 1891. American Sug-ar Refining C. 5 73 9.36
1898. National Biscuit C" 95 53 028
Produits chimiques 1882. Standard Oil C° 26 97 246
Produits métallurgiques. 1899. Amalgamated Copper G" 4 75 000
1899. American Smeltins- & Refi-
ning C '^. 18 54 800
Voitures 1899. American Car & Foundry C°. 17 58 180
1899. Pullman G" 5 74 000
Tabacs 1890. American Tobacco G° 15 68 500
1898. Continental Tobacco G°.... 9 97 690
Textiles 1899. American Woolen G" 30 49 501
Cuirs 1893. United States Leather C°.. . 23 131444
Papiers 1808. Inlernational Paper G" 32 52 951
Mines 1899. Pittsburg Goal C" 5 64 OOO
Caoutchouc 1892. U. S. Rubber G" 5 47 191
Dans cette liste ne figure pas la Distilling 0° of America, au capital de 12.") millions de dollars, aujourd'hui transformée en Distillers Securities C°.
M. Martin Saint-Léon décrit beaucoup d'autres trusts, notamment celui des entreprises du bâtiment (U. S. Realty and Construction C°), formé en 1902 au capital de 66 raillions de dollars. Il signale aussi la fusion de deux grandes banques de New-York sous le nom de Western National Bank of the United States, au capital de 10 millions de dollars.
D'après une statistique publiée par le Démocratie Congressional Coraniittee et citée dans l'ouvrage de M. Martin Saint-Léon (p. 215), il existait, au 1'^'' septembre 1902, 287 trusts, dont le capital actions et obligations s'élevait à 6 972 448 831 dollars.
Enfin, en 1903, le Congressional Record, recueil de documents parlementaires, a reproduit une liste dressée par M. Littlefîeld, membre de la Chambre des représentants, qui comprend 443 trusts issus de fusions industrielles, pour lesquels la capitalisation totale autorisée, en actions et obligations, s'élève à 9 231136 698 dollars, et 340 sociétés exploitant des monopoles locaux et naturels, pour lesquelles le capital autorisé s'élève à 4 519 397 819 dollars \Congressional Record, 37« congrès, 2« session, 6 février 1903; liste insérée dans Germain Martin, Problèmes transatlantiques, p. 102 et suiv., Rousseau, 1903, in-8°).
La Corporation de l'acier (United States Steel Corporation) a émis jusqu'ici des actions pour 3 293 millions de francs, et des obligations pour 1873 millions, soit, au total, un capital de 7 170 millions de francs. Elle possède les plus riches gisements de minerais du Lac Supérieur, 33 000 hectares de terrain houiller, 31 000 fours à coke, des carrières de pierres à chaux, une flotte de 112 navires sur les lacs pour ses transports, avec docks et embarcadères, un réseau de 2 340 kilomètres de
voies ferrées, avec 23 185 wagons et 428 locomotives, 77 hauts fourneaux, 250 laminoirs, aciéries et autres usines qui ont produit, en 1902, 9 743 918 tonnes d'acier; le tout occupant une armée de 168 000 salariés. Les recettes nettes, déduction faite de l'intérêt des obligations, se sont élevées à 133 millions de dollars en 1902, 109 millions en 1903, 73 millions en 1904, 120 en 1905. La proportion de la production du trust dans l'ensemble de la production américaine est restée à 45 p. 100 pour la fonte, mais elle est tombée de 52 à 50 p. 100 pour l'acier à foyer ouvert, de 74 à 69 p. 100 pour l'acier Bessemer, et de 65 à 54 p. 100 pour les rails Bessemer, entre 1902 et L904.
Le trust de l'Océan ou de la navigation (International Mercantile Marine C) a été constitué par une amalgamation de lignes anglaises et américaines, la Leyland Line, l'American Line, l'Atlantic transport Line, la White Star Line, la Dominion Line; ce groupe a conclu une entente avec les deux grandes compagnies allemandes, la Norddeutscher Lloyd et la Hamburg-Amerika Linie, et avec une compagnie hollandaise, la Nelherlands American Line. Au total, le cartel contrôlerait 1 680 000 tonnes, soit environ 60 p. 100 des transports entre l'Europe et l'Amérique (Martin Saint-Léon, Carlells et trusts, p. 166).
