ACTE TROISIÈME i
GENEVIÈVE
N'est-ce pas ainsi que les choses se passent ordinairement?
Et, pour vous, le bruit qu'on fait courir n'est qu'une indiscrétion?
GENEVIÈVE
Un peu prématurée. Mon père serait si heureux de me voir entrer dans la famille de M. de Jordane!
CLARISSE
Vous lui en avez parlé?
GENEVIÈVE
Non. Mais quand une fiUe n'a que son père au monde, et que le père n'a que sa fille» ils comprennent vite ce qu'ils ne se disent pas.
CLARISSE
Vous ne trouvez pas Raoul bien jeune, bien étourdi?
GENEVIÈVE
Oh! je sais! je saisi... Je connais tous ses défauts, il a une conduite abominable. C'est parce qu'il est garçon; s'il avait une femme...
CLARISSE
Vous croyez !
GENEVIÈVE
Vous n'approuvez pas ce mariage?
CLARISSE
Oh ! chère enfant, je voudrais pouvoir vous marier demain. Savez-vous ce qui manque à cette maison tapageuse ? un peu plus de tapage encore, mais un autre tapage.
meilleur... celui de la famille; vous Vj apporteriez, vous, et vous seriez plus habile que moi, sans doute.
GENEVIÈVE
Plus habile que vous? N'êtes-vous pas heureuse?
CLARISSE
Si, si... très heureuse! J'ai le bonheur que je désirais. Je n'ai rien à envier. Mais c'est de vous que je veux m'occuper. C'est à vous que je veux penser. M. Bridier a été pour moi un second père, et si je pouvais m'acquitter... Ne vous étonnez pas de mon émotion. La joie fait pleurer comme la douleur et, devant vous, je n'ai pas honte de pleurer.
GENEVIÈVE
Oh! que vous êtes bonne, madame, et que je vous aime!
CLARISSE
Oui, oui. Aimez-moi bien, Geneviève !