‹ Les tables de survieChapitre 7 sur 13 · VEUVES · texte numérisé non relu

VEUVES

lie fonclionnaires pensionnées.

GO

Les veuves ne sont p:is soumises aux mômes causes de mortalité que les pensionnaires qui, ainsi que nous l'avons fait remarquer sont, avant GO ans, mis à la retraite pour cause de santé. Néanmoins, leur survivance à tous les âges attesle évidemment une vitalité supérieure. Cet état démographique est confirmé par la table de survie des rentières en Angleterre, calculée par Finlaison qui leur assigne àtous les âges, de 40 à 90 ans, une vie moyenne presque exactement semblable à celle des veuves françaises.

(2) La table des 17 compagnies anglaises {Exjmi'ience morlalittj, table n° 1), accusait déjà de 20 à 50 ans une mortalité plus forte pour les femmes que pour les hommes; à partir de la cïn(\ui\nii{\nc le sexe féminin a sur cette table une mortalité inférieure à celle du sexe masculin. L'accouchement et quelques maladies spéciales aux femmes paraissent être les causes de cette infériorité durant la période de 20 à 4 5 ans, c'est pourquoi quelques compagnies allemandes font payer à toute femme qui s'assure avant i5 ans la prime de l'âge supérieur au sien de trois ans. (MonHcur des assurances^ 15 février 1887.)

d^annccs qu'ont vécu en moyenne ceux qui sonl morts (1). La vie moyenne représente ainsi la vilolilé liroprement dilc. On l'obtient en additionnant les années qu'ont vécu tous les individus sur lesquels on opère et en divisant le total par le nombre de ces individus; le quotient est la vie moyenne.

La vie moyenne et la vie probable sont deux manières d'apprécier la vitalité d'une population qui peuvent quelquefois donner des résultats très différents. Supposons — supposition tout imaginaire — un grou])e de 1,000 individus à 0 an, dont la moitié mourrait à 1 an et dont l'autre moitié prolongerait son existence jusqu'à 70 ans sans éprouver aucune perte dans l'intervalle; ce groupe aurait une vie probable de 1 an et une vie moyenne de 35 ans 1/2 (2).

Le D"" Bertillon, prenant ses données dans l'état et le mouvement de la population de 1840 à 1849, a calculé la durée de la vie en France durant celte période d'après diverses formules. Il conclut, avec raison, que plusieurs de ces méthodes sont fautives, et qu'en tout cas les résultats sont trop difféi'ents pour (ju'on puisse avec fruit comparer la vie moyenne obtenue par l'une des méthodes avec la vie moyenne obtenue par l'autre. Le premier résultat (40 ans) inséré dans le tableau suivant et obtenu en faisant la somme de toutes les années qu'ont vécu tous les décédés, groupés par âges d'après les données particulières de la table mortuaire du D'* Bertillon, et en divisant celle somme par le nombre de ceux qui ont vécu ces années est celui qu'il considère comme représentant le mieux la véritable vie moyenne de la population française de 1840 à 1849 (3).

NOMBRE D'aNNKES.

Hommes. Femmes. Les 2 sexes.

Vie moyenne 39.3 41 40.0

Vie probable 42.2 46.3 44.3

Age moyen des décédés d'après les registres de Tétat civil (c'est-à-dire nombre d'années qu'ont vécu les

décédés divisé par le nombre des décédés) 34.2 37.3 35.6

Rapport de la population à la moyenne des naissances

et des décès 39.7 41.3 40.7

Rapport de la population aux iiaissances vivantes . . . 36.9 39.2 38.0 p

; — 7z:z — autrement dit la population divisée par la demi-

somme des naissances (sans les mort-nés) et des décès, méthode préconii-ée par le l)aron Ch. Dupin.

Population. — Naissances vivantes.