ANGLETERRE
(Report of the Industrial Commission U. S., t. XVIII, Induslrial Combinations in Europe, p. 14. — Macrosty, Trusts and the State, Londres, Grant Richards, 1901, pet. in-8°.)
Principaux trusts en 1901 (d'après l'industrial Commission U. S.).
Capital, action»
Annde Nombre ctobligations
de fonJaiion. Raisons sociales. delirnus. (en livres sterling).
18'JG. .L & P. Coats, Limited (International) ? 7 498 680
18!)7. The English Sewinp Colton G" 15 3 000 UOO
— Yorkshire Dyeware & Chemical C" 10 360 000
1808. United Turkey Hed G" 3 1200 000
— Fine Cotton Spinners & Douhlcrs' Association. . 40 6 750 000
— The Linen Thread C", Glasgow (Intcrn.) 9 2 000 000
— Brilish Dvewood & Chemical G" 4 570 UOO
— American Thread C", Limited 13 3 720 000
— Bradford Dyers' Assoc, Limited 30 4 750 000
1899. Yorkshire]ndigo,Scarlet&ColorDyers'Assoc... H 600 000
— Yorkshire Woolcombers' Assoc 38 2 500 000
— Borax Consolidated (Intern.) 7 3 200 000
— Bradford Coal Merchants & Gonsumers' Assoc... 8 350 000
— Woollen & WorstedMachinery Aianufacturers. . 7 290 000
— United Indigo & Chemical G" 8 250 000
— Barry, Osticre & C» (Linoléum) 4 1150 000
— The Galice Printers' Assoc 60 9 200 000
— English Velvet & Gord Dyers' Assoc 22 1 000 000
1900. British Cotlon & Wool Dyers' Assoc 46 2 750 000
— Bcdford, Lime, Gement & Brick (local) ? 400 000
1899. British United Shoe Mochinery G" 4 300 000
A reparler 51 838 080
Capital, arlions AniKÎe Nombre et oblinatinns
de fondation. Raisons sociales. de Oiincs. (en livres stoiling).
Report 51838 080
1900. Flax, Hemp & Jute Machinery Manufacturers.. , ? 1 2U0 000
— G. & J. Baldwin & Partners, Limited (flngering
and knittinp wools & hosiery yarns) 6 830 000
— Leeds and District Worsted Dyers & Finishers'
Assoc 10 180 000
— Wall Paper Manufacturers, Limited 30 4 200 000
— Bleachers' Assoc, Limited 53 8 250 000
— Associated Porlland Cément Manufacturers 34 8 000 000
— British Oil & Cake Mills 17 2 250 000
— Rivet, Boit & Nut C° 15 550 000
— Wholesale News Agents' Assoc. (Bradford, Leeds
et Sheffield) 32 290 000
— The Extract Wool & Merino C°, Limited 7 340 000
1887. Bath Stone Firms 7 338 000
1888. The Sait Union ? 4 200 000
1891. United Alkali C% Limited 49 8 500 000
1893. Liverpool Warehousing G", Limited 6 1 050 000
Total 91970 000
A cette liste, il convient d'ajouter, d'après les renseignements fournis par M. Macrosty (chap. viii et ix) :
Navigation ? Wilsons' & Furness-Leyland Line 3 050 000
1900. Castle & Union Lines ? 2 000 000
Docks ? Amalgamation of East & West India
Docks, and London & St-Ratharine
Docks ? ?
