ACTE PREMIER
RAOUL
Vous ne comprenez pas?
CLARISSE
Je vous défends de vous expliquer, par exemple ! D'abord, savez-vous ce que c'est qu'une jeune fille ? Vous parlez à Geneviève comme vous devez parler à vos demoiselles de l'opérette.
RAOUL
Il y a des nuances. Mais ce qui fait le charme de Geneviève, c'est une sorte de crânerie dans son ingénuité.
Au fond, elle est très mondaine.
CLARISSE
C'était une des nécessités de sa situation. Seule avec son père...
RAOUL
Oh ! le père, un monsieur solennel !
CLARISSE, à Jordane, qai paraît.
Venez donc enlever la parole à Raoul. Il sait que je n'aime pas à entendre plaisanter mon tuteur.
JORDANE.
Moi non plus ; je ne connais pas de caractère plus élevé que celui de Bridier, ni d'intégrité plus éclatante. Sa seule faiblesse a été d'aimer les honneurs, le bruit officiel, ce que j'appellerai le froufrou du pouvoir. Mais le jour où il a cru de sa dignité de se retirer, il s'est > retiré, simplement, s'est fait inscrire au tableau des avocats, et a repris la robe qu'il avait quittée depuis vingt ans. Voilà une conduite qui doit inspirer le respect.
CLARISSE
Que je suis heureuse, mon ami, de vous entendre parler
ainsi de rhomme que j'admire le plus au monde, après vous!
Bridier et sa âUe paraissent à la porte extérieure du salon du fond.
JORDANE.
Mais le voici, Bridier.
Et Geneviève ; ils ne devaient pas venir. Quelle bonne surprise!