Age probable des décédés 29.36 37.25 33.5

(1) Exemple de ce calcul. Quelle est la vie moyenne (iige moyen des décédés) d'un groupe, qui se composerait de 100 individus à 0 an et qui aurait, par hypothèse, perdu:

50 individus morts à 1 an 50 X 1 = 50

20 — 20 ans 20 X 20 = 400

30 — 40 ans 30 X 40 =■ 1,200

et qui auraient été ainsi réduits à 0 la quarantième année? 1,G50 i/

Leur vie moyenne a été de 16 ans '/i- 100

(3j Le nombre des années (ju'ont vécu les décèdes est, d'après la table, de 38,382,388 et le nombre des décédés est de 958,000.

De CCS évaluations ne prenons que la première, c'est-à-dire la vie moyenne : c'est celle qui interesse surtout la dcmograpliie.

Les anciens avaient déjà, comme nous l'avons dit, une notion de la vie moyenne (1) que les jurisconsultes avaient été conduits à calculer pour fixer la provision nécessaire aux pensions alimentaires. Leur évaluation est bien inférieure à celle qui résulte des tables modernes (2); elle contredit l'opinion, très souvent reproduite sans aucun fondement solide, qu'on vivait plus longtemps autrefois qu'aujourd'hui.

Mais, sans remonler jusqu'à l'antiquité, on peut comparer utilement la vie moyenne des tables françaises qui donnent une notion sur la vitalité de la population à diverses époques depuis 1789, celles de Duvillard, de Demonferrand, de Bertillon et delà Statistique générale de France. A vingt ans, cliaque individu de la génération dont Duvillard calculait la survie avait en moyenne devant lui 35 ans 1/2 à vivre • celle dont la Statistique générale estime la vitalité en 1877-1881 en a 40 1/2 (pour les hommes) et 42 (pour les femmes). Les chances de vivre durant la période la plus active de l'existence, celle qui a la plus grande valeur économique, ont augmenté de plus de cinq années. C'est un résultat qui, sans être mathématiquement exact est réel, puis(]ue Demonferrand et Bertillon s'accordent avec Duvillard et avec la Statistique générale pour attester ce progrès. Il est inutile d'insisfer longuement; à tous les âges, la vie moyenne de 1877-1881 est supéiieure à celle de 1789, et, par conséquent, cette supériorité ne peut pas êtie attribuée exclusivement à la diminution de la natalité, comme on pourrait le croire s'il ne s'agissait que d'une moyenne générale pour l'ensemble de la population : l'accroissement de la vie moyenne résulte nécessairement de l'amoindrissement de la mortalité que nous avons constaté en examinant ces tables de survie.

Pour la Suède et les Pays-Bas, nous avons comparé des tables qui donnent des résultats analogues. La table de Ilalley, qui est aussi un indice de la vitalité du temps passé dans une ville d'Allemagne, fournit une vie moyenne à peu près sem-

(1) Hérodote, parlant de la suite des 341 rois d^Égypte, dit que « trois cents générations font dix mille ans; car trois générations valent cent ans » (liv. Il, ch. CXLII). Or, 33 ans 'I, par génération sont une durée à peu près égale à celle qu'on assigne aujourd'hui aux générations.

(2) Voici, à titre de curiosité et sans qu'il soit possible de tirer de ce document (voir Digeste liv. XXXY, titre II, loi 68) un ra|)port déterminé entre la vitalité actuelle et la vitahté du temps des Romains, le taux fixé par un jurisconsulte (Ulpien) et le taux d'usage dans l'empire romain à la même époque; nous mettons en regard de ces deux colonnes la vie moyenne d'après Deparcieux.

Age tlo celui La provision doit être faite pour le

qui doit jouir nombre d'années suivant (nombre ^ ^® moyenne

qui conespond à la vie moyenne) d'après

la pension. d'après Ulpien. d'après l'usage. Deparcieux.

0 à 20 aT)s ... 30 ans. » de 48 à 40 ans

0 à 30 -- . , . » 30 de 48 à 34 —

20 à 25 — ... 28 au-dessous de 40 à 37

25 à 30 — . . . 25 de 60 ans de 37 à 34 —

30 à 35 — . . . 22 autant de 3 i à 31 —

35 à 40 — . . . 20 d'années de 33 à 27 —

40 à 50 — . . . autant d'années qu'il de 27 à 20

qu'il en manque en manque

pour aller à 60 pour

ans moins 1. aller à 60.