Industries textiles. 1900. Manufacturers of elastic Cords, Webs &
Binids in Lcicester, Coventry& Derby. ? 1 000 000 ? Lace-dressers in Nottingham' (presque
tous> ^ 1000 000
1900. Lace-Curlains' Assoc. in Avrshire &
Nottingham ' ? 2 000 000
— United Velvet Cutters Assoc 5 250 000
— English Fustian Manufacturing C°
(80 p. 100 de la production à Todmor-
den et Hebden-Bridge) ? 500 000
Mines — Lewis-Merthyr Consolidated Collieries. . 2 000 000
Métallurgie 1898. South Durham Steel & Iron C° 3 950 000
1900. Richardson, Westgarth & C° 3 1 050 000
? Fairbairn Lawson Combe Barbour, in
Leed & Belfast 3 1 100 000
Peignes 1899. Aberdeen Comb C 3 .300 000
Savons 1900. Yorkshire Soapmakers Assoc 12 260 000
Poudres de tir.... 1898. Curtis & Uarvey 8 1000 000
Ind. delà terre.. 1890. Leeds Fircclay G° 6 1000 000
1891. Buxton Lime Firms G" 12 522 000
Total 14 182 000
M. Macrosty signale, en outre, un trust de 8 maisons de Londres, formé en 1896 sous la raison W. Cory & Sons, Limited, au capital de € 4 300 000, pour le commerce en gros et en détail des charbons venant par mer; ce trust commercial est aussi une entreprise de navigation, possédant une flolle de bateaux à vapeur et de chalands. Il s'est uni en 1899, pour le commerce de détail, avec une autre grande maison sous la raison Rickett, Cockerell & C», au capital de € 900 000.
M. Macrosty cite encore un certain nombre d'établissements qui ne sont pas des trusts, mais des entreprises simples agrandies par achat des exploitations concurrentes, et se rapportant à la première forme de concentration.
Entreprises agrandies par achat d'entreprises concurrentes.
Années Industries. de l'achat. Raison sociale. Firmes achetées. Capital total.
Jlines 1890. Joicev & C° Mines de Lord Durhara.. . ?
Ind. métallurg. 1897. Armstrong & C° Whiteworth & G'' 4210000
1899. Vickers & C° Naval Construction & A^-
mamentC°,andMaxim- Ncrdenlelt Guns & Ammunitions G" 3 750 000
— Thames Iron Works
Shipbuildingik Engineering G" John Penn & Sons 900000
? John Brown & G%
Sheffield Gl)"debank Engineering
& ShipbuildingC".... 2 500 000
1900. Guest, Keen&C°,Bir-
mingiiam Dowlais Iron G°,andGuest
Ind. chimiques. — Brunner, Mond & C". Thomson & G" 3 UUO 000
? Lever Brothers (Sun-
liglit Soap) Brooke & G'^ (Amer.). . . 2 250 000
Navigation 1900. F. Levland «Se G" West India & Pacific
Steamship C° 3 300 000
— Elder,Dempster & C°. British & Africa Steam
Navigation G" ?
3° Effets des trusts sur les prix aux États-Unis.
M. Jenks, professeur à Cornell University, chargé par l'Industrial Commission de 1898 et par le Department of Labor de recueillir des informations sur les prix des produits monopolisés aux États-Unis, donne à ce sujet, dans le rapport de la Commission, cinq illustrations avec graphiques, qui s'arrêtent après l'année 1899. (Report of the Industrial Commission, t. I, Industrial Combùialions and Prices, p. 39 et s., année 1900. — Voir aussi Jenks, Trusts and Industrial Combinations, Bulletin of the Department of Labor, juillet 1900.)
Sucre raffiné. — Le trust du sucre, American Sugar Refining C°, a été iormé en 1887, dans une période de dépression des cours. Le résultat immédiat de la combinaison a été un relèvement des prix, assez fort pour accroître de plus de 100 p. 100 la marge entre le prix de la matière et celui du produit en 1888 et 1889. Depuis 1891, il est vrai, à la suite d'une chute brusque des cours causée par une réduction du tarif douanier et par certaines concurrences, les prix se sont toujours maintenus sensiblement plus bas qu'ils ne l'étaient avant la consolidation; néanmoins la différence avec le prix de la matière a augmenté, sauf dans les périodes oîi le trust a subi une concurrence (Spreckels en 1890 et 1891 ; Arbuckle, Doscher depuis 1899). — Les fluctuations des cours paraissent avoir été
moins fortes en Allemagne et en Angleterre. Dans ce dernier pays, l'écart entre le prix de la matière et celui du produit est resté beaucoup plus stable, et souvent plus faible qu'aux États-Unis.
