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CHAPITRE II

Esquisse du système collectiviste et définition de son unité de valeur.

La société collectiviste suppose une organisation méthodique de -^^ yu>^l^ t. la production nationale, qui s'exerce sur les agents naturels et les tp , capitaux productifs socialisés. L'autorité publique, éclairée par des ^^ V^ ' f statistiques sur les besoins de la consommation, dirige et réglemente /^j^ L «^^^ toute la production, le transport, l'emmagasinage et le débit tles^^^-^ c^^t produits. Elle rétribue les travailleurs en unités de valeur sociale, ^ . d'après le temps de travail de qualité moyenne qu'ils ont consacré à "^ V^j^ vla production; elle tarife de même les produits daprès le temps de A** ^ travail moyen qu'ils ont coûté. Les travailleurs peuvent donc se ^"^ ?*^ ' procurer les produits aux magasins publics en échange des bons de/"^"^ / '""'" travail ou certificats d'unités de valeur qu'ils ont acquis par leur X: d^ ^ ^ytravail. y ^ 'i-» i^~J^

La rétribution du travail étant égale à la valeur du produit — -^^ ■j,^ sauf une certaine déduction pour les besoins collectifs, — les . divers prélèvements opérés aujourd'hui au profit du capital privé '^ ■

sous les noms d'intérêts, dividendes, loyers ou fermages disparaissent ^ b-u:i^-^L c^ d'une façon absolue. Plus de profits ni de salaires; la distinction ^^Jk% — entre capitalistes et salariés s'évanouit. Plus d'échanges individuels yp i^i (^ ni de commerce privé ; en dehors des objets débités par les entrepôts ^ \~^ publics, il ne peut y avoir aucune vente de marchandises entre par- 'î-*-^^^^^'^'^ ' ticuliers. Plus de monnaie au sens actuel du mot, métallique ou -i)^ ^^ ^{ fiduciaire. La banque, la Bourse, la spéculation, le crédit, la dette .-.-vv^^ /^nÀi publique, l'assurance par capitalisation, disparaissent avec l'intérêt ~^ du capital et les échaj.ges. La concurrence anarchique entre produc- ^ i^Ju^ ^ j

leurs est abolie ; avec elle cessent les crises, les chômages, les phénomènes de surproduction, l'excès de population et le paupérisme; la société est une vaste unité économique, consciemment organisée et dirigée, au sein de laquelle tous les citoyens trouvent l'emploi de leurs forces. L'exploitation de l'homme par l'homme prend fin, et le travailleur obtient, en équivalents, le produit intégral de son travail, diminué seulement de la part nécessaire à la collectivité pour subvenir aux charges publiques et accroître le capital social.

Le but du collectivisme est donc l'échange direct des travaux contre les produits, suivant un système de valeur en unités de travail qui aboutit, par la suppression totale de la plus-value capitaliste, à une répartition des richesses conforme au principe : A chacun ■j'suivant son travail. Le régime suppose par conséquent que nul ne peut prêter à intérêt le fruit de ses épargnes, bons de travail ou richesses de consommation, ni faire acte de commerce en vendant ces richesses à un tiers. De tels actes sont rigoureusement interdits, et l'autorité publique doit savoir discerner ceux qui se dissimulent sous la forme d'une libéralité permise.

Je me propose d'étudier ici l'unité de valeur collectiviste qui sert de base à la taxation des travaux et des produits, pour suivre les applications et les conséquences de ce mode de la valeur dans l'ordre économique. Il semble que la critique, ainsi limitée, soit incomplète. Toutefois, il n'est guère d'objet qui ne se rattache en quelque manière au régime de la valeur; tout l'ensemble de l'organisation peut être contrôlé en parlant de ce principe. L'unité de valeur est le point central et la clef de voûte de tout le système; sur elle se sont portés les efforts des théoriciens du socialisme; sur elle aussi doit se concentrer l'attention de la critique.

La substance de la valeur, c'est le travail, et la mesure de la valeur, c'est la durée du travail. Tel est le principe qui, issu de l'économie anglaise, recueilli par tous les socialistes modernes, et formulé par Karl Marx pour l'interprétation des phénomènes actuels», doit aboutir, dans une société où le capital est collectif, à la rémunération du travailleur suivant le travail qu'il a fourni. « La valeur (peut être constituée d'après la somme du travail immédiat et médiat que coûte le produit », dit Rodbertus, de telle sorte que le travail soit la mesure de ce qui revient à chaque producteur dans le revenu

1. Karl Mnrx, L? capital, livre I, trad. P.oy, p. 15, col. 2.

social'. « Le temps nécessaire pour produire un objet, dit M. Bcbel, est la seule mesure à laquelle celui-ci doive être évalué en tant que valeur usuelle sociale. » -

En supposant donc, avec Schœffle, que 2 milliards 400 millions d'heures de travail soient nécessaires pour produire la somme totale des richesses dont une société a besoin pendant une année, un même nombre d'unités nominales de valeur devraient être délivrées aux travailleurs en bons de travail, afin que ces mêmes travailleurs pussent acheter aux magasins publics le produit total du travail collectif valant également 2 400 000000 d'heures de travail.

Sans pousser à fond l'analyse, il est aisé de voir que la notion de valeur se trouve ainsi transformée dans son essence. Jusqu'ici, en dépit des théories de Karl Marx, les sociétés humaines n'ont connu, sous le nom de valeur, que des rapports d'échange entre deux marchandises; une marchandise n'a pas une valeur en soi, comme elle a une longueur et un poids, elle a une valeur par rapport à la monnaie, par rapport au blé, au charbon, à la laine, etc.^ Dans l'ordre collectiviste, au contraire, la valeur, étant la quantité de travail incorporée dans un objet, devient une substance propre, une qualité intrinsèqua du produit, qui lui appartient en dehors de toute relation d'échange avec les autres produits du travail. La valeur ainsi conçue se mesure en unités formées par l'heure de travail humain, comme la chaleur se mesure en thermies produites par l'unité de travail mécanique.

Les bons de travail qui représentent ces unités sont des moyens de liquidation permettant au travailleur de prendre, dans le revenu social, une part égale à la valeur qu'il a créée par son travail. Le travail s'échange désormais contre les produits au moyen de certificats de valeur, qui peuvent être des billets de papier ou même des jetons d'or, mais qui ne sont en aucune façon une monnaie-marchandise comme la monnaie actuelle*. Notre monnaie d'or lire do sa matière une valeur d'échange vis-à-vis des marchandises, valeur propre, variable sur le marché libre comme celle de toute autre marchandise ; et les autres monnaies, espèces d'argent, billon, billets de banque, et même papier-monnaie inconvertible en espèces, emprun-

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