50 à 55 — . . . 9 ); de 20 à 17 —

55 à 60 — . . . 7 )) de 17 à 14 —

A partir de 60 ans. 5 » „

blable à celle Je Diivillard et géucralemenl inférieure à celle de la table de la population prussienne de M. Becker (l).

Le docteur Bertillon n'est pas le S( ul stalislicien qui ait monlré Tinriper fection des moyennes générales. Beaucoup d'autres ont contesté avec raison la valeur des indications tii ées de la comparaison de la vie moyenne lorsqu'elle est calculée pour une population totale à diverses époques, parce qu'il suffit, comme nous l'avons dit, d'une diminution de la natalité entraînant comme conséquence un moindi e nombre de décès enfantins pour que la vie moyenne s'élève, sans qu'il te soit produit d'amélioration dans la vitalité réelle de cette population (2).

Mais la vie moyenne [)ar âge est une mesure plus précise , parce qu'elle est obtenue par le rapport des décès de cliaque groupe d'âge au nombre des individus appartenant à ces groupes. Or, les indications que fournissent à cet égard les tables de Duvillard, de Dcmonferrand, de Bertillon et de la Statistique générale sont claires, quoicju'elles ne puissent se résumer en un nombre uru*<]ue, et elles concluent dans le sens d'une prolongation de la vie.

Que la vie moyenne des têtes choisies soit en général supérieure à celle de la population, c'eî?t ce que nous savons déjà. Les tableaux monirenl, en outre, qu'elle est pres(|ue toujours un peu moindre dans la table de Dejjarcieux que dans celle

(1) Cependant il faut remarquer que la table de Halley a été dressée sur la mortalité d'une population urbaine, et que la table de survie de la ville de Berlin, citée plus haut, indi(jue une mortalité plus rapide aujourd'hui jusqu'à Page de 60 ans que celle de llalley. Il est vrai que rugglomération de Berlin en 1870 est loin d'être composée comme celle de Breslau en IG'JO.

(2) M. Legoyt, calculant Ja vie moyenne d'après Tâge moyen des décédés, trouvait les résultats suivants:

31 ans

G mois.

34 ans

l l mois

lu —

18il-18i0. .

Il ajoutait {Annuaire de l'économie politique pour ISGôj : « Il reste donc acquis aujourd'hui que la population française est douée aujourd hui d'une plus forte vitalité qu'au commencement de ce siècle. » 11 y avait, en effet, accroissement de vitalité; mais la mesure qu'en donnait l'auteur dépassait la véixViiè. Elle la dépassait aussi lorsqu'il appliquait le même calcul à la population urbaine et à la population rurale, et qu'il laissait entendre que Paris avait giigné pendant que la campagne perdait.

Afje moyen des décèdes.

Période 1853-1855. Période 1861-1865.

Département de la Seine. . 29 ans 8 mois. 32 ans. Population urbaine .... 3 i — 7 — 34 — 8 mois. — rurale .... 38 — 5 — 3 7 — 7 — Il n'ajoutait pas que par suite des grands travaux qui avaient atlii é à Paris beaucoup d'adultes, la composition de la population avait changé et qu'il était naturel que l'âge moyen des décé.lés se fût élevé; on n'avait pas pour cela le droit d'en conclure, sans autre examen, à un prolongement de Texistence (voir plus loin le chapitre des agglomérations urbaines).

L'âge moyen de la population, calculé d'après les résultats du recensement, donne un réj^ultat inférieur à celui de l'âge moyen des décédés et n'est pas une mesure plus précise de la longévité ; il augmente bien quand il y a plus de vieillards, mais il augmente aussi quand il y a moins d'enfants. Voici les résultats de ce ralcul:

1851. . . 30 ans lln>ois. 1872. . . 31 ans 8 mois.

Page 1