Alcool. — Les prix de l'alcool aux États-Unis présentent d'énormes fluctuations, sans relation avec celles du prix du grain. Avant 1886, des hausses temporaires résultent de pools éphémères. A partir de la formation du trust en 1887, des périodes de hausse et de baisse se succèdent, suivant que le trust est maître du marché ou cherche à couper une concurrence. En 1892-1894, ces oscillations se précipitent et s'exagèrent, par suite des spéculations des administrateurs. Le trust, l'éorganisé en 1899 sous le nom de Distilling G° of America, est revenu depuis lors à des prix plus modérés et plus stables.
Pélrole rajfiné. — 11 n'y a pas lieu de comparer aux prix actuels du trust les prix très élevés et très variables de la période 1866-1878 antérieure à la combinaison, parce que les conditions techniques de l'extraction, du transport et du raffinage ne sont pas comparables. — La Standard Oil C°, formée en 1882, après avoir légèrement relevé les prix en 1883, les a progressivement abaissés jusqu'en 1895, et a diminué en même temps l'écart entre le prix du produit et celui de la matière. Malgré la hausse de 1899, due en grande partie à celle des produits métallurgiques, le prix moyen de l'année (0,0796 par gallon à New- York) est légèrement inférieur à celui de l'année 1881 qui a précédé la formation du trust (0,0807), et la différence avec le prix de la matière est sensiblement moins élevée (0,0487 par gallon au lieu de 0,0604). Néanmoins, l'abaissement aurait pu être beaucoup plus considérable, puisque le trust, grâce à son monopole (82 p. 100 de la production), réalise d'énormes bénéfices, gardant pour lui tout le profit des perfectionnements techniques et de la vente des sous-produits.
Fer-blanc. — L'American Tin Plate C° (aujourd'hui fondue dans l'U. S. Steel Corporation) a été formée en décembre 1898. La hausse du fer-blanc avait commencé auparavant, dès octobre 1898, et elle a été 'considérable en 1899; elle a eu pour cause non pas la constitution du trust, mais la hausse de l'acier, qui résultait elle-même de l'accroissement de la consommation. Toutefois, la combinaison a permis aux fabricants de tirer un plus large profit des circonstances favorables. En effet, l'écart entre le prix du fer-blanc et son coût de production en matières et en salaires, qui était descendu très bas entre 1897 et 1898, est remonté en 1899 au niveau de la période 1896-97; grâce au trust, les fabricants ont pu garder pour eux le profit des abaissements du coiit de fabrication résultant des progrès industriels.
Fil de fer. — L'American Steel and Wire C° (aujourd'hui fondue dans rU. s. Steel Corporation), n'a été formée qu'en janvier 1899; elle a pu profiter de la hausse de 1899 mieux que n'auraient pu le faire des entreprises isolées et concurrentes. — Antérieurement à cette combinaison, on peut signaler un pool sur les clous qui, pendant toute sa durée (18 mois en 189S et 1896), a haussé de plus de 100 p. 100 le prix du produit.
INDUSTRIE A DOMICILE SALARIEE
(Pour l'Allemagne et l'Autriche : Hausinduslrie und Heimarbeitin Deiilschland imdOslerreich, 4 vol. in-8°, Schriften des Vereins fur Socialpolitik, t. LXXXIV àLXXXVII, Leipzig, Duncker, 1899; Hnndwôrterbuch der Staatswissenschaften, 2' éd., y° Hausinduslrie, par Sombart. — Pour la Belgique : Office du travail, Les industries à domicile en Belgique, 6 vol. in-S", Bruxelles, i899-190b. — Armand Julin, La production décentralisée en Belgique. Réforme sociale, l^"" mai 1905. — Pour l'Angleterre : Fijth Report froni the sélect Committee of the House of Lords on the Siveating- Syslem, Londres, Eyre and Spotliswood, 1890; Gh. Booth, Life and Labour of the people in London, !''« série, vol. IV, p 328-347, Londres, Macmillan, 17 vol. in-8°, 1902. — Pour les États-Unis : Levasseur, Le sxveating syslem aux États-Unis. Revue d'économie politique, septembre 1896. — Pour la France, diverses monographies telles que : OHice du travail, La petite industrie, t. II, Le vêtement à Paris, par Du Maroussem, Impr. Nat., 1890, in-8"; Du .Maroussem, La question ouvrière, t. II, Ébénistes du faut)Ourg Saint- Antoine, et t. IIJ, Le jouet parisien, Rousseau, 1891-94, in-8''; Bonnevay, Les ouvrières lyonnaises travaillant à domicile, Guillaumin, 1896, in-12; Aftalion, Le développement de la fabrique el le travail à domicile dans les industries de l'habillement, Larose, 1906, in-12. — Voir aussi quelques monographies de travailleurs à domicile en France et à l'étranger dans Les ouvriers des Deux Mondes, 2^ et 3® séries, Firmin-Didot, 1887-1904, 0 vol. et fasc. in-S".)
1° Décadence de certaines industries à domicile.
Dans la ville de Lyon, les métiers à la main pour le tissage de la soie, qui étaient au nombre de 50 000 en 1848, ne sont plus que 8 637 en 1900, et la moitié seulement de ces métiers sont occupés régulièrement. Par contre, à la même époque, les métiers mécaniques sont au nombre de 33 383, tant à la ville qu'au dehors. Les métiers à bras ne se maintiennent que dans les campagnes, à cause de la faiblesse des salaires; ils y sont encore 40 276, mais ils tendent à diminuer dans la région ; les métiers
mécaniques, en effet, sont employés aujourd'hui non seulement pour le tissage des étoffes unies ordinaires, mais même pour certaines étoffes façonnées jusque-là réservées aux métiers à la main (Mathé, Les tisseurs en soie de Lyon, p. 58, Lyon, Rey, 1900, broch.).
D'après M. Verhaegen {L'industrie dentellière en Belgique, Réforme sociale, juin 1902, p. 923), le nombre des dentellières à la main en Belgique serait tombé de 150 000 en 1850 à 47 000 en 1896. Il est vrai que le Recensement des industries et des métiers de 1896 n'évalue leur chiffre en 184Gqu'à 50 000 ou 60 000 (Analyse des vol. I et II, p. 47). — En France, les dentellières du Calvados, dont le chiffre était estimé à 70 000 en 1823> et à 50 000 en 1851, ne sont plus qu'un millier aujourd'hui (Engerand, La dentelle aux fuseaux en Normandie, Musée social, mai 1901, p. 134 et 136).
En Allemagne, le tissage à domicile a rapidement décru entre les deux recensements de 1882 et 1895. Les exploitations à domicile dans les industries textiles ont passé de 235 363 à 162 435 entre ces deux dates, et les personnes occupées dans ces exploitations de 285102 à 195 780; c'est une diminution de 72 928 exploitations et de 89 322 personnes. Bien que la diminution porte principalement sur le tissage du coton, du lin et de la soie (68 000 personnes dans ces trois industries), les métiers à la main occupent encore 22 p. 100 du personnel total dans le tissage du colon, et 33 p. 100 dans celui de la soie [Gew. u. Hand. im. D. R. 1895, p. 197 à 199).
En Russie même, l'évolution est rapide dans le tissage du coton. En 1866, on y comptait 94 566 ouvriers de fabrique et 66 178 tisseurs à domicile ; en 1895, les ouvriers de fabrique sont 242 051, et les ouvriers à domicile 20 475 (D'après M. Tugan-Baranowski, Handwôrt d. Staatswiss., 2*= éd., v^ Hausinduslrie).
Il est remarquable cependant qu'en Belgique le métier à la main occupe à peu près autant de personnes que le métier mécanique dans le tissage du coton et de la laine, et qu'il en occupe même davantage dans le tissage du lin [Recensement des industries et des métiers 1896, Analyse des vol. I et II, p. 17 et 18; et t. XVIII, p. 140).
D'autres industries à domicile, extrêmement nombreuses et variées, ont dû se restreindre à quelques spécialités, à des articles réclamant un certain fini d'exécution, présentant une grande variété de modèles, ou comportant une grande diversité des opérations à la main; ou bien elles ne s'appliquent plus qu'à certaines élaborations complémentaires du produit, qui se combinent avec l'industrie mécanique. On peut citer comme telles : la cordonnerie commune (notamment à Trebitsch), l'armurerie liégeoise, la coutellerie de Sheffield et celle de Gembloux (Belgique), l'horlogerie en Suisse (sur 50 000 ouvriers horlogers, les deux tiers travaillent aujourd'hui en fabrique) et dans la Forêt-Noire, l'industrie du tricot en Wurleraberg, la fabrication des clous dans la Belgique wallonne, le Taunus et les districts de Trêves et de Coblenlz, certaines industries du jouet à Nuremberg et Sonneberg, la fabrication des boutons, des brosses, de la poterie, etc.
2° État actuel de lindustrie à domicile.
Allemagne. — [Geiv. u. Hand. im D. R. lR9o, p. 19G et suiv.).
Industrie à domicile en 1883 et 1895; exploitations.
Princi- Accès- Pri»ci- Accès- Princi- Acccs-
paks. soiros. Total. pales. soircs. Total. p:ilos. soires. Total.
Industrie à domicile; personnes occupées (d'après leur occupation principale).
Personnes occupées Trnvailleurs dans les ciplorlations
isolés. employant (les auxiliuircs. Total.
De 1882 à 1895, l'industrie à domicile a perdu 43 924 exploitations et 18 327 personnes. Cette perte atteint exclusivement les travailleurs isolt's; les petits ateliers à domicile où travaillent des auxiliaires sous la direction d'un chef ont augmenté en nombre et en personnel. La perte provient des industries textiles, dont la régression a été notée précédemment; quelques autres industries à domicile (petite industrie du fer, couture, ganterie, etc.) accusent aussi une diminution. Mais il y a augmentation de 31 000 tailleurs, 9 000 menuisiers ébénistes, 8 000 cordonniers, 6 000 vanniers, etc., travaillant à domicile.
Dans son état actuel, l'industrie à domicile compte en Allemagne 14.1 p. 100 du total des exploitations industrielles, et 5,7 p. 100 peut-être du total des travailleurs salariés de l'industrie; mais il est probable que le chiffre des membres de la famille employés comme auxiliaires (23 1:)3) est estimé trop bas, et que le chiffre des travailleurs isolés attribués à l'industrie à domicile (231 540 sur 1 237 349) est également trop faible. La plupart des travailleurs à domicile se trouvent dans l'industrie textile (195 780, soit 42,7 p. 100 de l'ensemble) et dans les industries du vêtement (159 360, soit 34,8 p. 100 de l'ensmble).
Fr.wce. — Si l'on s'en rapporte au chiffre des travailleurs isolés, qui a passé de 1 506 000 en 1896 à 1 586 000 en 1901 dans les industries de transformation, le personnel de l'industrie à domicile paraît augmenter {Rés. stat. du recensement gén. de la population 1901, t. IV, p. 178 et 500-501). Mais la rubrique des travailleurs isolés ne se confond pas avec la notion des travailleurs à domicile salariés. Le i*ecensement comprend sous celte rubrique non seulement les ouvriers à domicile isolés (632 338 en 1901), mais les petits patrons isolés (408 383 en 1901), parmi lesquels nous ne pouvons distinguer les simples façonniers travaillant à domicile des véritables artisans indépendants, nombreux parmi les tailleurs, couturières, Jingères, modistes, cordonniers, ébénistes, forgerons et horlogers; la sta-
tistique comprend même parmi les travailleurs isolés les salariés à emploi irrégulier, qui ne l'onl pas certainement pas partie de l'industrie à domicile (508 141 en 1901, y compris 22 781 personnes de situation non déclarée); or, ces différentes catégories de travailleurs isolés n'ont pas été distinguées en 1896. D'autre part, le personnel des ateliers à domicile occupant plusieurs personnes reste en dehors de notre rubrique.
La progression des ateliers de famille est constatée par les inspecteurs du travail {Rapports sur l'application des lois réglementant le travail, 1900, p. xxii etXLv; 1901, p. xxv; 1903, p. xv et s.; 1904, p. xvi et s.). Cependant, en 190o (p. XVI et s.), des inspecteurs signalent quelques tendances contraires dans certaines industries du Xord et du Tarn.
Voici, à titre d'indication, les professions propres à l'industrie à domicile dans lesquelles les travailleurs isolés sont les plus nombreux (au total, 1 068 704; Recens. 1901, IV, p. 528-565).
Travailleurs isolés dans les professions principales de l'industrie à domicile
en 1901.
Ind ustries textiles au très que
la soie 58 20i
Industrie de la soie 28 444
Bonneterie 12 970
Dentelles, broderies, etc.. . . 31225
l'assementerie, rubans, etc. 9 406
Ouvrages en tissus H 313
(Confection de vêlements... 531 314
Liny:crie 103 0i7
Chapeaux, chaussons, elc. 29 143
Fleurs artificielles: etc 10 434
Vannerie, sparterie 10 605
Crins et plumes
Chaussures, ganterie
Saljoterie
Ébénislerie
Tabletterie, brosserie, etc..
Forges, taillanderie, etc.
(sans les maréchaux ferrants et repasseurs de couteaux)
Clouterie, etc
Chaudronnerie-fonderie, etc.
Horlogerie, bimbeloterie...
2 OOo
Belgique. — Le personnel des industries à domicile, qui était d'environ 200000 travailleurs en 1846, est descendu à 118 000 en 1896, soit encore 17 p. 100 de la population ouvrière. Cette diminution considérable tient à la disparition totale des fileurs et fileuses à la main, qui étaient 115 000 dans les Flandres il y a un demi-siècle. Pour les autres industries au contraire, il y a eu accroissement. La fabrication à la main domine encore dans l'armurerie, la menuiserie, tonnellerie, cordonnerie, corderie, briqueterie, fabrication des tuiles, bonneterie, et même dans le tissage du lin {Recensement général des industries et des métiers 1896, Analyse des vol. I et II, p. 17 à 19, et 42; t. XVIll, p. 138).
Autriche. — Parmi les petites exploitations de moins de six personnes (V, Annexe I, 1°, Autriche), le Recensement de 1902 distingue celles qui ont été recensées au moyen des cartes de travailleurs à domicile [Heimarbeiterkarle) ; elles sont au nombre de 356 995, et occupent 396 671 personnes {Vorlâujîge Ergebnisse der geiverblichen Betriebzûhlung vom 3 juni 1902, p. 177); les travailleurs de cette catégorie sont nombreux principalement dans l'industrie textile (173 141) et dans celle du vêtement 1 1 27 065). Mais ces chiffres ne représentent pas exactement l'état de l'indus-
trie à domicile, à cause de certaines variations et confusions (p. 11 et 12).
Suisse. — D'après M. Rraun, l'industrie à domicile occupait environ 100 000 personnes en 1880, ou 19 p. 100 de la population industrielle. Ses principales branches sont : l'horlogerie, qui occupe plus de 30 000 ouvriers à domicile dans les cantons de Berne, Neuchàtel et Genève; le tissage de la soie, qui emploie un personnel aussi considérable, principalement dans le canton de Zurich ; la broderie, qui occupe environ 15 000 travailleurs à domicile dans les cantons de Saint-Gall, Appenzell et Thurgovie. Mais la concentration dans les fabriques fait reculer le travail à domicile dans l'horlogerie et l'industrie de la soie(Handwort. d. Staatswiss., v°//ausmdus<ne).
Italie. — On y trouve : le tissage et le filage de la soie, qui occupaient, au total, 163 000 personnes en 1881, principalement dans l'industrie à domicile; la fabrication des dentelles à la main à Chiavari, Venise, Côme, Milan; celle des chapeaux de paille dans la Toscane et l'Emilie (en 1881, 65 000 ouvriers, presque exclusivement des femmes travaillant à domicile); la ganterie à Naples et à Milan, etc. (Handwôrt. d. Staatswiss., id.).
Russie. — Le nombre des travailleurs à domicile est évalué par M. Issaïev à 1 million 1/2 en 1899, et la valeur de leurs produits à 700 millions de francs. Parmi les industries à domicile, les unes sont anciennes et ont pour origine l'industrie familiale ou le métier d'artisan (travail du bois, pelleterie, fabrication d'étoffes grossières et de chaussures en tresse végétale) ; les autres sont nées du capitalisme, en concurrence avec la fabrique (tissage du coton et de la soie, passementerie, ganterie, etc., Id.)
Angleterre. — La Commission de la Chambre des Lords, en 1890, a fait porter son enquête sur les tailleurs de Londres et des autres grandes villes de la Grande-Bretagne; sur les chemisières, ouvrières en manteaux et en fourrures; les cordonniers et ébénistes de Londres; les fabricants de chaînes et clous des comtés du centre; les couteliers de Shetfield et des environs; les selliers et ouvriers pour équipements militaires.
États-Unis. — Aucune industrie à domicile n'y est d'origine ancienne; celles qui existent aujourd'hui sont des industries du vêtement, situées dans les grandes villes et livrées au siveating-system. On évalue à 40 000 le nombre des ouvriers à domicile dans l'industrie du vêtement à New- York White, The Sweating System, Bull, of the Dep, of Lab., Washington, mai 1896, p. 362).
3° La force motrice à domicile.
Dans la rubanerie de Saint-Étienne et du Forez, les métiers mécaniques ne sont guère employés que pour la fabrication des articles courants ; les articles nouveautés, au contraire, sont fabriqués sur des métiers à bras. Or, sur 28 000 métiers à bras existant dans la Loire, on en compte 8 736 en 1902, tant à la campagne qu'à la ville, qui sont actionnés par l'électricité au moyen de l'énergie distribuée par la Compagnie électrique de la Loire.
Chez les canuts de Lyon, les progrès de l'adaptation sont très lents,
parce qu'elle nécessite le remplacement des anciens métiers. On compte à peine 300 métiers transformés pour supporter l'action mécanique.
Des essais, d'ailleurs peu heureux, sont encore pratiqués en Suisse dans certaines parties de l'industrie liorlogère (Sur ces trois groupes d'industries, voir Office du travail de Be]g\que, Les moteurs électriques dans les industries à domicile, par Dubois et Julin, Bruxelles, 1902, in-8°).
Ailleurs encore, en Silésie, en France dans la région de Laval, on applique l'énergie électrique à des métiers à tisser. Dans l'Aube, ce sont les moteurs à gaz et à pétrole qui se répandent parmi les petits fabricants de bonneterie; aussi les ateliers domestiques s'y multiplient (Rapports sur l'application des lois réglementant le travail, année 1897, p. 94; année 1898, p. 265 et 443; année 1901, p. 95 et 96).
A Paris, la distribution de la force motrice à domicile par l'électricité ou les tubes pneumatiques est encore très restreinte dans la petite industrie. Mais il existe une vingtaine d'usines de force à vapeur, qui groupent, pendant un certain nombre d'heures par jour, des petits industriels admis à la journée ou au mois. D'autre part, la Société des immeubles industriels, qui possède depuis vingt-cinq ans un groupe important de constructions près delà place de la Nation, y loue non seulement le logement et l'atelier, mais aussi la force motrice, vapeur ou électricité, qu'elle produit dans un atelier central et qu'elle distribue dans ses deux rangées d'immeubles (de Boissieu, L'usine au logis à Paris, Questions pratiques de législation ouvrière et d'économie sociale, novembre et décembre 1902). Les ateliers sont occupés par des petits patrons, fabricants de spécialités, meubles, articles de Paris divers, qui travaillent sur commande pour plusieurs fabricants et négociants, ou qui vendent leurs produits à des commissionnaires; d'autres y utilisent la force pour actionner des machines à coudre, et se félicitent de la rapidité du travail. Bien que la situation de ces petits industriels, plutôt artisans que façonniers, paraisse généralement satisfaisante, la Société se plaint de ne pouvoir louer tous ses locaux à des travailleurs usant de la force qu'elle distribue; si elle y parvenait, elle rémunérerait largement son capital actuel.
En Allemagne, l'usage des moteurs était encore très peu répandfi dans l'industrie à domicile en 1895; à cette époque, on y comptait seulement 3 042 exploitations de ce genre faisant usage de moteurs, principalement de moteurs à vapeur, et employant une force de 10 156 chevaux. La plupart de ces moteurs se trouvaient dans l'industrie textile, le travail des métaux et celui du bois [Gew. u. Hand. im D. R. 189o, p. 2031. — Une société s'est formée à Gôrwill (grand-duché de Bade) pour la transmission de la force électrique aux métiers à tisser les rubans, qui occupent 500 travailleurs à domicile dispersés dans 25 localités {Moniteur officiel du commerce, 9 juillet 1903, p. 34).
En Belgique, les ateliers de famille où l'on emploie un moteur inanimé sont encore une quantité négligeable [Recensement des industries et des métiers 1896, t. XVIII, p. 350).